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Une nostalgie du passé mal fondée

 

Lorsque j’étais au secondaire, à chaque mois, je recevais le magazine Guitar World par la poste. Un jour en lisant le magazine, je suis tombé sur un texte qui m’a profondément choqué. Le journaliste dans le magazine exhibait des opinions que je qualifierais de « fétichisme pour le passé » et alla jusqu’à déclarer « Rock is dead ».

Dans son article, qui était un exposé sur le groupe de hard rock Van Halen, le journaliste peignait une image du climat qui regnait pendant les années de l’apogée du groupe. « Dans les années 80, il n’y avait rien de mieux qu’être dans un groupe de musique. Eddie Van Halen avait des hordes de filles qui lui couraient après et qui voulaient être plus que seulement son ami. » Le journaliste alla plus loin encore, il raconta qu’à cette époque, n’importe quel jeune homme avec un talent pour la guitare avait un status semblable à celui du virtuose Eddie Van Halen. « Si un jeune garçon savait jouer le solo “Eruption” de Eddie Van Halen, il gagnait automatiquement l’admiration de toutes les filles du quartier. »

Naturellement, faisant partie de ce groupe de jeunes qui savaient comment jouer cet exposé musical difficile, j’étais en accord avec le journaliste sur ce point. Par contre, l’auteur a poussé encore plus loin son idôlatrie du passé : « Aujourd’hui en 2005, il n’existe plus de vrais groupes comme Van Halen ou Led Zeppelin, (…) Le point culminant du rock est derrière nous. Le rock est mort. » déclara-t’il. C’est à ce moment que mon désaccord avec le journaliste de guitares s’est matérialisé. Son fatalisme et son pessimisme m’étaient incompréhensibles. Je ne voyais pas comment quelqu’un pouvait être si aveugle et ne pas voir toutes les merveilles qui se sont produites depuis le temps qui méritait son admiration pathologique.

Il m’arrive parfois d’être confronté à ce genre de discours dans la vie de tous les jours et j’ai la même réaction à chaque fois. Lorsque j’entends quelqu’un se plaindre de l’état actuel de la science, de la conscience politique ou sociale de peuples ou critiquer les diverses formes d’art d’aujourd’hui, je ne vois que l’incompréhension de la part du locuteur. Comment est-ce que quelqu’un peut être si aveugle ? Dans la majorité de cas, ce genre d’argument est mal fondé.

Certains m’accuseront de présenter un argument de nature trop anecdotique et qualitative et conclurons que mon argument est insuffisant. Ma réponse est la suivante: en réaction à des plaintes pas trop fondées, il est raisonnable de répondre d’une façon qui manque de rigueur. Voici ma réponse contre ce fatalisme en deux courts exemples.

La physique des particules

Dans le film «The Elegant Universe» de Brian Greene, une chronologie de la physique monderne est présentée. Dans le film qui traite de la théorie des cordes (une théorie physique qui tente d’unifier la théorie de la gravité et la physique quantique), on nous présente une entrevue avec le physicien Steven Weinberg (lauréat du Prix Nobel pour sa contribution à l’unification de la force faible et de l’interaction électromagnétique). Dans l’entrevue, le physicien se remémore une époque excitante de la physique dans laquelle il a vécu. « Dans ce temps là, dans les couloirs des universités, il semblait qu’à chaque semaine on découvrait une nouvelle particule. Les étudiants aux cycles supérieurs couraient dans les couloirs en annonçant leurs dernières découvertes » raconte-t’il.

Steven Weinberg n’a pas exhibé la philosophie contre laquelle je me bats dans cet article. Par contre, j’ai souvent entendu des discours péssimistes à propos de la physique des particules. Selon eux, la physique a atteint son apogée dans la période décrite par Weinberg. « L’ère glorieuse est dans le passé. » entend on parfois déclarer les nostalgiques. Ce genre de commentaire est un autre symptôme de l’aveuglement péssimiste exhibé par ces personnes. Depuis ce temps, les physiciens ont découvert de nombreuses nouvelles particules. Dernièrement, le LHC a confirmé l’existence du boson deHiggs qui explique la matière noire. Tout ça a été rendu possible grâce à projet qui a réunit des nations autour d’un projet autre qu’une imposition militaire. Ne pas voir la beauté de cette collaboration et de cette découverte c’est être aveugle. C’est faire preuve d’un défaitisme non fondé.

La conscience sociale

Une autre chose qu’il m’arrive assez souvent d’entendre ressemble à ceci: « Les gens, de nos jours se foutent de la politique et de la justice sociale. J’admire ce qui est arrivé avec le hippies dans les années 60. Je suis désolé que ce genre de conscience sociale n’existe plus. » Oui, c’est un époque qui mérite notre admiration. La libération sexuelle, la lutte contre les pouvoirs néfastes de diverses insitutions et le mouvement anti guerre ont grandement amélioré la situation de l’humain. Par contre, le progrès social ne s’arrête pas là. Ce serait fou de ne rien voir des mouvements positifs qui sont arrivés après cette époque.

Il ne faut pas chercher trop loin pour trouver un bijou de la mobilisation sociale. La grève étudiante de 2012 en est un merveilleux exemple. Pendant le « printemps érable », diverses tactiques ont été utilisées pour défendre des idéaux nobles. Il y a eu des marches qui rassemblaient plus de 200 000 personnes dans les rues de Montréal. Si on se fie aux chiffres, la conscience sociale est bel et bien vivante et vive.

La beauté et le pouvoir sont dans le présent et le futur. Il faudrait être fou pour ne pas le voir.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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