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La simplicité volontaire, une arme économique puissante

 

Notre monde est dans un état de profond déséquilibre. Les contradictions entre les impératifs de croissance économique, les besoins sociaux et l’environnement ne peuvent plus être plus grands : nous sommes à un point de bifurcation.

Le fonctionnement de la société est régi par les liens économiques entre les agents qui en font partie. La politique et les autres courants idéologiques sont en effet tous liés directement à ce qui se passe dans l’économie. La seule manière de changer le fonctionnement de la société est donc de changer les liens économiques entre les agents. Les autres façons de procéder entrent dans deux catégories : soit elles sont basées sur des belles idées romantiques mais inapplicables, soit elles sont tout simplement horribles.

L’évolution technique des derniers siècles nous permet de choisir entre des états qui convergent vers deux futurs.

Le premier futur que nous pouvons choisir est une augmentation sans fin des guerres, du gaspillage et de la famine. Supposons que nous décidons de continuer le système du chacun pour soi, ce système où les intérêts entre ceux qui vivent de l’accumulation du capital et ceux qui vivent de la vente de leur force de travail sont irrémédiablement opposés. C’est d’ailleurs le cas dans un système où les gens sont forcés de vendre leur force de travail pour subsister. Les propriétés d’un tel système créent inévitablement un chaos et de la violence sans fin.

Le deuxième futur que nous pouvons choisir est une prospérité générale inégalée dans l’histoire, garantie par une gestion scientifique des ressources effectuée de façon collective. Le progrès technique des derniers siècles nous permet de répondre aux besoins de tous. Puisque la plupart des tâches à effectuer sont déjà automatisées, il est facile d’imaginer que bientôt, il n’y aura plus besoin de travailler, ou si peu.

Pendant que ceux qui étaient persuadé de la valeur de leur vote finissent de contempler le produit de leur masturbation, on peut penser à ce qui peut vraiment améliorer notre sort : comment assurer une transition pacifique entre l’état dans lequel nous vivons présentement vers le futur dans lequel nous voulons vivre.

Présentement, le plus grand obstacle à la réalisation de nos vrais besoins est la croissance économique. Si le concept de croissance économique est défendu sur toutes les tribunes, c’est qu’il est totalement nécessaire au bon fonctionnement du système économique actuel. Cependant, la croissance économique détruit le support même qui crée cette croissance, à la fois au niveau social et au niveau environnemental.

Je prétends que la simplicité volontaire, qui est la restriction volontaire de la consommation, est en mesure de changer les relations économiques à la base de notre société. Le but de la simplicité volontaire comme arme économique est simple : amener un état de crise permanent dans le système capitaliste. La simplicité volontaire implique de ne consommer que ce qui est nécessaire. Pour passer de l’état de consommateur ordinaire à l’état de la simplicité, il faut retirer les consommations superflues. On peut identifier une à une tous les besoins qu’on a et essayer de trouver la manière optimale de les combler.

Bien sûr, continuez de vous alimenter et de maintenir une bonne hygiène.

L’histoire a prouvé la puissance des armes économiques. Nous n’avons à penser qu’à la puissance des embargos: sur Cuba, sur l’Afrique du Sud pendant l’apartheid, sur la Corée du Nord, etc. De la même manière, la guerre des taux de change entre la Chine et les États-Unis sont réellement ce qui modèle la politique entre ces deux pays. Finalement, un dernier exemple: toute la question du risque de défaut de paiement dans la zone euro sur la dette souveraine. Les attaques spéculatives modèlent fles politiques des gouvernements: le même mécanisme se répète partout.

La clé pour comprendre comment la simplicité volontaire peut réellement changer la base du monde se trouve dans l’analyse des causes à l’origine des crises économiques incessantes dans le système capitaliste.

Le travail humain est à la base de toute activité économique dans la société. Nous prenons des ressources naturelles, qui étaient là gratuitement, puis, du travail est effectué sur les ressources afin de leur donner une utilité quelconque en tant que produit de consommation. Le problème surgit lorsqu’on regarde la rémunération des travailleurs : la valeur de ce que les travailleurs produisent n’est pas égale à la valeur qu’ils reçoivent comme salaire.

Une entreprise donnée doit continuellement assurer le flux de sa production. Elle doit donc s’assurer que les équipements utilisés soient en bon état et les remplacer, elle doit aussi payer les ressources semi-transformées issues d’une autre entreprise et finalement payer sa main d’œuvre. La différence entre la valeur produite par les employés et la valeur des marchandises produites, c’est le profit.

Comme il a été mentionné plus haut, les employés produisent plus de richesses que ce qu’ils coûtent : il n’y aurait pas d’avantages à garder l’employé autrement. Les entreprises, en raison de la compétition, sont forcées d’investir de plus en plus afin de garder des prix compétitifs. Cela se fait entre autre par des économies d’échelle : en produisant plus de pièces, les entreprises peuvent amortir plus facilement leurs coûts constants.

