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Pour une université émancipatrice

Mettons fin à la reproduction des oppressions lors des intégrations

Par Campus Féministe UdeM

 

Alors que les programmes universitaires accueillent les nouvelles cohortes dans un entrain éthylique, les intégrations sont encore trop souvent le théâtre d’activités humiliantes, voire dégradantes pour les femmes. Bien que l’objectif principal de cette tradition est de débuter l’année scolaire dans une ambiance festive, de donner à tous et à toutes l’opportunité de mieux se connaître et de créer un sentiment d’appartenance entre les membres du groupe, les intégrations reproduisent plusieurs stéréotypes qui excluent et cantonnent les femmes dans un rôle subordonné aux hommes. À la lumière de certains incidents des années précédentes, le groupe du Campus féministe a jugé pertinent de mettre en garde les associations étudiantes de l’Université de Montréal sur ces pratiques dégradantes comportant quatre traits que l’on dénonce fortement, soit leur caractère sexiste, hypersexualisant, pornographisant et hétérocentriste.

Tout d’abord, considérant que les rôles, les intérêts et les comportements des hommes et des femmes sont des construits sociaux, il est à notre avis essentiel de remettre en question ce que l’on considère trop souvent comme faisant partie de la « nature » de chacun-e. Une grande part de qui nous sommes aujourd’hui est en effet le fruit d’une socialisation qui a débuté dès notre plus jeune âge, par l’éducation de nos parents, le milieu dans lequel on a grandi et par les rôles et modèles qui nous ont été proposés, voire imposés. Étant un « animal social », l’être humain ressent le besoin de faire partie d’un groupe et d’être accepté par ses pairs. C’est pourquoi ce dernier suit et reproduit une multitude de normes et de codes sociaux, sans nécessairement en être conscient. Les intégrations font partie de cette socialisation et sont donc elles aussi porteuses de normes et de codes sociaux. Et trop souvent, ces dernières reproduisent et renforcent les stéréotypes liés au genre.

Nous avons remarqué que certaines activités au programme des intégrations cantonnent les femmes dans un rôle séducteur, forcées à plaire et à se plier aux désirs des hommes pour faire partie du groupe. Le fait d’encourager les nouvelles étudiantes à enlever leur chandail afin de recevoir le plus de points de la part des garçons est un bon exemple. Ainsi, ces dernières sont non seulement définies que par leur seule appartenance au sexe féminin et leurs attributs physiques (ce qui en soit est une négation de leur personne), mais leur affirmation de soi reste dépendante de leurs homologues masculins.

Ensuite, plusieurs activités d’intégrations comportent un caractère pornographique et favorise l’hypersexualisation. Pensons par exemple à des intégrations où les initié-es doivent sucer un concombre enduit de mayonnaise. Ce genre de comportement normalise et dépersonnalise les faits sexuels et les posent comme nécessaire à tout contact social. Aussi, sachant que la pornographie place les femmes dans une position subordonnée, voire entièrement soumise à l’homme, celle-ci renforce les rapports inégaux entre sexes en même temps que de ne proposer qu’un seul type de sexualité ayant pour but l’assouvissement des désirs sexuels des hommes. Cet assouvissement passe par le non-consentement des femmes et le non-respect de ces dernières ce qui banalise la violence envers les femmes, puis déshumanise les rapports sexuels en insérant une logique misogyne et consumériste. C’est pourquoi nous pensons que des activités reproduisant les codes de la pornographie n’ont tout simplement pas leur place dans une université.

Finalement, les intégrations comportent encore trop souvent un caractère hétérocentriste. Cette caractéristique se manifeste à travers le fait de prendre pour acquis l’hétérosexualité de tous et de toutes, allant jusqu’à des menaces d’exclusion s’il y a transgression de cette norme. Les blagues à caractère homophobe et lesbophobe ne peuvent plus être tolérées au même titre que les blagues sexistes. Non, il n’y a rien de loufoque dans l’intimidation et la violence, dont sont encore trop souvent victimes les homosexuel-le-s (hommes comme femmes), ainsi que dans la condition d’opprimées de la majorité des femmes de ce monde et ce, encore jusqu’à ce jour. Rien ne justifie la banalisation d’une réalité dont souffre encore beaucoup d’êtres humains. Nulle discrimination ne devrait être tolérée, qu’elle soit basée sur le sexe, la race, l’orientation sexuelle, la croyance religieuse ou autre.

En somme, il est à notre sens primordial de porter collectivement plus attention à ces éléments oppressants qui font parfois partie de ces festivités et de les dénoncer haut et fort afin d’éviter de véhiculer des valeurs et des pratiques irrespectueuses ne cadrant pas avec la mission émancipatrice d’un lieu d’éducation.

Nous, le groupe du Campus féministe, demandons à toutes associations étudiantes de l’Université de Montréal de bien respecter les valeurs fondamentales d’égalité entre hommes et femmes lors des activités d’intégrations pour que nul-le ne se sente discriminé-e par sa simple appartenance à une catégorie de sexe. Voici donc une liste d’éléments ayant déjà fait partie des intégrations des années précédentes à ne pas répéter :

Éléments à éviter lors des intégrations afin de réellement créer des conditions propices à l’amusement et à l’intégration

1. L’hypersexualisation des initiations (connotations sexuelles récurrentes, clichés pornographiques).

Exemple: faire sucer un concombre enduit de mayonnaise aux participant-e-s.

2. La banalisation des violences masculines (éléments rappelant le viol, la prostitution, la violence conjugale…).

Exemple: slogans ou chansons du genre : «on va vous raper sans condom» (tel que dans un clip antérieur de la FAECUM pour publiciser le Carnaval) ou «on vend nos femmes » (tel que fut nommé un party l’an passé).

3. La genrification (renforcement des stéréotypes dit féminins et masculins).

Exemple: encourager uniquement les femmes à se déshabiller ou encourager les hommes à «aller à la chasse».

4. Les multiples formes – même subtiles – de sexisme, racisme, hétérocentrisme (centré sur l’hétérosexualité), classisme (dénigrement d’une classe sociale opprimée) et autres oppressions.

Exemple: se peinturer en noir, pousser des hommes et des femmes à se coller, s’habiller en «pauvre».

5. Briser/forcer le consentement des personnes.

Exemple: forcer la consommation d’alcool et faire pression sur des personnes réticentes à participer à une ou des activité(s).

6. Homophobie/lesbophobie.

NB: cette liste a été rédigée par le Comité Femmes anthropo.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.