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Pourquoi une commission d’enquête? Ah oui, pour ça!

L’année qui vient de passer ne donnait certes pas envie de clamer sur les toits mon domaine d’études. Les mots «génie civil» m’ont attiré plusieurs blagues de mauvais goût et j’ai eu mon lot de commentaires sur la mafia et les enveloppes brunes.

 

C‘est avec appréhension que j’ai suivi la reprise des audiences de la Commission Charbonneau cet automne. Il ne faisait aucun doute dans mon esprit que le domaine de la construction au Québec est gangréné par la collusion et la corruption, plusieurs reportages diffusés au cours de la dernière année avaient suffi à m’en convaincre. J’espérais donc que la commission Charbonneau serait riche en révélations pour qu’on puisse crever l’abcès et que je puisse, à ma sortie de l’université, être assuré de travailler dans un domaine «propre»… ou enfin un peu plus propre.

Les témoignages des semaines passées ne m’ont donc pas déçu. Tout d’abord, Lino Zambito qui s’est mis à table sans gants blancs et qui a décrit avec une franchise étonnante les mécanismes de collusion et de corruption auxquels il adhérait. Trucage d’appels d’offres, facturations frauduleuses de travaux en extra, versements de pots-de-vin à des ingénieurs de la ville de Montréal et à la mafia, tout y est passé. Le seul problème avec le témoignage de Zambito, c’est qu’il s’agit d’un homme accusé au criminel, ce que les bonnes gens auront tôt fait de souligner en niant avec ferveur ses allégations. Entre vous et moi, quelqu’un qui avoue ses crimes, je trouve ça pas mal crédible… Entre en scène le dynamique Gilles Surprenant, ingénieur retraité à la ville de Montréal, qui admet avoir reçu plus de 600 000$ en pots-de-vin pour avoir fait passer des faux «extra», avec la complicité de ses supérieurs. À l’heure où j’écris ces lignes, Gilles Surprenant n’a pas fini de témoigner. Il en a cependant dit assez pour corroborer les dires de Zambito et pour mettre dans l’eau chaude ses anciens patrons.

Espérons que cette commission saura mettre de l’ordre dans ce bourbier et qu’on trouvera des solutions concrètes aux problèmes de corruption. Dans tous les cas, je ne crois pas que l’exercice aura été vain: il aura permis de dévoiler au grand jour l’étendue du système et ses mécaniques. Je suis prêt à parier que ceux qui criaient à l’inutilité d’une commission d’enquête publique s’en mordent maintenant les doigts.

Le silence et l’acceptation

Ce qui m’a le plus choqué dans le témoignage de Gilles Surprenant, ce n’est pas le récit de ses crimes, mais bien son attitude à leur égar. Questionné à savoir pourquoi il n’a jamais tenté de prévenir la police, M. Surprenant a répondu que comme ses supérieurs étaient aussi au courant, il ne voyait pas pourquoi lui, pauvre fonctionnaire, aurait dû prendre la responsabilité de prévenir les autorités. Comme si recevoir plus d’un million de dollars d’argent sale peut devenir légitime tant que l’on a l’approbation de son patron… Le vrai problème de la corruption, c’est cette culture du «Oui mais tout le monde le fait !» qui banalise le crime. La solution ? Tout dévoiler au public, que les fautifs se sentent enfin jugés et qu’ils comprennent que faire «comme les autres» reste un acte criminel grave.

En parlant de silence, je suis un peu déçu, en près de trois sessions à Poly, de ne jamais avoir entendu un seul mot au sujet de la corruption et de la collusion, que ce soit de la part de l’administration ou du corps professoral. Certes, il existe un cours d’éthique, mais il couvre des sujets nettement plus larges. Le déni ne règle pas les problèmes et le fait de nier que les étudiants en génie civil doivent faire face à une problématique différente n’aide en rien à la situation. Après tout ce qui a été dit sur ce sujet dans les médias ces derniers mois, il y a bel et bien un éléphant dans la pièce. Pourquoi ne pas organiser conférences et ateliers sur le sujet? Former et sensibiliser les futurs ingénieurs est une solution beaucoup plus constructive que le déni… parce que la culture du silence ne doit pas s’apprendre à l’université.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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