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No. 6: À mi-chemin entre 1984 et Tokyo

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La poussière n’est pas encore retombée pour les fans de No. 6. Deux semaines après la diffusion du 11e et dernier épisode de la série, on voit encore apparaître des pages de blogs réclamant à grands cris une seconde saison. C’est probablement l’effet que recherchaient les scénaristes lorsqu’ils ont opté pour une fin ouverte et, selon plusieurs témoignages, déchirante.

L’histoire débute en 2013: après une série d’évènements vaguement abordés, pouvant aller de la guerre nucléaire à l’apocalypse de zombies, une large région de la planète Terre devient inhabitable. Les hommes se regroupent alors au sein de six villes dont ils voudront faire des utopies, pour ne jamais répéter les erreurs qui ont presque détruit le monde. C’est spécifiquement autour de la sixième région, No. 6, que l’action des protagonistes s’articulera: la ville sera d’une part le théâtre des évènements, mais sera surtout considérée comme l’antagoniste du récit.

Le premier épisode introduit Sion, 12 ans, étudiant d’un programme élitiste pour enfants surdoués. Il habite avec sa mère dans le quartier le plus huppé de la ville. Il va à l’école avec sa meilleure amie Safu, une jeune fille au caractère fort qui porte les vêtements tricotés par sa grand-mère, malgré les quolibets. Sa vie est, selon les standards de No. 6, parfaite. Il représente l’incarnation de l’utopie réalisée, jusqu’au jour où un rat entrera dans sa vie. Littéralement. Lors d’une violente tempête, un garçon de son âge, blessé, entre par effraction dans sa chambre. Son nom est Nezumi, mot signifiant «rat» en japonais. Pour des raisons que lui-même ne comprend pas tout-à-fait, Sion lui viendra en aide, tout en connaissant son statut de fugitif. Le lendemain, Nezumi a disparu et le «Bureau de la Paix» viendra cogner à la porte de Sion. C’est le début de la descente aux enfers.

Entre le premier et le second épisode, quatre ans ont passé. La mère de Sion est boulangère et Sion lui-même occupe un emploi impliquant la vidéosurveillance des robots responsables de l’entretien ménager des parcs. Juste à le dire, on comprend pourquoi cet emploi est une punition. Malgré cela, ils ont refait leur vie et se considèrent encore comme heureux, jusqu’au jour où tout s’effondrera à nouveau. Un matin, au beau milieu d’une conversation, le collègue de Sion se met soudainement à vieillir à un rythme effarant, puis tombe mort. Horrifié, l’adolescent voit une abeille sortir de la peau nécrosée du cou de son partenaire de travail, avec qui il discutait moins d’une minute plus tôt.

Suite à cet évènement, Sion est arrêté; c’est lors de son transfert vers le centre pour délinquants que Nezumi ressurgira. Les garçons s’enfuiront de la ville, passant de justesse le mur impénétrable séparant No. 6 du monde extérieur. Sion se retrouve dans l’équivalent d’un bidonville, ignorant tout de ce monde, et considéré par sa ville comme un fugitif dangereux. Nezumi lui expliquera alors l’horreur camouflée derrière l’apparente perfection de No. 6, dont l’arrogance des dirigeants a déformé l’utopie au profit d’un régime implacable écrasant quiconque s’y opposant.

Dans l’ensemble, No.6 reprend des thèmes qui seront familiers aux lecteurs de Georges Orwell ou du livre Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley. Contrôle de la morale par l’état, création de castes, absence de respect pour la vie humaine, bref, un bon cocktail pour raviver les tisons de notre conscience politique atrophiée. Personnellement, j’ai apprécié l’intelligence de l’histoire, qui en retour ne sous-estime pas celle de ses auditeurs. Ça fait changement des émissions plus légères, bien que toujours fantastiques, qui composent généralement mon ordinaire.

Ce que je préfère de l’histoire est sa progression dramatique. Le premier épisode est mignon, trop mignon, trop gentil, trop parfait. C’en est carrément agaçant. On débute dans cette atmosphère, pour aboutir vers la fin de la série à des scènes suffisamment glauque pour me rendre mal à l’aise. Voir des humains traités comme des déchets dans un sens aussi littéral est troublant, doublement quand on peut associer ces actions à des évènements réels qui nous rappellent de quoi les humains sont capables. J’aime aussi comment la «moralité» de l’histoire se reflète sur Sion, qui perd progressivement son innocence et son optimisme au contact de la vraie vie, de la pauvreté, de la mort… Et de l’amour.

Je ne veux pas vous vendre de punchs, mais les auteurs n’ont pas exactement fait dans la subtilité en ce qui concerne les relations. Que ce soit Safu qui dise à Sion qu’elle «veut son sperme» (haha quoi?!), ou bien les nombreuses scènes équivoques entre lui et Nezumi, l’aspect romantique de l’histoire fait en sorte que cet animé plaira peut-être davantage aux filles. Public masculin, ne partez pas maintenant! En toute honnêteté, les sentiments prennent une place secondaire par rapport à l’intrigue. Je suis convaincue que la gent masculine pourra supporter sans broncher les petits moments de «fanservice» pour connaître la suite des évènements.

Et puis, sérieusement, peu importe vos préférences, Nezumi déguisé en femme pour interpréter Ophelia dans Hamlet est absolument craquant.

TL;DR

Série : No. 6

Longueur : 11 épisodes

On aime : La progression dramatique, l’intrigue et les complots politiques, l’intelligence avec laquelle l’histoire est traitée.

On aime moins : Le dénouement de l’histoire qui nous laisse sur notre faim, mais avec espoir.

Verdict : À voir, sans aucun doute, après s’être relu 1984 et Le meilleur des mondes.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.
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