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La Corneille : un rendez-vous manqué

Julie Ferron, une végétarienne amatrice de yoga à la vie sans histoire, voit sa mère débarquer chez elle sans invitation. Elle apporte avec elle une valise et une langue acérée. Que faire lorsqu’on se retrouve, 25 ans après avoir quitté le nid familial, prise à vivre à nouveau avec une mère envahissante et culpabilisante?

 

C’est sur cette question que l’on se penche dans La Corneille, une pièce de Lise Vaillancourt présentée du 18 septembre au 20 octobre au Théâtre du Rideau Vert. Soulignons tout d’abord le travail exceptionnel des trois actrices. Monique Miller livre une magnifique performance dans le rôle de l’intarissable mère. Elle réussit admirablement à paraître tour à tour accusatrice, racoleuse et vulnérable. Marie-Ève Trudel joue quant à elle le rôle de Millie, la voisine exubérante de Julie. Elle aussi s’en tire très bien. Elle parvient d’ailleurs, en quelques courtes présences sur scène, à nous attacher à cette jeune femme de prime abord frivole, qui cache un cœur d’or et un goût prononcé pour le romantisme. On aurait d’ailleurs aimé en voir plus. Le peu de ce que l’on découvre de Millie m’a convaincu que ce personnage aurait mérité le rôle principal dans une autre œuvre. Quant à Julie, elle est incarnée avec brio par Annick Bergeron. Sa performance est solide, bien qu’elle ait eu à composer avec un texte qui, selon moi, comportait plusieurs lacunes.

Voilà ce que je reproche à La Corneille. Le travail exemplaire des actrices et la direction sans tache ne parviennent pas à racheter certaines faiblesses de l’œuvre. Ainsi, alors qu’on nous promet une réflexion intéressante sur le sujet des relations mère-fille, on ne fait en fait qu’effleurer le sujet et le spectateur reste inévitablement sur sa faim. On ne parvient jamais vraiment à cerner ce qui cloche entre les deux femmes. Une autre faiblesse majeure de la pièce est le style de narration choisi par l’auteur. Ainsi, on bascule constamment entre une narration à la première personne sous forme monologique et le jeu classique. Si le procédé manque un peu de naturel, le résultat reste fluide en début de pièce. C’est plus tard que cela se corse. Ainsi, un segment important de la pièce (un bon quinze minutes) est livré sous forme narrative, ce qui brise complètement le rythme.

Le texte comporte d’autres lacunes. Soulignons, entre autres, les segments moins « réalistes » qui sont introduits abruptement et qui peinent à réellement pimenter la pièce. J’aurais aimé que les transitions entre le logique et l’illogique soient apportées avec plus de finesse. De même façon, le « rebondissement » final est facilement prévisible. Tout cela mis ensemble fait que l’on obtient un résultat plus convenu que surprenant. Une bien grande déception considérant tout le talent présent sur scène.




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