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La couverture douteuse de L’Intérêt

 

Jeudi soir dernier, je suis sorti un peu honteux de ma séance de montage du Polyscope. Je venais de laisser Guillaume, noter cher directeur, en charge de la couverture du journal. Nous avions passé deux heures à essayer (sans succès) de trouver une idée pertinente pour notre première page. C’est la mort dans l’âme que j’avais abandonné aux mains de mon collègue illuminé la destinée de cette édition duPolyscope… avec les résultats que l’on connaît (pour ceux qui l’ont manqué : un panda qui lance des lasers par les yeux avec une explosion en arrière-plan). Heureusement, la culpabilité m’a quitté le lendemain lorsque j’ai vu la couverture que nous a concocté l’équipe de l’Intérêt, le journal étudiant de HEC Montréal. Sous le titre : « Le guide des assos », on pouvait voir une jolie fille en haut de bikini, le corps couvert des logos des associations étudiantes du HEC. Me voilà perplexe. Déjà, j’ai peine à faire le lien. En quoi est-ce pertinent d’utiliser un corps féminin comme tableau d’affichage? La lecture de l’éditorial m’éclaire en la matière : apparemment, il s’agirait d’une allégorie, et le corps bronzé de la nymphette représenterait la fin des vacances… Autant pour moi.

J’imagine que pour plusieurs, cette couverture n’a rien d’insultant. Nous sommes habitués de voir le corps féminin instrumentalisé en publicité. Le sexe vend, et les filles en tenues légères occupent une place de choix dans les stratégies marketing. Tout est prétexte au dénuement et au voyeurisme, en autant que cela nous pousse à acheter voyages, voitures ou alcool. Pourtant, cette couverture m’a choqué. Pourquoi? Parce que je crois qu’en tant qu’étudiant, nous sommes privilégiés. Nous pouvons faire autre chose que ce qui est la norme dans l’industrie et nous pouvons dire non aux publicités à caractère sexiste. Oui, sexiste, je pèse mes mots. On ne peut pas qualifier autrement le fait d’utiliser le corps féminin comme outil de vente. Et c’est de cela qu’il s’agit. On peut lire en ouverture : « Vous aussi, cette allégorie de la vie étudiante vous a fait ouvrir le journal? ». Autant dire, « Vous aussi, vous nous lisez à cause de la chick en bikini sur le cover? ».

Les mêmes pensées m’étaient venues à la session dernière devant les publicités du Beach Party de Polytechnique. J’avais peine à croire qu’on utilise ce genre de stratégie marketing, déjà que notre école doit composer avec une image un peu machiste à cause de la forte proportion masculine de sa population… On concédera cependant que le lien entre les bikinis et les partys à thématique de plage est déjà plus facile à établir que celui entre les bikinis et un bottin des associations étudiantes.

Je ne suis pas le seul à avoir réagi. Le blogue L’espace vide titrait « Le corps de la femme utilisé pour promouvoir… Un journal étudiant??! ». Le blogueur (anonyme) y soulignait entre autres la présence de Pauline Marois en taille réduite sur la même couverture. Belle ironie en effet que de voir l’annonce de l’élection de la première première ministre du Québec dans l’ombre d’une image sexiste. Christophe Colard, un des corédacteurs en chef de l’Intérêt, a réagi dans la section des commentaires. Il réitère tout d’abord l’affirmation selon laquelle cette couverture est une « allégorie », argument dénué de sens, vous en conviendrez comme moi; qu’une image sexiste ait une symbolique particulière ne la dépouille pas de son caractère offensant. Il affirme aussi que « l’intention de (cette) Une (sic) n’était nullement de choquer ». Évidemment que l’intention n’était pas de choquer, c’était d’attirer le regard… D’ailleurs, je ne prétends pas que cette couverture ait choqué une majorité de lecteurs, au contraire. Mais que ce genre de pratique ne choque pas n’est pas, en soi, une excuse. C’est tout au plus un constat désolant. M. Collard ajoute aussi qu’il a été discuté de mettre un homme à la place d’une femme. On pourrait d’abord lui demander pourquoi il a choisi la fille, mais ce serait trop facile. Contentons-nous de dire que sa couverture aurait été tout aussi inappropriée et que l’instrumentalisation d’un corps est préjudiciable, que celui-ci soit masculin ou féminin…

Vous me pardonnerez, je l’espère, cette petite montée de lait. Je ne pensais pas dire ça, mais cette semaine, je trouve qu’un panda qui lance des lasers par les yeux, ça a quand même un minimum de classe.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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