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Mon voyage au musée d’art contemporain

L’art contemporain ça divise, ça fait rire, ça fait pleurer aussi, mais ça laisse rarement indifférent.

 

Le musée d’art contemporain de Montréal (ou «MAC» pour les initiés), petit cousin du «MOMA» de New-York ne déroge pas à la règle. Je vais essayer de vous donner envie d’aller y faire un tour, au moins au nom de la curiosité intellectuelle (et puis surtout parce que c’est gratuit le mercredi soir).

Commençons par l’exposition consacrée à l’artiste canadien Pierre Dorion réunissant 70 oeuvres réalisées entre les années 1990 et aujourd’hui. Il y a plusieurs façons d’aborder cette expo : d’abord l’approche «intello» consistant à interpréter le moindre choix de couleur et de coup de pinceau en utilisant à la pelle des mots savants au sens obscur tels «non-figuration», «transmuer» ou encore «installatif» (si si ça existe). L’autre approche, plus naïve, moins érudite mais certainement plus fun consiste à prendre la toile comme elle vient, quitte à en rire et s’attirer les foudres de l’afficionado bedonnant venu se recueillir devant un polyptyque monochromatique.

La majorité de la collection est de l’huile sur toile de lin. Pierre Dorion privilégie un style très réaliste et minimaliste et signe des toiles dont la ressemblance avec de la photographie est assez confondante. En regardant de plus près, les petits coups de pinceau nous confirment qu’il s’agit bien là de peinture : on est tout de même assez loin du style hyperréaliste de Pedro Campos. Le thème du vieil appartement décrépi est assez récurent, les téléphones jaunis et le papier peint décollé côtoient les latrines et l’ascenseur aux murs moisis . Il paraît que l’artiste a voulu isoler les propriétés formelles des sujets, on le croit sur parole.

Ce qui est rassurant avec Pierre Dorion c’est qu’on n’a pas le sentiment, comme avec d’autres artistes, d’avoir été pris pour une bille. Il y a de toute évidence beaucoup de travail et de technique derrière chaque toile, à part peut-être le dégradé couleur ‘café séché de la veille’ intitulé «Sans titre» (mais on ne peut pas lui en vouloir, on a tous déjà eu nos petites pannes d’inspiration).

L’ensemble de l’exposition est assez hétéroclite, le résultat est oppressant et plonge le visiteur dans une certaine torpeur mêlée de dégoût pour l’environnement urbain. Heureusement, en guise de friandise, on peut écouter en sortant des «tunes» composées par Pierre Dorion. Fidèle à son style pictural, l’artiste nous fait écouter un son monochromatique avec des modulations d’amplitude comme si, sans le vouloir, il avait réalisé une transformée de Fourier de son dégradé «Sans titre» (vous êtes ingénieurs ou pas ?). L’astuce consiste à écouter en ayant l’air très concentré, puis de passer le casque à un touriste et d’observer sa mine déconfite lorsqu’il découvre la supercherie. S’il prend des notes, laissez tomber : vous avez affaire à plus fort que vous.

Bon, c’est l’fun, mais il est temps de passer à l’exposition de Janet Biggs. Cette jeune artiste branchouille de New-York signe ici quatre projections vidéo sur le thème de l’homme face aux lieux extrêmes. En fan de Bear Grylls, je me suis dit que ça ne pouvait être qu’une réussite. D’emblée le ton est donné : un premier clip assez dérangeant nous montre un jeune indonésien beau comme le soleil qui se ruine la santé dans une mine de souffre. Plus loin, un kayakiste à la technique redoutable brave les eaux fondues de la banquise devant l’œil ébahi et amusé d’une maman ours blanc. Janet veut choquer et nous faire réfléchir sur l’exploitation humaine et la beauté de la nature. Le commissaire de l’exposition en a décidé autrement et explique à qui veut l’entendre que l’artiste explore l’identité sexuelle en s’attaquant de front au romantisme latent des paysages. Certes…

Il y a encore beaucoup d’autres choses incongrues dans ce musée mais le format de cet article ne me permet pas d’en dire davantage (vous n’avez qu’à aller voir par vous-même !). On peut toutefois citer l’insolite vidéo située au rez-de-chaussée intitulée «Der Lauf Der Dinge» (The Way Things Go). C’est l’histoire d’une réflexion de deux suisses complètement allumés sur l’ordre et le chaos : ça donne une réaction en chaîne d’une demi-heure, hilarante et post-apocalyptique, mettant en scène un sac poubelle tournant comme un derviche, une théière propulsée par de l’essence et d’autres trucs bizarres. L’œuvre est tellement inclassable qu’il n’y a même pas de panonceau explicatif, comme si le commissaire de l’exposition avait cette fois-ci simplement abandonné.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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