Cela ne peut fonctionner que s’il y a des gens qui achètent les produits. Naturellement, dans le système capitaliste, il arrive régulièrement que les gens ne puissent pas acheter les produits dont ils ont besoin : la cause fondamentale étant que les employés gagnent moins que ce qu’ils produisent. Les entreprises ne peuvent continuer à employer des gens qui produisent des marchandises qui ne se vendent pas : les mises à pied se succèdent, le pouvoir d’achat diminue, accentuant la crise. C’est un cercle vicieux.

Une des tentatives de pallier à cette tendance inévitable dans le système capitaliste est l’intervention de l’État dans l’économie. C’est d’ailleurs ce que les gouvernements du monde entier ont fait pendant la crise de 2008 : ils ont stimulé la consommation pour relancer l’économie.

C’est là où la simplicité volontaire se révèle comme arme économique. Si nous restreignons volontairement notre consommation, nous luttons directement contre la politique fiscale du gouvernement. Le gouvernement ne confisquera pas l’argent que nous garderons. De toute façon, ceux qui feront partie du mouvement de simplicité volontaire devront forcément épargner pour se protéger de la crise qu’ils créeront. Nous créerons l’état de crise nécessaire à une remise en question du système.

Si seulement 5% de la population décide de restreindre sa consommation de deux-tiers, ce qui est très faisable, nous serons en crise économique cette année, avec toutes les conséquences qui s’y rattachent. La chute de PIB que pourrait créer cette restriction volontaire de la consommation aurait un impact d’entre 1 et 2% du PIB. C’est supérieur à la croissance économique du Québec en 2012.

Je consomme trois fois moins que le Québécois moyen en termes monétaires, frais de scolarité exclus. Puisque mon niveau de vie est probablement plus grand que celui de 90% des êtres humains sur Terre, j’estime que c’est objectivement très vivable comme façon de vivre. C’est de là où je tire mon calcul.

Je vais tenter maintenant de comparer la simplicité volontaire aux autres moyens de pression utilisés jusqu’à maintenant pour changer le monde.

Un exemple classique et assez récent est la grève générale illimitée entamée par les étudiants ce printemps en réaction à la décision de l’Assemblée Nationale de monter les frais de scolarité de 1625 $ par année sur 5 ans. Je ne parlerai pas ici de si la finalité de la grève était une bonne idée : c’est un autre débat. Je ne ferai que comparer la différence entre les deux moyens au niveau de la dynamique sociale.

Le premier pas est difficile à faire pour partir une grève. La grève étudiante ne pouvait avoir de l’impact que si elle s’étendait à l’ensemble du réseau scolaire postsecondaire québécois. Cependant, la première personne à appliquer l’idée de la simplicité volontaire est directement gagnante. Elle sera moins vulnérable aux cycles du marché en refusant de consommer son salaire de façon incontrôlée.

Lorsqu’une certaine masse critique a été atteinte, pendant la grève, il y a plusieurs étudiants qui se sont dit qu’ils pouvaient juste aller à l’école, étant donné que d’autres allaient faire la lutte à leur place. Lorsqu’une masse critique similaire sera atteinte pour la méthode de la simplicité volontaire, la crise sera déjà bien entamée et il est probable que des gens qui ne voulaient pas forcément faire la simplicité volontaire en premier lieu y soient forcés.

Les gouvernements n’interviendront pas comme en 2008 pour stimuler la consommation. Les gouvernements sont beaucoup trop endettés pour ça. L’État est aussi contraint à respecter le système économique actuel. Les États-Unis ne pourront pas imprimer indéfiniment de l’argent pour financer leurs déficits. Le contraire aboutirait de toute façon à la fin du système capitaliste.

On peut également se demander si les autres personnes qui ne pratiqueront pas la simplicité volontaire pourraient contrecarrer les résultats énoncés plus haut. C’est peu probable. Les ménages sont déjà trop endettés pour stimuler la consommation. Devant une masse de gens vivant dans la simplicité et qui produisent plus beaucoup plus qu’ils ne consomment , ils ne pourront pas acheter les biens que les

La simplicité volontaire s’imposera d’elle-même par la crise économique qu’elle va créer. Elle est donc pratiquement inarrêtable. En plus, en étant pratiqués à identifier leurs vrais besoins, ceux qui pratiqueront la simplicité volontaire vont avoir l’expérience nécessaire à la création du nouveau paradigme de gestion scientifique des ressources. La simplicité volontaire n’est pas simplement une arme économique puissante, elle est aussi le moyen de se sortir de créer une partie des moyens nécessaire à la sortie du système capitaliste.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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