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Je m’accuse de crime contre l’esthétisme

Par Kévin Horton-Guay

Une des choses que je hais le plus est de pelleter la neige. Pas pour des raisons d’effort, mais bien par principe. Une de mes grandes motivations à foncer dans ce monde est de le contempler. Le simple fait d’être un organisme qui est capable d’apprécier la beauté de l’univers me satisfait. Donc pour moi, ce qui distingue l’homme des autres animaux est cette capacité par sa raison et par l’analyse de se rendre compte de l’esthétisme de l’univers, que ce soit a l’échelle galactique tels les assemblements d’astres, anthropique telle la beauté et la profondeur du corps humain ou bien millimétrique telle la mousse dans le fond de l’évier après avoir fait la vaisselle.

Sans cette appréciation notre vie serait, de beaucoup, dénudée de sens. Tel le reste de nos collègues de l’écosystème nous ne vivrions que pour manger, dormir et coïter sans ce soucier de notre univers. C’est donc cette capacité, dû à notre rationalité, qui fait que ma vie a un minimum de sens. Il est donc primordial pour moi de préserver, dans la mesure de mon pouvoir, cet esthétisme.

Je trouve que la neige est une grande expression de la beauté de notre monde. À coup de grands flocons, je deviens spectateur de ce phénomène si grandiose, en plus, s’il y a des lampadaires a proximité pour accentuer les grains de neige vous m’avez perdu pendant quelques minutes.

J’aime tout autant admirer le paysage après la chutes des flocons, c’est si calme.

Cependant, nous ne vivons pas dans une société qui met en valeur l’esthétisme de la nature. C’est pourquoi il est nécessaire d’évacuer cette masse provenue du ciel le plus rapidement possible pour reprendre nos activités normales d’humain. Donc, dans à mon point de vue, l’on détruit ce qui est le plus important dans la vie de tout humain pour des raisons purement pratiques et pour focuser sur la productivité de tous et chacun! Au moins, si l’on prenait le temps d’admirer ce tableau qui nous est donné avant de le tasser avec les restes des autres seulement parce qu’elle bloque notre chemin de A vers B.

Le pire dans tout cela c’est que je participe à ce massacre contre l’esthétisme. Moi même je vais pelleter mon entrer demain matin pour que ma voiture puisse aller de A vers B. Dans ce geste tout simple, tout «naturel» c’est un drame métaphysique! Je m’accuse de crime contre l’esthétisme! Je suis un acteur de cette destruction si anodine à la vue de mon entourage. Je me sens comme un génocidaire. Je dois le faire, ce geste sans importance, si souvent répété dans le passé, si commun, sans retombée éthique, il ne s’agit que de la neige. La neige, les forêts, les montagnes, la vie; tout ces éléments que l’on transforme selon notre conception du monde.

Nous avons la même attitude envers la neige qu’avec le reste de la nature.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.