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Pas si confortable, la première classe…

Nous arrivons à la fin de février et c’est le temps des recherches de stage pour la plupart de mes compatriotes en seconde année de génie civil.

 

Le Service des stages et placements ne manque pas de nous le rappeler en nous envoyant moult courriels, nous conseillant de consulter régulièrement la Ruche et nous rappelant avec gentillesse qu’un étudiant ayant complété plus de 55 crédits sans faire de stage ne sera pas autorisé à poursuivre ses études.

Problème? En excluant les quelques stages internationaux, la Ruche propose actuellement un faramineux total de six stages pour l’été 2013 en génie civil. Considérant que ma promotion seulement est forte de plus de 200 étudiants et que ces stages ne sont pas uniquement proposés aux étudiants de Polytechnique, il est évident que cette offre est insuffisante.

Certes, c’est la responsabilité des étudiants de faire leurs propres recherches en matière de stage, mais devant un tel résultat, il est légitime de se demander si Poly n’est pas à côté de la plaque dans sa politique de placement étudiant. Quand Yves Beauchamp, le directeur général de l’ETS, affirme à La Presse fournir à ses étudiants 2700 stages malgré une offre de 3200 stages, je ne peux m’empêcher de sourciller… Que dire aussi des programmes de génie de l’université de Sherbrooke qui sont tous coopératifs et qui garantissent des stages rémunérés pour tous les étudiants?

On aura beau affirmer autant qu’on voudra que l’offre de stage est réduite en Civil ou que la recherche d’un stage est, en soi, formatrice, on ne peut pas nier que les étudiants de Poly n’ont pas un service comparable à ceux des autres écoles de génie. Anecdote révélatrice : un entrepreneur déniché sur la Ruche, chez qui je suis allé passer une entrevue à Brossard, m’a expliqué qu’il allait, la semaine suivante, passer des entrevues à l’ETS. Manifestement, il a contacté le service de placement des deux écoles, sauf que les étudiants de l’ETS ont eu la chance de passer en entrevue directement dans leurs locaux alors que j’ai dû manquer des cours pour me rendre à la mienne. Il serait tentant d’en conclure que le Service de stage de poly ne fait pas le même genre d’invitations aux employeurs…

Une réponse que l’on obtient souvent de la part du Service des stages est que les postes sont plus faciles à dénicher en automne ou au printemps. Or, contrairement aux étudiants en mécanique ou en électrique, les étudiants en civil n’ont presque pas de cours de spécialité offerts à la session d’été. Opter pour un stage à l’automne ou à l’hiver revient donc souvent à rallonger d’une session sa formation.

Devant les difficultés rencontrées par plusieurs dans leur recherche de stage, ne serait-il pas temps de remédier à la situation? En fait, le principal obstacle à cela est le manque chronique de professeurs en génie civil. Comme plusieurs professeurs nous l’ont dit, le programme a quadruplé ses effectifs en l’espace de quelques années, dans la foulée des grands réinvestissements de l’État dans les infrastructures et de la saga du pont Champlain. Devenu un des plus gros programmes de Poly en quelques années, civil est toujours à la traîne au niveau du nombre de professeur, sans parler des classes et des laboratoires surchargés et des horaires impossibles à modifier. C’est à se demander où va l’argent que rapporte à Poly l’afflux d’étudiants en civil… peut-être dans ce laboratoire de structure où l’on met deux fois les pieds au cours du baccalauréat. Comprenez-moi, ce n’est pas que je n’aime pas le lab de structure, au contraire, j’y passerais volontiers ma vie. Simplement, l’idée d’y contribuer par mes frais de scolarité du bac alors qu’on vit une pénurie de professeurs m’ennuie un peu.

Cela amène une question encore plus sérieuse. Pourquoi Poly a-t-elle accepté autant d’étudiants en civil alors qu’elle n’a pas les ressources pour leur offrir le même niveau d’enseignement qu’aux étudiants des autres programmes? C’est le fait d’une école qui ne contingente pas, préférant tranquillement empocher l’argent pour ensuite réduire le nombre d’étudiants à coups de vicieux examens de mathématique. À croire que le «Génie en première classe», relève plus du slogan creux qu’autre chose.




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