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Les muses orphelines : une 125e production qui ne manque pas de panache

 

Avez-vous été marqué, au cours de vos études, par une œuvre qui vous a été imposée? Non? Vous n’êtes fort probablement pas le seul, mais ce n’est pas nécessairement la faute des choix littéraires de vos enseignants. Simplement, l’analyse en profondeur d’une œuvre, couplée au cadre scolaire est suffisante pour développer une haine tenace pour n’importe quel chef d’œuvre. C’est ainsi que d’innombrables romans de qualité sont perdus pour moi à jamais malgré la bonne volonté de mes professeurs. Seule exception : les pièce de théâtre. C’est mon enseignante de quatrième secondaire qui m’a transmis son amour pour le théâtre, et plus précisément pour les dramaturges québécois. C’est donc avec enthousiasme que j’ai assisté à une représentation de Les muses orphelines, une pièce que j’avais à la fois déjà lue et déjà vue dans sa version cinématographique. J’avais déjà un biais positif envers le texte, véritable monument de la dramaturgie québécoise et envers l’auteur, Michel Marc Bouchard, qui est sans doute mon écrivain dramatique favori. Mes attentes étaient donc grandes pour cette production, et dans l’ensemble, je n’ai pas été déçu.

Les muses orphelines raconte l’histoire d’Isabelle, une déficiente intellectuelle de 27 ans habitant un petit village d’Abitibi en compagnie de sa sœur, Catherine, une femme autoritaire qui tient pour elle le rôle de mère. Une série d’évènements (je ne vous en dit pas plus) attire au village le reste de la fratrie : Martine, une militaire exilée en Allemagne et Luc, un auteur raté vivant dans le passé. Tous sont encore affectés par le départ de leur mère, qui les a abandonnés il y a près de 20 ans pour partir vivre en Espagne au bras de son amant. Pour Luc, il s’agit d’une véritable obsession. Il aime porter en public les robes espagnoles de sa mère et tente, par l’écriture, de raconter la vie de celle-ci à l’étranger. La pièce aborde de front la question de la nostalgie et de l’enfance. Une question hante les protagonistes : Sur qui devons-nous nous venger des blessures de notre jeunesse?

La distribution est particulièrement solide. Léane Labrèche-Dor nous offre une Isabelle impeccable, parvenant à dépeindre efficacement le handicap de la jeune fille tout en laissant transparaître la profondeur de son désarroi. Maxime Denomée est à la fois drôle et touchant dans le rôle de Luc, alors que Nathalie Mallette est parfaite dans le rôle de Martine, la dure qui cache un cœur d’or. Seule ombre au tableau : j’aurais aimé Catherine plus rigide et plus stricte, mais on ne saurait en tenir rigueur à Macha Limonchik qui livre une performance mémorable.

Courez donc voir Les muses orphelines, une œuvre sensible et intemporelle qui a fait le tour du monde. Michel Marc Bouchard le disait sur le plateau de Tout le Monde en Parle : la pièce a été montée 125 fois par des troupes professionnelles et il a dû assister à des productions parfois franchement mauvaises. Comptons nous chanceux que cela ne soit pas le cas cette fois et profitons de l’occasion pour découvrir (ou redécouvrir) cette pièce d’exception.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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