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Roches maléfiques ?

À chaque jour, au parc National d’Uluru Kata-Tjuta, en Australie, les gardes forestiers reçoivent des roches, du sable et des lettres en provenance de touristes se sentant coupables ou croyant être sous l’effet d’une malédiction, car ils ont pillés la montagne sacrée.

 

Que feriez-vous? Vous êtes en Australie, dans un des plus beaux parcs nationaux du monde, à Uluru Kata-Tjuta. Vous avez la possibilité de grimper une impressionnante montagne, un rocher couleur feu, une randonnée que vous vous rappellerez toute votre vie, qui vous donnera des poussées d’adrénaline et vous offrira des paysages à couper le souffle et dont vous parlerez encore dans 20 ans, vous ne reviendrez peut-être jamais ici et on vous demande de respecter la culture et la spiritualité des aborigènes en ne la montant pas. Alors, que feriez-vous ?

Monter ou ne pas monter là est la question.

En arrivant au parc National d’Uluru Kata-Tjuta, on est averti que les aborigènes (Anangu) habitant le parc National demandent de ne pas gravir la majestueuse montagne qu’est Uluru, car elle est sacrée pour eux. Elle représente l’héritage patrimonial de l’Australie.

La randonnée suit la route traditionnelle qui, jadis, fût empruntée par les ancêtres des Anangu. Les aborigènes ne montent pas la montagne par respect pour leurs ancêtres. C’est pourquoi ils demandent aux touristes de faire de même et ce malgré l’absence de signes d’interdiction.

En fait, la montagne est ouverte aux touristes à leurs risques et périls. La randonnée qui prend environ une heure trente est assez extrême, mais bien balisée. Il faut se hisser à l’aide de chaînes pour réussir à grimper tout en haut et quand vient la descente, on se retrouve littéralement face au vide. Par mauvais temps, le sentier devient très glissant et dangereux. D’ailleurs, 35 personnes sont déjà mortes, en tentant l’ascension.

Et même s’il est fortement recommandé de ne pas escalader Uluru, plus de 150 000 touristes le font chaque année, car le paysage est à couper le souffle avec une vue de 360 degrés, au sommet!

La tentation est donc particulièrement forte, bien que mêlée d’hésitations… Que faire? La décision appartient à chacun. De mon côté, j’ai décidé de faire la montée et je ne le regrette aucunement. C’est une des plus belles randonnées que j’ai fait de ma vie.

Roches maléfiques ?

Les roches du parc National d’Uluru Kata-Tjuta sont magnifiques, elles sont d’un rouge feu qui ne se retrouve nulle part ailleurs. Certains touristes submergés par la beauté de l’endroit souhaitent rendre leur moment éternel en prenant, naïvement, des roches ou du sable. Évidemment, ils ont été avertis, dès leur entrée, dans le parc, que c’est un lieu sacré qui doit être respecté (la collecte de pierres ou de sable est illégale, une amende aussi élevée que 5000$ peut être émise, dans certains cas), mais ils quittent quand même, le soir venu, la tête légère, avec leurs petits souvenirs.

Tout n’est plus rose, quand vient leur retour dans leur pays. Ils ont malchance par-dessus malchance, ce qu’ils finissent par associer à leur « vol » de roches. Est-ce que la montagne leur aurait jeté un sort?

Les faits

Les gardes forestiers d’Uluru-Kata Tjuta reçoivent en moyenne 365 paquets, par année, contenant des roches ou du sable. Le plus gros paquet jamais reçu renfermait une roche de 32 kg retourné par un couple, vivant à Adélaïde, en Australie.

La plupart du temps, les colis sont accompagnés de lettres dans lesquelles les touristes s’excusent auprès d’Uluru, souvent ils se sentent coupables et les plus superstitieux pensent qu’ils sont sous l’effet d’une malédiction et que la montagne se venge.

Les pays retournant le plus de roches sont l’Angleterre, les États-Unis et l’Allemagne, mais des touristes provenant du Japon, de la Chine, de la Nouvelle-Zélande et de la Suède en ont aussi renvoyés plusieurs. Le phénomène a commencé, dans les années 70, mais augmente exponentiellement depuis 1985, car les médias alimentent l’idée de « malédiction » en lien avec les roches volées et la montée d’Uluru.

Bref, même si les Anangu et les gardes forestiers du parc voient le retour des roches comme un acte de respect de la part des touristes. Les cailloux peuvent avoir été contaminés par le contact de diverses matières. Ceci dit, ils doivent donc être inspectés et traités avant de pouvoir être remis en place.

Lettres à Uluru

Voici quelques passages de lettres envoyées à Uluru :

« Plusieurs personnes de ma famille sont en mauvaise santé et ont de la malchance depuis que nous avons les roches. Même si certains pourraient rire de ma nature superstitieuse, je suis certaine que les roches y sont pour quelque chose. »

2011

« Il y a plusieurs années, ma famille et moi avons visités Uluru (1988) et nous avons ramassé quelques roches comme souvenirs. Depuis, nous nous sommes tous sentis coupables. C’est pourquoi nous vous retournons ces roches pour qu’elles retournent où elles devraient être.»

2005




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.