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La hausse d’impôt et la démagogie

Le gouvernement Marois a annoncé il y a quelques semaines qu’il ferait suite à sa promesse électorale consistant à supprimer la taxe santé de 200$ par personne décrétée par le gouvernement Charest et de financer le manque à gagner par une augmentation d’impôt pour les plus nantis et une augmentation de la taxe sur le capital.

 

Avant d’en venir à la mesure en elle-même, soulignons l’étonnante bourde du cabinet Marois qui a décidé de rendre ces deux augmentations rétroactives pour l’année financière 2011, décision sur laquelle le ministre des Finances, Nicolas Marceau, semble vouloir revenir. On a beau être d’accord avec ces mesures fiscales, ce type de hausse rétroactive est un non-sens. Même les plus riches doivent planifier leur budget et ont le droit de savoir dans quelle mesure ils seront imposés. Augmenter les impôts pour l’ensemble d’une année qui est déjà aux ¾ passée, c’est un peu gros, vous en conviendrez comme moi. On comprend que le gouvernement Marois ait voulu mettre la hache le plus tôt possible dans cette taxe injuste et rétrograde, surtout que de nouvelles élections dans un avenir proches restent une possibilité, mais cela ne justifie pas la rétroactivité des mesures annoncées.

Intéressons-nous maintenant à cette hausse d’impôt. On parle ici d’une augmentation de 4% pour les contribuables gagnant plus de 130 000$ par année et de 7% pour ceux qui en gagnent plus de 250 000$. Cette mesure ne touchera finalement que 3% des Québécois.

Nos chers chroniqueurs de dro

ite se sont empressés de décrier la mesure. Pour eux, il s’agit d’une hausse inadmissible qui entraînera un apocalyptique exode des Québécois les plus aisés. Ce qu’ils semblent oublier, c’est que ces hausses d’impôts représentent des montants inférieurs aux réductions d’impôt consentis par Jean Charest pendant son premier mandat. Nos riches étaient donc plus imposés en 2003 qu’ils le seront en 2014, et, à ce qu’il me semble, ils n’avaient pas alors quitté massivement la province pour le soleil de l’Ontario.

Cette hausse est une bonne chose parce qu’elle vient aplanir les injustices mises en places par le gouvernement libéral. Pour financer ses baisses d’impôts, Jean Charest a dû augmenter drastiquement bon nombre de tarifs, (garderie, taxe santé, tarifs d’électricité, frais d’immatriculation et de permis de conduire…) Au final, la classe moyenne s’est retrouvée appauvrit par ce transfert de l’impôt (qui est progressif) aux tarifs (qui le sont beaucoup moins) et seuls les plus riches ont fini par bénéficier de la baisse d’impôt. Le ministre Marceau a raison d’affirmer que les mesures fiscales proposées par son gouvernement permettront de redonner à notre système fiscal une nature plus progressive.

Le débat sur la hausse d’impôt a rapidement dégénéré. La droite a décelé chez les Québécois les symptômes d’une terrible condition : la haine des riches! Eh oui! Soudainement, cette hausse d’impôt est devenue la manifestation du dédain des Québécois envers les gens aisés! Ceux qui appuyaient cette mesure prenaient maintenant des airs de révolutionnaires bolcheviks. Attention, les rouges sont à nos portes! La psychanalyse du Québec a continué pendant quelques jours. Voilà que nous sommes allergiques au succès et à la réussite financière. Nous préférons nous complaire dans une misère confortable et pester d’envie à l’encontre des fortunés.

J’ai été sidéré par la mauvaise foi de ce genre de discours. Une partie de la droite préfère recourir à la démagogie et aux raccourcis idéologiques plutôt que d’engager un débat de fond sur la question e la redistribution des richesses… Les Québécois ne détestent pas les riches parce qu’ils souhaitent un système plus égalitaire. Malheureusement, ce genre de discours simpliste n’est pas nouveau et il est là pour rester. On présente l’idéologie néo-libérale comme le triomphe de la logique et de la raison : tous ceux qui s’y opposent sont des lunatiques rétrogrades qui rêventde transformer le Québec en un clone de Cuba.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.