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Grains de sable

Pièce de théâtre jouée par la compagnie Voyageurs Immobiles, elle vous transporte dans un univers hors du temps.

Par Isabelle Jallifier-Verne

Voyageurs Immobiles a été créée en 2009 et s’articule autour du « paradoxe du déplacement et de l’immobilité, privilégiant le voyage intérieur de l’acteur et du public ». Écrit et mis en scène par Milena Buziak, la pièce est un condensé des vingt heures d’entrevues menées auprès de familles de militaires.

Grains de sable vous emporte dans l’univers militaire à l’aide de six acteurs, trois femmes, trois hommes, trois générations et d’un décor succinct : six chaises. On prend alors conscience des impacts de la guerre et du combat sur ces familles. Finalement, diverses personnalités se recoupent. On y voit le jeune militaire fougueux qui s’enrôle dans l’armée pour devenir un homme, pour devenir quelqu’un et qui ne ressort pas indemne des horreurs qu’il a vu. La jeune épouse rebâtit son univers sans son mari et en s’occupant de leur petit garçon, qui se transforme et évolue jusqu’à ne plus être celle qu’il a connu. Vient ensuite le soldat, chef d’une petite troupe, dont le seul but est de ramener ses soldats vivants, pris en étau entre le commandant loin des combats et ses jeunes camarades dont l’innocence sera perdue à jamais. L’épouse trentenaire qui, quant à elle, prend du recul et gâte son mari sans forcément le comprendre plus. Finalement, le commandant relativise ce qu’il a vu et vécu, qui renie ses regrets et ses remords et érige finalement cette guerre comme l’accomplissement d’une carrière. Sa femme, quant à elle, se lasse des courtes conversations téléphoniques, des déménagements incessants et d’une solitude latente. Ce sont six personnalités que l’on retrouve, toutes différentes et toutes unies dans ce drame qu’est la guerre. Aucune n’en sort indemne, comment vit-on la préparation de la mission, l’éloignement, le retour. Soldats, épouses de soldats, hommes, femmes, enfants, tout le monde est atteint par l’extraordinaireté de cet événement.

La guerre s’est une multitude de grains de sable : le grain de sable qui enraye une arme, le grain de sable qui rentre dans les bronches, le grain de sable qui empêche de voir mais aussi les grains de sable qui germent dans les têtes lors de la guerre, l’inquiétude d’une femme, le soldat qui voit son ami mort, l’enfant qui ne reconnait pas son père. Ce sont des familles qui s’unissent et se déchirent dans la douleur inextricable de la perte physique ou mentale d’un être cher.

Seule la beauté des étoiles saura les élever loin de cette dure réalité.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.