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Retrait d’une ambassade ou l’art de s’assumer dans sa carence en politique étrangère.

 

Vendredi le 7 septembre, le Canada rompt ses relations diplomatiques avec l’Iran. Le ministre des Affaires étrangères, John Baird, explique cette décision par le fait que « Le régime iranien fournit une aide militaire croissante au régime Assad [Syrie]; il refuse de se conformer aux résolutions des Nations unies concernant son programme nucléaire; il menace régulièrement l’existence d’Israël et tient des propos antisémites racistes en plus d’inciter au génocide ». Ce retrait est bilatéral : le Canada expulsant aussi les diplomates, car ceux-ci seraient soupçonnés, notamment, d’utiliser l’ambassade iranienne comme base pour mener des attentats terroristes aux États-Unis, selon certains experts antiterroristes. M. Baird est même allé jusqu’à affirmer que « Le Canada considère le gouvernement iranien comme la menace la plus significative contre la paix et la sécurité dans le monde. »

Cette décision, qui semble sortir de nulle part (le gouvernement n’ayant pas discuté ouvertement de la chose, et n’ayant pas averti les employés des ambassades), répond aux menaces d’Israël, qui affirmait vouloir attaquer l’Iran. Selon le spécialiste américain des questions de défense Bill Gertz, il se pourrait qu’Israël fasse l’utilisation, par exemple, d’une Impulsion électromagnétique sur l’Iran afin de paralyser l’ensemble de ses réseaux de transport et de ses installations nucléaires afin d’arrêter le développement nucléaire dans ce pays si aucune action internationale n’était prise. Pour Israël, l’Iran constitue une menace réelle : « Le fait est qu’avec chaque jour qui passe, l’Iran est de plus en plus proche de la bombe nucléaire », affirme M. Nétanyahou, ministre israélien.

En effet, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a publié, il y a quelques semaines, un rapport affirmant que l’Iran aurait doublé le nombre de centrifugeuses utilisées pour l’enrichissement de l’uranium, malgré les tentatives de dissuasion israéliennes et américaines. Bien qu’il soit vrai que de cette façon l’Iran s’approche un peu plus de l’arme nucléaire, l’AIEA, ainsi que les États-Unis, avouent n’avoir aucune preuve que ce soit vraiment le cas. L’Iran affirme que son programme nucléaire est développé à des fins strictement civiles

La coupure du lien diplomatique entre le Canada et l’Iran est critiquée par plusieurs. Du côté de l’opposition à l’Assemblée nationale, on considère cette décision du gouvernement Harper comme étant contre-productive. La porte-parole du NPD pour les Amériques et affaires consulaires, Hélène Laverdière, fait remarquer que couper le dialogue de cette façon empêche tout règlement de situation. Cette décision du gouvernement conservateur nuit encore une fois à l’image de médiateur du Canada sur la scène internationale. Selon elle et d’autres experts, cela témoigne de la carence en politique étrangère de ce gouvernement. De plus, un porte-parole des affaires étrangères a qualifié cette décision de notre gouvernement comme hostile et raciste.

Encore une fois, on ne peut qu’être consterné face à la politique étrangère de Stephen Harper. Cette interruption des relations diplomatiques avec l’Iran s’ajoute à la liste des faux pas de ce gouvernement qui a fait perdre au Canada son siège au Conseil de sécurité de l’ONU en 2010, qui a fait plusieurs suppressions au niveau des attachés culturels dans les ambassades du Canada en Europe, qui a fait des déclarations prosionistes, allant jusqu’à la négation des droits fondamentaux de la personne et qui a fait plusieurs autres choses très regrettables, mais la liste est trop longue pour entrer dans l’espace m’étant alloué.

De son côté, l’Iran considère que « L’action du Canada est dans la droite ligne des intérêts du régime sioniste [Israël], car il essaye d’approfondir ses relations avec ce régime ». Cette décision fait bien évidemment plaisir à Israël. Leur ambassadrice au Canada a déclaré qu’elle « applaudissait le ministre des Affaires étrangères et le gouvernement du Canada pour avoir adopté une position aussi courageuse et de principe » et que « Le leadership du premier ministre Harper sert d’exemple pour la communauté internationale quant aux mesures audacieuses et morales nécessaires pour tracer des lignes directrices claires pour l’Iran. »

Mais pourquoi cet appui inconditionnel à Israël, qui ne se limite vraiment pas à ce cas-ci? Serait-ce pour gagner l’électorat juif? Cela n’aurait pas de sens, puisque la communauté juive est à peu près aussi importante que la communauté arabe, et qu’il se met cette dernière à dos par ces décisions. De plus, la majorité des Juifs vote en fonction de toutes sortes de critères, dont la politique du Canada à l’égard d’Israël n’est pas le principal. Ainsi, les deux comptés ayant la plus forte concentration juive au Québec sont tombés aux mains des libéraux aux . Ce ne serait pas non plus pour le financement du Parti conservateur puisque les dons, au fédéral, sont plafonnés depuis 2003, et de toute façon le parti est largement financé par ses militants. En fait, soit le gouvernement conservateur croit vraiment ses raisonnements totalement absurdes dont la structure est faite de sophismes flagrants, soit cette politique pro-israélienne trouve son intérêt dans les enveloppes brunes et dans d’autres stratégies qui sont à son avantage.

En 2010, notre cher premier ministre affirmait que sa position prosioniste se situe au niveau d’un débat entre le Bien et le Mal. Pour expliquer son appui à Israël, qui a probablement été un des facteurs qui a entrainé le retrait du Canada au Conseil de sécurité, notre cher premier ministre a soutenu que « Les humains peuvent choisir d’être inhumains. C’est le paradoxe de la liberté, celui d’avoir la liberté de choisir entre le Bien et le Mal. […] Dans les débats contemporains qui influencent le sort de la patrie juive, il y a ceux qui rejettent le langage du Bien et du Mal. Ils disent que la situation n’est pas noir ou blanc et qu’il ne faut pas choisir son camp. En réponse à cette ambivalence, on doit parler clairement ». Cette politique internationale est en total désaccord avec la réputation de médiateur que le Canada avait acquise, car dans son discours, Harper nie l’existence du « gris », de la diplomatie même, puisque celle-ci est faite de négociation. Par sa ligne dure, il prouve sa fermeture d’esprit et sa logique retardée dans un contexte international où les compromis sont inévitables et où le chacun-pour-soi ne peut être une solution viable. Sa position est plus radicale que celle des États-Unis, qui appellent plutôt au dialogue (surtout pour éviter une crise durant les élections présidentielles).




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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