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Le réseau Haqqani: nouveau visage de l’insurrection en Afghanistan

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Par Philippe Prévost

L’attaque le mois dernier contre le quartier général de l’OTAN et l’ambassade américaine à Kaboul a révélé une fois de plus la vulnérabilité de l’armée afghane, qui devra assurer la protection de son territoire seule à partir de 2015, date à laquelle toutes les troupes internationales doivent se retirer. Cette dernière attaque spectaculaire a été attribuée au réseau Haqqani, nouveau visage de l’insurrection en Afghanistan. On attribue à ce réseau de militants proche des Talibans de nombreuses attaques contre le gouvernement Afghan et des intérêts occidentaux et indiens, notamment l’attaque contre l’ambassade de l’Inde en 2008 qui fit 54 morts. De plus, le réseau Haqqani serait derrière l’assassinat de l’ancien Président afghan et négociateur en chef du gouvernement Karzaï, tué dans un attentat-suicide il y a deux semaines.

À l’instar d’Al-Qaïda, ce réseau naquit dans le années 80 alors que les troupes soviétiques occupaient l’Afghanistan. Jalaluddin Haqqani, un des leaders du groupe, était alors soutenu par la CIA car il était l’un des commandants de la résistance contre les Soviétiques. Depuis quelques années, le leadership est assumé par son fils, Sirajunddin Haqqani mais l’objectif reste le même : combattre les troupes étrangères en Afghanistan. Le réseau Haqqani à pour base d’opération le Waziristan du Nord, province tribale pakistanaise frontalière de l’Afghanistan et qui est de facto sous contrôle d’extrémistes islamiques. Dans les faits cependant, le réseau Haqqani a des racines dans toutes les provinces tribales, de Quetta à Peshawar. Les Haqqanis ont depuis quelques années réussi à regrouper différents groupes d’insurgés dont les anciens talibans afghans, les talibans pakistanais basés au Waziristan et la multitude de combattants étrangers venant d’autres pays musulmans. Cette insurrection regroupée donne beaucoup de difficultés aux troupes occidentales qui essaient d’assurer la sécurité du pays tout en formant l’armée afghane. En effet, 2011 est l’année la plus meurtrière pour les forces de l’OTAN depuis le début du conflit il y a 10 ans et ces pertes peuvent être en grande partie attribuées au réseau Haqqani. Selon les renseignements américains, le réseau Haqqani se financerait grâce à une série d’activités mafieuses comme l’extorsion et le kidnapping et recevrait des dons de riches individus des pays du Golfe. Et il y aurait vraisemblablement une troisième source de financement.

Suite à l’attaque du mois dernier contre l’ambassade américaine et le QG de l’OTAN, l’amiral américain Mike Mullen a affirmé que l’Inter-Service Intelligence Directorate (ISI), les puissants services de renseignements pakistanais aide le réseau Haqqani à conduire de telles attaques. Évidemment, ces accusations ont été démenties par le gouvernement pakistanais. Mais cet événement s’ajoute à de nombreux autres qui lie le Pakistan, ou à tout le moins l’ISI à des attaques terroristes dans la région. Le Pakistan qui, pourtant, est allié de l’Occident dans la guerre contre le terrorisme. Un autre groupe terroriste, Laskhar-e-Taiba, responsable des attentats de Mumbai en novembre 2008, serait lui aussi soutenu par l’ISI.

Le réseau Haqqani serait-il donc un instrument de plus à la disposition de l’ISI pour faire avancer les intérêts géopolitiques du Pakistan, en particulier vis-à-vis ceux de l’Inde? Siraj Haqqani a récemment dans une interview à la BBC démenti tout contact avec quelque service de renseignements étranger que ce soit et retiré son soutien au Mollah Omar et aux Talibans. Il est cependant difficile de croire les Haqqanis et leurs militants auraient pu orchestrer des attaques de telles ampleurs sans un soutien logistique provenant de l’extérieur.

Le réseau Haqqani est donc la plus grande menace qui fait face au gouvernement Afghan et aux forces internationales. L’Occident doit donc mettre –encore- davantage de pression sur le Pakistan afin qu’il combatte les insurgés opérants librement sur son territoire. Ces pressions pourraient toutefois s’avérer vaines si l’Armée pakistanaise et l’ISI avaient un agenda différent de celui du gouvernement civil.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.
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