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Processus de Bologne

Actuellement, nous terminons notre baccalauréat et devenons ingénieurs avec un diplôme de premier cycle (après 17 années d’études). Alors qu’avec le processus de Bologne, les étudiants en ingénierie obtiennent un diplôme de second cycle (mais après également 17 années d’études). Nous sommes donc face à un problème de terminologie.

 

Cela fait maintenant plusieurs années que Polytechnique parle du processus de Bologne et d’arrimer ses programmes à cet accord européen. Lors du dernier conseil académique, le rapport du comité de travail, créé au tout début de l’année 2011, a été déposé. Ce rapport détaille les discussions qui ont eu lieu lors des différentes rencontres, l’AEP ayant également un siège sur ce comité.

Mais revenons à la base, qu’est-ce que le processus de Bologne? Cet accord, signé en 1999 par 28 pays, a les objectifs suivants :

Mettre en place un système facilement compréhensible et comparable pour permettre une bonne lisibilité et faciliter la reconnaissance internationale des diplômes et qualifications.

  • Organiser les formations sur un premier cycle destiné au marché du travail (de 3 ans au moins) et un deuxième cycle nécessitant l’achèvement du premier.
  • Valider les formations par un système d’accumulation de crédits transférables entre établissements.
  • Faciliter la mobilité des étudiants, des enseignants et des chercheurs.
  • Coopérer en matière d’assurance de la qualité des enseignements.
  • Donner une dimension véritablement européenne à l’enseignement supérieur.

Au fil des années, des pays se sont ajoutés à la liste des signataires pour atteindre aujourd’hui 47 états signataires. Dans la pratique, les réformes dans les différents pays ont pris plusieurs années à être mises en place pour obtenir aujourd’hui, par exemple en France, le système LMD (licence-master-doctorat).

L’arrimage des programmes de Polytechnique avec le processus de Bologne passe donc par une refonte de la structure même des programmes. Actuellement, nous terminons notre baccalauréat et devenons ingénieurs avec un diplôme de premier cycle (après 17 années d’études). Avec le processus de Bologne, les étudiants en ingénierie obtiennent un diplôme de second cycle (mais après également 17 années d’études). Nous sommes donc face à un problème de terminologie : les universités européennes ne reconnaissent pas notre diplôme comme équivalent aux leurs à cause de ce problème de diplôme de deuxième cycle, malgré des ententes de réciprocité entre différents pays pour reconnaître des diplômes d’ingénieur (citons par exemple l’entente entre l’OIQ et la CTI, la commission chargée de délivrer les diplômes d’ingénieur en France).

Les pistes envisagées par le comité pour pallier à cette problématique sont de transformer la quatrième année de baccalauréat en un diplôme de deuxième cycle. Nous terminerions donc notre cursus avec un baccalauréat de 120 crédits et un diplôme de second cycle de 30 crédits.

Cette décision d’aller de l’avant avec l’arrimage au processus de Bologne est, par contre, dénuée de sens alors qu’à l’heure actuelle nous ne sommes même pas arrimés avec les programmes de génie des autres provinces du Canada! La CREPUQ aimant tellement se comparer avec l’Ontario pour le financement des universités, faisons la même chose pour les programmes de génie. Un étudiant ontarien graduera dans une faculté de génie avec un an d’avance par rapport à un étudiant québécois (en 16 années d’études). Il aura le même diplôme reconnu partout au Canada par les différents ordres professionnels, aura le même salaire, etc. Nous sommes pourtant agrémentés par le même organisme, le Bureau Canadien d’Agrément des Programmes de Génie.

Au Québec, nous sommes donc formés plus longtemps pour obtenir le même diplôme. Cette année supplémentaire de formation, où nous étudions dans la spécialité de notre choix, n’est reconnue qu’à moitié par le BCAPG. Actuellement, nous pourrions réaliser 108 crédits, graduer et devenir ingénieurs (comme c’est le cas à McGill par exemple).

Cette idée d’harmoniser en premier lieu nos programmes avec le reste du Canada a été rapportée sur la table cette année par l’AEP. Il est clair que nous ne voulons pas dévaluer la qualité de notre formation à Polytechnique, mais le BCPAG, et les autres universités du Canada, devraient reconnaître la spécificité de notre système d’éducation.

Des discussions ont lieu actuellement aux États-Unis pour modifier les conditions d’accès à la profession à l’horizon 2020. Les étudiants devront réaliser un « Bachelor degree » et un « Master Degree » de 30 crédits pour pouvoir devenir ingénieur. L’examen professionnel serait donc accessible après 17 années d’étude au lieu de 16 actuellement aux USA.

Dans un contexte de compétitivité très forte entre universités, il est fort à parier que le Canada emboitera le pas à cette modification. Dans ce cas, quel serait le discours du BCAPG face aux universités québécoises? Deux situations pourront se poser :

  • Les universités québécoises reçoivent actuellement le même agrément que les autres universités au Canada, elles devront donc ajouter une année supplémentaire afin de satisfaire les nouvelles exigences (nous aurions alors encore une année supplémentaire d’étude face au reste du Canada)
  • Les universités québécoises dispensent déjà une année supplémentaire, elles n’auront donc pas besoin d’ajouter une année à leur formation (nous aurions alors la même durée d’étude que le reste du Canada)

La proposition de l’AEP d’étudier plus en détail la question de la reconnaissance de notre année supplémentaire n’a pas fait l’unanimité autour la table du conseil académique. Nous avons reçu comme réponse que les démarches sont plus complexes que pour l’arrimage avec le processus de Bologne. Pourtant, nous voyons beaucoup de freins des deux côtés, notamment au niveau du ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie. Alors, pourquoi vouloir privilégier un dossier plutôt que l’autre ?

Si nous arrivons en 2020 sans nous être préparés à l’avance (et 2020, c’est proche considérant le temps de faire modifier les différentes lois nécessaires) et que l’on impose au Québec d’allonger la durée des études des étudiants en génie, est-ce que les universités québécoises regarderont encore le train passer, ayant peur de froisser leurs collègues de l’ouest ?

Le Québec, c’est 17 000 étudiants en génie et un quart des ingénieurs professionnels au Canada. Nous avons un levier de pression important, utilisons-le pour démontrer la qualité de notre réseau universitaire et plus particulièrement en génie afin de faire valoriser notre formation atypique au sein du BCAPG.

Sources:

Chambers, T. L. (2012). Reduced Credit Hours and Engineering Licensure: A Proposal to Break the Impasse. ASEE Annual Conference. San Antonio: American Society for Engineering Education.

Wikipedia. (2013, mars 12). Processus de Bologne. Consulté le mars 25, 2013, sur Wikipedia: http://fr.wikipedia.org/wiki/Processus_de_Bologne




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