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Découverte Musicale:The Residents

Par Marc-André Provencher

L’univers musical populaire dans lequel nous sommes submergés est bien restreint et assujetti aux radiodiffuseurs et télédistributeurs qui contrôlent la médiatisation de la musique. Délibérément imposé à tous, cette musique ne représente que la pointe de l’iceberg d’un océan fertile en diversité musicale. On ne se surprendra pas de voir le commun des mortels céder à cette offensive. Rassurez-vous, il y autres choses !

Un groupe qui attire mon attention en ce sens est The Residents. Ce groupe formé dans les années 60 de membres totalement inconnus de tous possède une philosophie bien particulière. Basée sur la théorie de l’obscurité du tout aussi mystérieux Nigel Senada, elle établie une corrélation entre l’anonymat d’un artiste et la pureté de ce dernier.

Soucieux de défendre leur musique avant leurs égos, ils continuent à vivre leur art derrière les rideaux, souvent représentés par leurs gérants. Leur légendaire costume de globe oculaire traduit bien l’esprit du groupe qui pose un regard sur la société en général, l’altère à leur manière, et la recrache artistiquement à travers leur musique.

Si leur identité est obscure, leur musique l’est autant. Constitué d’atmosphères qui laissent l’auditeur non-initié perplexe, elle déstabilise par l’absence d’association à des genres ou groupes. Contrairement à plusieurs groupes qui défendent la marginalité de leur musique avec de gros sons distortionnés et des voix criardes, les mystiques résidents réussissent avec brio à pousser leur musique vers des zones insoupçonnées de l’obscurité, sans pour autant être agressif. La musique de ces personnages qui semblent venus d’ailleurs nécessite beaucoup d’ouverture chez le néophyte qui entreprend le chemin vers la découverte d’un univers riche en créativité. Bien que la première écoute soit ébranlante, il en faut peu pour se laisser embarquer dans ces ambiances envoûtantes.

Niveau artistique, The Residents passe d’albums traditionnels de format, à des albums concepts basés sur des histoires évolutives. Le groupe se démarque aussi par leur travail visuel, qui conserve les mêmes caractéristiques particulières que leur musique. Parmi leurs premières œuvres, on peut noter les albums Duck Stab/Buster & Glen, Commercial Album, The Third Reich n’ Roll, qui à mon avis décrivent bien le style particulier du groupe. Tantôt d’une intensité étourdissante, tantôt d’un caractère farfelu, ces albums ont en communs l’originalité des sonorités et la juxtaposition de ceux-ci, qui font toute la beauté de cette musique. La reprise de certains tubes populaires tel que Jailhouse Rock, Hit the road Jack et Satisfaction, illustrent fidèlement la transformation «Residents» qui agit tel un «blender» de sons et de styles, pour ainsi donner un vent de fraîcheur à ces pièces.

Les «One minute movies» tirés de «Commercial Album», constitués de 40 pastiches d’annonces commerciales, sont un bel exemple de l’idiosyncrasie des Residents.

Ici, le format peut rappeler l’approche mercantile de la musique hautement médiatisée, mais leur musique étant ce qu’elle est rend cet album particulièrement savoureux. Rappelons que le groupe fut un des pionniers du vidéo clip et eut une visibilité importante lors des tous débuts de MTV. Plusieurs de leurs vidéos font d’ailleurs partis de la collection permanente du Museum of Modern Art de New York.

Bonne découverte!




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.