Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Sur l’homophobie en 2013

 

Vous avez vu ces publicités du gouvernement du Québec visant à sensibiliser la population sur l’homophobie? Personnellement, je les trouve excellentes. Ma préférée est celle où l’on voit un homme attendant à l’aéroport qui se précipite à bras ouverts vers une femme… pour embrasser l’homme se trouvant derrière elle. La publicité à cela de bien qu’elle surprend toujours un peu et cela permet la réflexion. Si elle surprend, c’est parce que la télévision se borne bien souvent à présenter des romances hétérosexuelles, en nous offrant parfois au passage un personnage homosexuel un brin stéréotypé, dont la vie ne semble tourner qu’autour de son orientation sexuelle. Une publicité bien gentille en somme, qui ne devrait pas, en théorie, soulever les passions. Rien de plus normal que de voir un homme accueillir son amoureux à l’aéroport me suis-je dit (je me suis même demandé un instant si elle était vraiment utile, tout cela semble si évident)… Jusqu’à ce que je vois les réactions face à la campagne du gouvernement.

La campagne a entrainé son lot de réactions nauséabondes, à commencer par les réactions de certains auditeurs de Salut, Bonjour! qui ont fait entendre leur mécontentement sur la page Facebook de l’émission matinale. Je vous épargne ici la retranscription directe de l’avalanche de commentaires homophobes, vous pouvez trouver des résumés sur internet si le cœur vous en dit. Un propos en particulier revenait à de multiples reprises. Commençant habituellement par « Je ne suis pas homophobe mais… » (une affirmation qui ne peut être suivie que par un propos homophobe d’ailleurs), l’auditeur en colère type expliquait qu’il n’a rien contre les gays, mais qu’il ne veut pas voir deux hommes s’embrasser en public.

Une nouvelle donc pour ceux qui trouvent que cette affirmation tient la route : il s’agit bel et bien d’homophobie. Taxer d’anormal ou de révoltant un comportement qui semblerait tout à fait normal chez un couple hétérosexuel est profondément homophobe. C’est priver de ses droits quelqu’un sur la base de son orientation sexuelle. Certains se sont cachés sous le couvert de la liberté d’opinion : « Oui mais c’est MON opinion, MOI ça me dérange, et j’ai en ai tout à fait le droit ». C’est son opinion en effet, mais c’est de l’homophobie quand même. La société ne peut empêcher les particuliers de penser ce qu’ils pensent, qu’ils soient racistes, misogynes ou homophobes, mais elle a aussi le devoir d’éduquer et de sensibiliser à ces idées qui sont véhicules d’injustices et de haine. Oui, la société québécoise est plus tolérante que d’autres envers la communauté LGBT, mais il ne faut pas se tromper, il reste énormément de travail à faire. Tant que l’on niera à tous ces gens le droit d’être traités comme tout le monde, sans avoir à subir le jugement des autres et de leurs « opinions » débiles et rétrogrades.

Parlant de débilité, le très jambon animateur de radio Jeff Fillion (ce début de phrase ne mérite pas un prix pour sa retenue, mais vous comprendrez qu’elle me permet de me défouler) a lui aussi réagit aux publicités du gouvernement en affirmant ceci : « Je suis obligé d’expliquer (aux enfants) qu’il y a des hommes qui se marient, des gars avec des «pinchs» qui se frenchent ». Bin oui mon Jeff, tu es obligé. En fait, c’est le devoir de tous d’expliquer à ses enfants que certaines personnes sont différentes de papa et de maman, mais qu’elles doivent être traitées avec le même respect que l’on doit à tous. Il faut leur expliquer que c’est à nous de nous adapter aux autres et non à eux de changer ce qu’ils sont pour respecter notre « opinion ». Et puis qui sait Jeff, tu seras sans doute surpris quand tu te rendras compte que ce qui t’écœure, ce que tu considères « anormal » (comme si ce mot voulait dire quelque chose), les enfants l’accepteront sans mal, car ils n’ont pas passé tout une vie dans une société qui tente systématiquement de stigmatiser la différence.

Le cas de la France

Il reste de l’espace sur cette page éditoriale, je vais donc glisser un mot sur ce qui se passe chez nos cousins français. En effet, plus de 300 000 français sont descendus dans la rue cette semaine pour protester contre la légalisation du mariage gay. Le mouvement, pourtant piloté par les partis d’influence chrétienne, se défend bien d’être homophobe. Son angle d’attaque est efficace et il en convainc plus d’un : on affirme défendre la famille, qui serait « menacée » par le mariage de couples du même sexe. Tout cet argumentaire est d’autant plus ridicule qu’il repose sur une vision de la famille traditionnelle qui n’existe pratiquement plus, à l’heure ou un mariage sur deux fini en divorce et où les familles reconstituées ou monoparentales font légion. Ce dont a réellement besoin un enfant, c’est de l’amour de ses parents, pas de cette théorie loufoque du « modèle masculin ou féminin à la maison » sortant tout droit d’un manuel de psycho des années 50. Quiconque préfère une famille négligente et dysfonctionnelle « traditionnelle » à un couple de parents aimants du même sexe est un idiot. Espérons que les français sauront répondre avec force à ce révoltant étalage d’homophobie.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.