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Thérèse et Pierrette à l’école des Saints-Anges : une soirée au septième ciel

Montréal, durant les années 40. La mère Benoîte des Anges, surnommée mère « Dragon du yiable », dirige l’école des Saints-Anges d’une main de fer. Pour Thérèse, Pierrette et Simone, c’est le théâtre des joies et des tristesses de l’enfance.

 

Michel Tremblay n’a plus besoin de présentation. Cet auteur et dramaturge québécois est passé maître dans l’art de nous faire revivre notre passé en tirant un portrait plus grand que nature de la vie quotidienne. Thérèse et Pierrette à l’école des Saints-Anges n’est pas une pièce de théâtre, il s’agit plutôt d’un des romans les plus connus de Tremblay. C’est Serge Denoncourt qui signe la brillante adaptation de l’œuvre. Il use d’un procédé ingénieux : à plusieurs reprises des personnages basculent vers le monologue et présentent une partie du texte original. Ainsi, chaque nouveau personnage est présenté dans une narration à la troisième personne rappelant celle d’un roman. C’est une merveilleuse façon de ne pas dénaturer l’œuvre et de conserver la profondeur des personnages sans ajouter inutilement des dialogues à ceux présents dans le livre.

L’histoire se déroule en fin d’année, quelques jours avant la fête Dieu. Simone rentre à l’école à la suite d’un long congé : elle s’est fait opérer pour son bec de lièvre. La directrice voit d’un mauvais œil l’absence de cette jeune fille à problèmes qui, bien qu’elle soit supposément trop pauvre pour palier à toutes les dépenses scolaires, se soit vu offrir une opération « purement esthétique ». De son côté, la jeune Thérèse doit composer avec l’insistance d’un prédateur mystérieux, un homme qui la suit à la trace… La mère supérieure décide, quant à elle, de mettre à la porte sœur Sainte Catherine, l’institutrice au cœur d’or, pour insubordination. Tout cela se déroule dans une ambiance fiévreuse alors que les célébrations de la fête Dieu occupent tous les esprits.

Dès les premières lignes, pas de doute, nous sommes bien en territoire de Tremblay, là où les « si » oublient souvent de manger les « raient » et où l’humour baigne dans le réalisme de la vie quotidienne. D’ailleurs,on rit beaucoup devant Thérèse et Pierrette à l’école des Saints-Anges, que ce soit à cause de l’espièglerie et de la méchanceté des jeunes filles ou devant la mesquinerie et l’humour bon enfant des sœurs.

La distribution est trop imposante pour que je puisse souligner la performance de chacun des acteurs. Aucune ombre au tableau cependant : tout le monde effectue un travail admirable. Les quatre actrices personnifiant les enfants s’en tirent particulièrement bien et il ne suffit que de quelques instants pour que la magie opère et qu’on oublie leur âge véritable. Soulignons quand même la performance d’Isabelle Drainville dans le rôle de Charlotte, la mère de Simone. Sa scène de colère face à la directrice a arraché une slave d’applaudissements spontanée à la foule : un hommage aussi inattendu que mérité.

Que vous soyez familiers avec l’œuvre de Michel Tremblay ou non, Thérèse et Pierrette à l’école des Saints-Anges vous garantit une soirée mémorable.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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