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Quel rôle pour les ingénieurs au sein de l’industrie minère québécoise?

Par Thomas Goyette-Levac

Depuis le début de mon baccalauréat en génie des mines, je me suis toujours demandé ce que les ingénieurs feraient du développement durable dans l’industrie minière. En effet, le seul cours Impact et développement durable ne couvre qu’à peine les enjeux sociaux et environnementaux engendrés par notre industrie. Toutefois, à notre entrée sur le marché du travail, nous travaillerons pour des entreprises déjà dotées de politiques de développement durable, certaines ayant déjà des employés voués à son application. Il existe aussi des politiques de développement durable gouvernementales, plusieurs lois et règlements encadrant l’industrie sur tout le cycle de vie de la mine la principale est la loi sur les mines dont la réforme (projet de loi 14) est présentement débattue en commission parlementaire à l’Assemblée Nationale (Québec). On y également trouve des lobbies miniers plaidant pour des politiques publiques moins restrictives et une fiscalité plus favorables à l’atteinte de leurs objectifs corporatifs, des citoyens et des groupes écologistes qui plaident également pour prendre en compte un ou plusieurs éléments du développement durable (l’économie, le social ou l’environnement) par l’application de mesures radicalement différentes dans les politiques publiques. Bref, l’état de contraintes initial e0 des politiques minières est assez complexe. Pourtant, on ne voit pas souvent les ingénieurs intervenir.

C’est par ce constat que je me suis dit qu’il fallait que mes collègues et moi-même se fassions sensibiliser sur les questions des enjeux suscités par le développement de l’industrie minière. En tant qu’étudiants en génie, nous développons un esprit critique pour ne pas sauter trop vite aux conclusions même si nous serons sollicités pour la valeur de notre signature, nous ne devons jamais banaliser notre responsabilité envers la société, surtout dans la conjoncture actuelle où la profession d’ingénieur-conseil est ébranlée par les scandales de collusion et de corruption. La meilleure façon d’être sensibilisé, c’est de confronter nos perceptions. Pour ce faire, j’organise une première conférence intitulée L’industrie minière québécoise Quels enjeux? Quelles opportunités? Quel rôle pour les ingénieurs? avec le porte-parole de la Coalition pour que le Québec ait meilleure mine (CQMM), Ugo Lapointe qui a une formation en génie géologique et a travaillé dans le domaine de l’exploration minière.

Lors de sa conférence, Ugo Lapointe présentera la CQMM, ses objectifs et ses propositions pour les atteindre. La CQMM n’est pas une coalition contre les mines, mais bien un regroupement de plusieurs groupes écologistes et citoyens qui veulent se faire entendre. (Des membres de la CQMM ont même participé à un camp minier citoyen, avec de vraies tentes de prospecteurs, à l’ouverture de la Commission parlementaire de la Loi sur les mines devant l’Assemblée Nationale, à la fin août, pour débattre publiquement principaux enjeux qu’elle soulève.)

Dans son mémoire déposé sur le projet de loi 14 qui vise à réformer la loi sur les mines, il considère qu’elle ne va pas assez loin pour protéger le droit des municipalités et des citoyens. Pour y remédier, il propose une politique de développement minier soit plus cohérente avec l’utilisation du territoire (aires protégées, usages récréotouristiques, etc.) et respecte le pouvoir de zonage des municipalités, car les droits miniers ont actuellement préséance par le principe du free mining qui, selon l’auteur, n’a plus de sens dans le contexte actuel de développement régional pour la protection de l’environnement.

D’autre part, il propose que l’État québécois tire sa juste part en redevances. Il explique comment le régime fiscal pourrait être amendé en se basant sur des exemples de juridictions minières étrangères.

Parmi les autres propositions pour le projet de loi 14: l’application du principe du polleur-payeur pour la restauration de sites miniers et un moratoire sur l’exploration et l’exploitation de l’uranium à cause des risques pour l’environnement et la santé humaine seront discutés durant la conférence.

La conférence de jeudi sera très courte : à peine une heure combinant la présentation et la période de question. Notre rôle futur, comme ingénieur, comporte l’atteinte des objectifs de développement durable des entreprises. On parle alors de Responsabilité sociale des entreprises (RSE). J’organise donc une deuxième conférence portant spécifiquement sur la RSE dans l’industrie minière et qui sera donnée au début de novembre par Pierre Bâtelier, professeur au HEC. Détails à venir!




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.