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Les «libertariens» et l’illusion de la liberté

Avez-vous déjà entendu parler du phénomène des Sovereign citizen américains? Les partisans de ce mouvement rejettent la légitimé de tout contrôle de l’État sur leur personne.

 

Pour eux, les lois et les impôts sont illégaux car aucun contrat n’a été signé entre le gouvernement et le citoyen qui est fondamentalement libre. Les « citoyens souverains » ne font pas que prêcher leur idéologie, ils passent aussi aux actes. On ne parle pas seulement ici d’actions relativement inoffensives comme la fraude fiscale ou la conduite sans plaque d’immatriculation, mais aussi de menaces envers des juges ou même d’attentats (un des terroristes d’Oklahoma City était un membre notoire de ce mouvement).

Les sovereign citizen ne sont certes pas nombreux ou très influents. Toutefois, le libertarisme prôné par ces illuminés n’est que la version extrême d’une idéologie qui semble faire son bout de chemin chez une certaine tranche de la population. De plus en plus de personnes se réclament du libertarisme, poussant l’idéologie libérale traditionnelle encore plus loin. Du libéralisme économique classique à la suppression presqu’entière des impôts, le terme «libertarien» englobe une variété d’opinions qui se balade allègrement sur tout le spectre politique traditionnel. Ainsi, alors que les libertariens rejoignent certaines idées de la droite traditionnelle sur le plan économique, nombre d’entre eux s’opposent radicalement aux canons de la droite morale. C’est cohérent : ceux qui s’opposent à la «tyrannie étatique» au niveau économique peuvent difficilement justifier que l’état légifère pour interdire l’avortement ou le mariage gai.

Ce qui me dérange avec les «libertariens», ce n’est pas tant l’idéologie capitaliste exacerbée (on finit par s’y faire…). C’est plutôt le rejet complet du concept de collectivité que semblent prôner plusieurs d’entre eux. À en entendre certains, chaque petite loi ou norme imposée par l’État est une attaque personnelle à leur liberté individuelle. Je me rappelle de cette lettre ouverte dans le Journal de Québec (une publication de qualité s’il en est) ou un citoyen en colère s’indignait contre un règlement municipal l’empêchant d’effectuer des travaux de rénovation avant 10h du matin la fin de semaine. Après tout, c’était SA perceuse, payée avec SON argent, et SA propriété ! Apparemment, le fait que son voisin pourrait avoir envie de dormir un peu dans SON lit le dimanche matin ne semblait pas effleurer son esprit… C’est un exemple grossier, j’en conviens, mais il illustre une vérité que semblent ignorer les libertariens : les lois et règlement ne briment pas les libertés individuelles, elles conjuguent les intérêts divergents des individus. Ainsi, quand Eric Duhaime affirme sur les ondes de son émission de Radio X que l’État joue au «gouvernemaman» en interdisant les textos au volant, ajoutant qu’il est libre de subir les conséquences de ses actions, il oublie le sort des autres qu’il pourrait blesser en causant un accident. Ce n’est pas de la liberté, c’est de l’insouciance, et confondre les deux est profondément bête.

Tenter d’oblitérer le collectif et prédire que le monde s’en sortirait mieux ainsi est profondément naïf. Les lois permettent de protéger les citoyens dans les domaines où les actions individuelles ne suffiraient pas à la tâche. Un bon exemple de cela est les lois sur l’environnement. Alors que, collectivement, nous pouvons tous apprécier les normes environnementales qui ont permis la réduction des polluants atmosphériques causant le smog ou encore les lois qui protègent nos rivière des déversements toxique, il n’y a pas de place, dans les fantaisies libertariennes, pour ce genre de protection. Les libertés individuelles comme idéal de société est un mirage. La collectivité est au cœur de notre société, que ça vous plaise ou non, et rouler sans plaque d’immatriculation ou taper du marteau à 6h du matin n’y changera rien.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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