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Faits et opinions sur la hausse des frais de scolarité imposée par le gouvernement Charest

Par Kévin Horton-Guay

Le 28 et 29 septembre prochain, nous sommes invités par l’AEP à voter pour ou contre la hausse des frais de scolarité imposée par le gouvernement Charest.

Comme la majorité de la population étudiante, j’ai mon opinion sur le sujet. Il est cependant important de se rappeler que nous ne sommes pas des spécialistes de la gestion et que nos arguments restent des opinions et non des faits dans se dossier. Comment prendre position lorsque d’un bord et de l’autre lorsque les contres arguments se contredisent et, en ce qui me concerne, me paralyse face à ce choix.

J’ai eu vent d’une conférence intitulée ‘’La hausses des frais de scolarité: mythes et réalités’’ organisée par l’association d’anthropologie de l’UdeM et tenue par le conférencier Éric Martin, chercheur à l’IRIS (Institut de Recherche et d’Information Socio-économique). Voilà un gars qui sait de quoi il parle!

Je n’ai pas pu assister à cette conférence, par contre il est possible de consulter une brochure sur le site de l’IRIS www.iris-recherche.qc.ca/. Je vous invite fortement à la consulter. Je vais me permettre de copier 1 des 8 contres arguments apporté par M.Martin et M. Tremblay-Pepin dans cette dernière. Vous pouvez le retrouver intégralement avec les 8 autres au site de l’IRIS.

-Argument trompeur #1 : Les universités sont sous-financées.

‘’En fait, les universités du Québec reçoivent beaucoup d’argent, elles souffrent plutôt d’un malfinancement, c’est-à-dire d’une mauvaise répartition des ressources.

Plusieurs intervenants, au premier chef la Conférence des recteurs et principaux des universités du Québec (CRÉPUQ), affirment que les universités souffrent d’un « sous-financement chronique». C’est la principale raison invoquée pour justifier les hausses de droits de scolarité : les universités manquent d’argent, il faut donc que les étudiant·e·s fassent leur part.

Or, ce prétendu sous-financement est en fait une construction trompeuse, produite au moyen d’une méthodologie peu rigoureuse. La CRÉPUQ évalue ce « sous-financement » à 620 millions. Mais elle ne parvient pas à ce chiffre en analysant les besoins des universités pour constater ensuite un manque de moyens : elle mesure plutôt « l’écart existant entre les ressources financières dont disposent les universités québécoises et celles des universités des autres provinces». Donc, le chiffre de la CRÉPUQ ne révèle pas ce dont manquent les universités, mais uniquement ce qu’elles obtiendraient en ressources additionnelles si le Québec haussait ses droits de scolarité pour se conformer à la moyenne canadienne.

A-t-on vraiment besoin de cet argent ? Selon le gouvernement du Québec, en 2008–2009, les dépenses globales des universités représentaient 1,94 % du PIB au Québec, comparativement à 1,76 % en Ontario, et à 1,58 % dans le Canada sans le Québec. En combinant ce que le gouvernement, les étudiant·e·s et le privé investissent dans les universités, on obtient un total de 29 242 $ de dépenses par étudiant·e au Québec, comparativement à 26 383 $ pour l’Ontario et à 28 735 $ pour le reste du Canada. En regard des pays de l’OCDE, seuls les États-Unis et la Corée du Sud devancent le Québec au poste de la dépense globale par étudiant·e! Au titre de la recherche subventionnée, la dépense par étudiant s’est établie à 7 878 $ au Québec, comparativement à 6 225 $ dans le reste du Canada.

Donc, le Québec dépense déjà plus par étudiant, tant en général qu’au chapitre de la recherche, que le reste du Canada. Mais pourquoi les universités ont-elles besoin d’encore plus d’argent ? Une partie de la réponse se trouve dans ce qu’elles font avec l’argent qu’elles ont déjà.

L’étude de leurs budgets révèle que de plus en plus d’argent est alloué à la recherche, au détriment des budgets de fonctionnement et d’enseignement. Le montant des subventions et des contrats de recherche alloués aux universités a plus que doublé de 1995–1996 à 2005–2006, passant de 721 M$ à 1,276 G$ en dollars constants de 2006. Cet argent est distribué de façon inéquitable. Les domaines » Le sous-financement n’est pas calculé en fonction des besoins des universités québécoises, mais bien en comparaison avec une moyenne canadienne, biaisée de surcroît.6 des sciences de la santé, des sciences pures et des sciences appliquées ont bénéficié à eux seuls de 75,8 % des subventions et des contrats de recherche en 2005–2006. Quant aux sciences sociales et humaines, elles n’ont reçu, pour la même période, qu’un maigre 7,8 % des fonds dévolus à la recherche.

En plus, cet argent finance moins souvent la recherche fondamentale, et plus souvent la recherche à visée appliquée ou commercialisable. Les universités sont de plus en plus utilisées par les entreprises pour la sous-traitance de leurs activités de recherche-développement. Cela prend la forme de partenariats de recherche ou encore d’expertise fournie en sous-traitance à des entreprises.

Le plus récent budget québécois appelle aussi à une hausse des dons privés et des entreprises dérivées, c’est-à-dire qu’il incite les universités à utiliser leurs ressources autrefois publiques pour amorcer des entreprises ou générer des brevets et de la propriété intellectuelle qui seront ensuite privatisés. Ce type d’activité détourne des fonds, des ressources et des énergies de la mission d’enseignement de l’université. Ceux et celles qui y travaillent voient ainsi l’université sembler toujours manquer d’argent pour sa fonction première, l’enseignement : salles de classe pleines, pénurie d’enseignant·e·s, bibliothèques faméliques, etc. Pourtant, ce n’est pas que l’argent manque, c’est qu’il n’est pas consacré à ces postes.

En somme, l’analyse des budgets universitaires actuels révèle qu’il existe bien plus un problème de malfinancement – de mauvaise répartition des ressources – que de sous-financement. En effet, les sommes disponibles sont de plus en plus allouées à des impératifs mercantiles complètement étrangers à la mission et aux finalités de l’éducation. Le « sous-financement » est d’abord un prétexte pour adapter nos universités au modèle canadien et pour justifier la hausse des frais de scolarité et la reconversion de l’éducation vers des fins marchandes. E.Martin, S.Tremblay-Pepin .(2011).

En ce qui me concerne, même s’il serait justifié d’augmenter les frais de scolarité, ça reste que ce n’est pas à nous de payer. Nous, étudiants universitaire, somme le futur du Québec, c’est en majorité nous, qui allons remplir les coffres de l’état dans le futur et c’est bien comme ça! Ça fait partie de notre choix de société. Par contre, il est injuste de nous imposer une si haute hausse (75%). Nous somme dans notre phase la plus précaire de notre vie et je trouve stupide d’accentuer cette fragilité surtout lorsque l’on pense que nous somme le futur économique Québécois. On se tire une balle dans le pied.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.