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Des lasagnes Pur Sang anglais

L’affaire des lasagnes à la viande de cheval traîne encore et remet en cause la chaîne de production de viande en Europe. Enquête.

 

C’est à la mi-janvier que les premières traces de viande chevaline ont été retrouvées en Angleterre dans des lasagnes de la marque Findus, pourtant étiquetées «100% bœuf». L’information a rapidement circulé et ce ne sont pas moins de douze pays européens, dont la France, l’Espagne et la Suède, qui sont contaminés par les surgelés douteux.

Les réactions

Nestlé, qui commercialise la marque Findus, a immédiatement couru au secours de ses consommateurs. Le géant de l’agroalimentaire a en effet cessé la vente de trois de ses produits frelatés, les tortellinis et raviolis étant aussi concernés. Jusqu’à présent, tout porte à croire que l’éventuel instigateur aurait une dent contre la gastronomie italienne. Selon Nestlé, la santé des consommateurs n’est pas compromise, mais la décision est motivée par le respect des consignes d’étiquetage. Les gourmets pourront néanmoins retrouver en magasin leur plat micro-onde, certifié 100% bœuf sous contrôle ADN, incessamment sous peu. En parallèle, la majorité des États de l’U.E procède à des tests randomisés pour déceler d’autres ersatz de viande bovine.

Les responsables

La recherche d’un coupable a permis de mettre en lumière la complexité de la chaîne de distribution de viande. La viande chevaline provient de Roumanie et a été achetée par la société Spanghero, qui elle-même la revendait à l’entreprise Comigel, basée au Luxembourg. Cette dernière confectionne les lasagnes qui seront estampillées Findus. Plusieurs de ces étapes sont assurées par des traders de viandes établis à Chypre et aux Pays-Bas. On peut notamment citer Meat Trading qui a été récemment condamnée pour avoir fait passer du cheval pour du bœuf halal… Selon le ministre français de la consommation, Comigel a été dupé par Spanghero qui a assuré que cette viande était d’origine bovine. Le fouillis dans l’organisation ne permet pas encore de conclure si la situation résulte de négligences ou de fraudes. L’hypothèse d’un trafic de viande de cheval à l’échelle européenne n’est cependant pas écartée. En attendant, les stocks de Spanghero sont passés au peigne fin et son pouvoir d’entreposage de viandes surgelées est temporairement mis sous tutelle.

Les enjeux

Jusqu’à présent, aucune trace de viande périmée ou impropre à la consommation, chevaline ou pas, n’a été détectée dans les plats congelés. Le scandale vient surtout du fait que si ce type d’amalgame culinaire peut être réalisé, la chaîne de livraison européenne est remise en cause et perd la confiance des consommateurs. Cela étant, ceux-ci ne pourront se plaindre, en ce qui concerne cette affaire, que d’étiquettes mensongères ou au contraire se réjouir de bénéficier d’un produit de qualité supérieure. En effet, beaucoup considèrent que le cheval possède une viande maigre plus fine en bouche que le bœuf. Seulement, peu sont ceux qui l’admettraient au grand jour, étant donné que cette viande marginale est peu à peu devenue un sujet sensible.

Mais puisque le mal est fait, la bonne nouvelle est que les associations caritatives lancent des appels aux distributeurs pour récupérer les surgelés qui n’entravent en rien aux normes sanitaires de consommation. D’autre part, les végétariens activistes se réjouissent de l’affaire pour étoffer leur point de vue. Il est vrai que plusieurs études tendent à démontrer que l’élevage ne sera plus viable en 2050 pour nourrir neuf milliards de personnes, du point de vue de l’économie et des ressources. Le meilleur conseil que l’on donnera est de profiter d’ici là de viande top qualité dont l’origine est certifiée par le boucher du coin, quitte à payer plus cher et en manger moins, c’est bon pour la santé il paraît. Ou alors, chacun reste vigilant, et les chevaux seront bien gardés!




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.