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Analyse politique : l’impact de la minorité hispanophone dans les élections américaines

«Too close to call» a été l’illustration principale de cette campagne présidentielle aux États-Unis. Le faible écart entre les deux candidats a tenu le suspense à son comble jusqu’à la toute dernière minute. Outre les grands facteurs qui ont influencé l’élection de Barack Obama, attardons-nous sur ce qui a été l’une des faces cachées de la victoire du candidat démocrate.

 

Autrefois négligée, récemment courtisée, l’étude sur l’impact des minorités dans les élections américaines a toujours été un facteur important lors de la décision finale. Aujourd’hui elle est même devenue une des principales stratégies politiques dans les États pivots. Son pouvoir d’attraction a été multiplié par l’accroissement de sa population au fil du temps.

Les hispanophones sont devenus la plus grande minorité ethnique des États Unis. Ils représentent plus de 15% de la population dont 9% est en âge de voter . Ils sont plus de 45 millions à vivre sur le territoire américain. Selon certaines estimations, ils représenteront 30% de la population américaine en 2050. Les hispanophones habitent dans des États clés pour les candidats à l’élection présidentielle. En effet, la majorité vit dans les États de la Californie, de New York, de l’Illinois, de l’Ohio et du Texas. Le vote hispanique est d’autant plus important pour l’élection de 2012, car les hispaniques sont 4 millions de plus à pouvoir voter qu’en 2008. Historiquement, le vote hispanique est tourné vers le parti démocrate. En 2008, il avait permis à Barack Obama de prendre l’avantage par la victoire dans certains États tels que la Floride, la Virginie, le Nevada et le Colorado, qui totalisent 46 des 438 Grands Électeurs.

Selon l’étude menée par deux spécialistes de la question des hispanophones aux États-Unis, Louis DeSipio et Rodolfo De La Garza, concernant les latinos sur la question des élections présidentielles, nous notons deux caractéristiques majeures.

Premièrement, la population hispanique, maintes fois oubliée, revient sur le devant de la scène à chaque début de campagne électorale. De nombreuses promesses sont alors dévoilées en faveur de la protection et de l’amélioration de leurs conditions, afin de les inciter à voter pour un des deux partis. En 2008, Barack Obama avait compris la nécessité de séduire cette partie de l’électorat. Ainsi, il s’était adressé publiquement en espagnol à maintes occasions sur les réseaux sociaux ou à la télévision, pour ainsi monopoliser 67% des voix de la communauté hispanique. George Bush en avait fait de même lors de la campagne électorale de 2004. Il s’était ainsi accaparé le vote hispanique. Il avait remporté 44% du vote hispanique, record pour un républicain, lors de sa victoire sur le démocrate John Kerry.

Deuxièmement, l’emphase portée sur l’importance de la minorité hispanophone lors des campagnes électorales n’a pas le résultat escompté, car on remarque que le vote latino n’est pas un des grands facteurs décisifs dans le résultat final. Ainsi, nous pouvons nous interroger sur la réelle influence de son vote lors des élections américaines. En effet, la minorité hispanique n’est pas reconnue pour sa grande participation électorale. Elle demeure même une des minorités ethniques qui vote le moins. En 2008, seul 1 hispanophone sur 2 s’était présenté aux urnes, contrairement à 2 afro-américains sur 3. De plus, les hispaniques n’ont pas une grande influence politique pour deux raisons. Une grande partie de cette minorité n’a pas l’âge de voter. On considère que 1/3 de la population hispanophone des États-Unis a moins de 18 ans. Par ailleurs, de nombreux hispanophones ne sont pas encore citoyens américains.

C’est pourquoi certains parlent du mythe du vote hispanique. Pour certains, le vote hispanique n’a pas de réelle influence sur le résultat des élections américaines. La diversité de nationalités qui compose le vote hispanique ne le rend pas homogène. Outre l’origine, les intentions de vote sont également disparates. Bien que 20% du vote hispanique est acquis au parti républicain, la grande majorité du vote hispanique diffère d’un État à un autre. De plus, le critère linguistique est important dans le vote des hispanophones. On considère que près de 29% des hispaniques ne parlent pas l’anglais. On peut penser que cette tranche de la population n’aura donc pas une grande influence sur l’élection américaine.

Cependant, les analyses suivant les résultats des élections confirment cette tendance et ont ainsi contredit le mythe latino. En effet, la communauté hispanique a voté pour 75% en faveur du candidat démocrate. Leurs votes ont fait la différence dans les États clefs comme la Floride, le Colorado, et le Nevada où cette communauté est présente en grand nombre. Ce nombre de votes au sein de la communauté latino a surpassé le record de 71% obtenu lors de l’élection de Bill Clinton en 1996.

Résultats des élections américaines 2012 et le vote hispanique dans les États-clés (source LatinoDecisions) :

Nous pouvons nous interroger sur les stratégies adoptées par le parti républicain concernant les minorités lors de cette élection. Il semble clair que le vote latino doit être davantage pris en considération dans le futur. L’accroissement de la population hispanique et l’augmentation de son importance électorale deviennent un enjeu crucial pour les prochaines courses à la Maison Blanche. La nouvelle génération possède davantage de revendications et de conscience politique, ayant le désir de se faire entendre et de défendre leurs droits. Les publicités mises en œuvre par le parti démocrate ont ciblé cette jeune génération plus politisée en mettant l’accent sur des politiques attractives pour la communauté latino (DreamAct, politique d’immigration, intégration à la société, visite diplomatique à Porto Rico, etc …). Certains médias évoquent le « levier hispanique ». Ce vote est devenu incontournable. Pour preuve, les hispaniques ont été plus de 12 millions à voter mardi soir. Leur participation dans les États-clés a fait pencher la balance pour le candidat sortant. Ils étaient 16% de l’électorat en Floride, 15% au Colorado et 14% au Nevada. L’engouement n’a pas été affecté par certaines voix qui se sont levées contre le manque d’intérêt de la campagne américaine pour le continent sud-américain.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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