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La vague d’occupation frappe la capitale

Par Patrick Weldon

Le 15 octobre dernier, plusieurs centaines de manifestants se sont rassemblés au parc de la Confédération pour une première assemblée générale. L’événement s’inscrit dans un élan pancanadien de solidarité pour le mouvement d’occupation de Wall Street à New York, qui attire l’attention médiatique partout dans le monde.

Contre les inégalités

L’occupation du parc de la Confédération a débuté à midi, samedi dernier, autour de la fontaine centrale. Des facilitateurs ont pris la responsabilité de commencer l’assemblée générale en rappelant qu’Ottawa était déjà occupée, étant un territoire algonquin non cédé.

Gabrielle Arkett, étudiante de l’Université d’Ottawa, explique l’ampleur du mouvement d’occupation en insistant sur les inégalités que présente le système économique actuel. Ce système ne bénéficie qu’à une petite partie de la population selon elle. Le mouvement inspiré de l’occupation du parc Zuccotti à New York rassemble une population très mixte et variée pour travailler en vue d’atteindre des buts plus ou moins communs, décrit Marco Lobo, étudiant de l’Université d’Ottawa. «Un petit groupe de gens ont décidé de dire non, et ça a su inspirer beaucoup de monde», renchérit Gabrielle Arkett.

Le microphone du peuple

«Il est incroyablement excitant de voir comment peut fonctionner la démocratie si nous la faisons fonctionner correctement», dit Brigette DePape, étudiante à la même université, ex-page au Parlement et facilitatrice du rassemblement de samedi.

Visant à trouver un processus décisionnel qui pourrait inclure tout le monde, le groupe s’est entendu pour prendre chaque décision de manière consensuelle. Ce modèle donne la chance à tout le monde de faire des propositions, de poser des questions et d’exprimer ses inquiétudes par rapport aux suggestions.

Si certains doutent de l’efficacité de ce processus de très longue durée, Marco Lobo souligne qu’«il faudrait d’abord définir l’efficacité. Plusieurs décisions sont prises très rapidement, mais s’avèrent peu efficaces. Ici, on comprend ce que tout le monde veut faire pour décortiquer toutes les différences d’opinion. C’est très lent, mais inclusif».

Un message diffus?

Les grandes chaînes médiatiques soulèvent souvent le fait que le mouvement d’occupation n’a pas de message précis ou clairement articulé. «Il y a des arguments des deux côtés», précise Marco Lobo. «Ceci fait en sorte que les gens ne savent pas sur quel point se concentrer. En revanche, le fait de ne pas avoir de revendications précises rassemble un plus grand nombre de personnes, ce qui fait notre force.» Pour Gabrielle Arkett, le fait de ne pas avoir de messages précis permet de présenter différents enjeux dans un milieu communautaire au sein duquel les gens peuvent partager et s’exprimer librement.

Un campement dans le parc

Un campement d’environ vingt-cinq tentes a été érigé en fin d’après-midi samedi, malgré la pluie et le vent. La Rotonde s’est entretenue avec Kevin Donaghy, présent lors de l’installation du campement, pour mieux comprendre l’organisation de l’occupation.

«Bienvenue au niveau zéro du campement! lance le jeune homme. On attend encore de savoir si on va avoir des toilettes portables et plus de tentes de la part de syndicats qui ont offert de nous aider.» Les occupants comptent rester dans le parc le temps qu’il faudra pour se faire entendre, ayant érigé des bâches et des tentes à l’abri des arbres longeant la clôture, au coin des rues Elgin et Laurier.

«Les dons d’argent et de nourriture sont impressionnants, indique Kevin Donaghy. On a assez de ressources pour durer très longtemps. Quand les gens se rendront compte du potentiel du mouvement, on sera une plus grande masse et il y aura moins de possibilité qu’on sorte du parc.»

Deux assemblées générales par jour se tiendront pour permettre une discussion entre les occupants. Des groupes de travail ont été mis sur pied et divisés en comités pour permettre une organisation efficace. Des groupes de promotion, de médias sociaux, d’aide juridique, de sécurité, d’accessibilité, d’infrastructure, de nourriture, d’enjeux sanitaires, de dons et d’action directe se sont créés au courant de la journée.

La Commission de la capitale nationale a permis aux manifestants de passer la nuit au parc, non sans leur avoir rappelé, par l’entremise de la police, l’interdiction de faire des feux et de consommer de l’alcool ou de la drogue.

Que changeront les manifestations?

D’après Brigette DePape, il est important de changer le discours public pour articuler comme il le faut le sentiment d’injustice que cherchent à exprimer les manifestants: «On normalise trop souvent la pauvreté comme quelque chose de naturel; ce n’est pas naturel. On doit donc faire pression sur tous les partis politiques». «Les assemblées générales sont en place justement pour apporter des alternatives», poursuit-elle.

L’étudiante, facilitatrice au premier rassemblement de samedi, se dit inspirée par les jeunes qui passent à l’action pour exposer ces injustices: «On dit que les jeunes sont apathiques, mais ce n’est pas le cas; ils sont très engagés». «Quand les gens constateront qu’il y a un appui massif, ils se joindront à nous», conclut Gabrielle Arkett.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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