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Chantier sur le financement des universités

Poly et l’ÉTS adoptent des positions irresponsables.

Àla suite du sommet sur l’enseignement supérieur, le gouvernement péquiste a mis en branle cinq chantiers de travail sur l’avenir de l’éducation supérieure. Dans le cadre de la consultation du chantier sur le financement universitaire, Polytechnique et l’École de Technologie Supérieure (ÉTS) ont déposé un mémoire conjoint. Le Polyscope a pris connaissance de certaines des demandes qui y sont formulées. Pour certains, le printemps 2012 n’a apparemment pas été une leçon suffisante…

Frais institutionnels obligatoires (FIO)

Les frais institutionnels obligatoires regroupent les frais facturés par les universités ne faisant pas partie des frais de scolarité. Ils incluent, entre autres, les frais liés à l’admission et aux examens, les frais technologiques, les frais de bibliothèque et d’accès aux locaux, les frais de droits d’auteurs, etc. Les universités peuvent les ajouter à leur facture depuis 19881 . Il s’agit d’ailleurs pour plusieurs d’une des grandes défaites du mouvement étudiant pour l’accessibilité à l’éducation supérieure.

Ces frais peuvent varier de façon importante selon l’université et le programme. Un document de 2007 disponible sur le site de l’université de Montréal estime par exemple qu’à ce moment-là, les FIO s’élevaient à plus de 850$ par session à Mc Gill contre 380$ à Poly et environ 250$ à l’UQAM2 . Depuis 2008, le gouvernement encadre l’augmentation annuelle de ces frais.

Dans le mémoire sur le financement universitaire déposé cet été, Polytechnique et l’ÉTS demandent de revoir l’encadrement des FIO. Ils souhaiteraient que les universités qui ont gardé ces frais à des niveaux plus raisonnables puissent les augmenter au niveau des établissements où ils sont les plus élevés.

Cette demande est simplement aberrante : Poly et l’ÉTS ne daignent même pas faire mention de l’impact que pourrait avoir une hausse brutale des FIO sur la santé financière des étudiants. Leur discours, orienté uniquement sur des considérations économiques (principalement l’attractivité des institutions) passe complètement sous silence les effets de leurs demandes sur la population étudiante. Ils agissent comme si la crise de 2012 ne s’était jamais produite et comme si les étudiants du Québec n’avaient pas, sans la moindre équivoque, prouvé qu’ils s’opposeraient farouchement à toute hausse de la facture étudiante.

Si le gouvernement accédait à cette demande, les conséquences pourraient être dramatiques pour les étudiants dont les FIO sont les plus bas. Leur institution pourrait alors augmenter brutalement leur facture de plusieurs centaines de dollars par année. Certains argumenteront qu’il s’agit là d’une mesure équitable. Cependant, ce serait oublier que des FIO de près de 1000$ par année sont une aberration, la perte de contrôle totale d’une politique qui n’aurait jamais dû voir le jour. De plus, les frais afférents de certaines institutions (McGill par exemple) sont notoirement élevés. Quelle justice y aurait-il à augmenter brutalement les FIO des étudiants qui ont choisi une institution plus clémente ?

Frais de scolarité des étudiants étrangers

Les frais de scolarité que paient les étudiants étrangers pendant leurs études au Québec sont singulièrement plus élevés que ceux payés par les étudiants locaux (entre 12 000 et 15 000$ par année en 2011)3 . De plus, depuis 2008, ce montant peut augmenter de 10 % par année pour la majorité des programmes et la hausse est complètement déréglementée pour quelques autres (incluant le génie).

Cela a mené à plusieurs situations particulièrement injustes où des étudiants étrangers ayant déjà budgété leur séjour au Canada ont été pris au dépourvu par des hausses drastiques de leurs frais de scolarité.4 Dans leur mémoire conjoint, Poly et L’ÉTS demandent de maintenir le programme de dérèglementation et de l’étendre aux cycles supérieurs. Ils demandent aussi de réduire le nombre de pays bénéficiant d’une entente bilatérale. Ce genre d’entente permet à des ressortissants de certains pays (comme la France) d’étudier ici à moindre coûts en échange d’un traitement similaire pour les étudiants québécois dans leur pays d’accueil.

Cette demande est encore une fois profondément irresponsable. Les deux écoles semblent accorder uniquement une valeur marchande à la présence des étudiants étrangers, qu’ils souhaitent utiliser comme de véritables vaches à lait. En plus de l’apport culturel inestimable associé à leur présence dans nos universités, les étudiants étrangers amènent avec eux des connaissances et des points de vue rafraîchissants. C’est particulièrement vrai pour les étudiants des cycles supérieurs qui ont souvent suivi une formation universitaire dans leur pays natal. Dans ce contexte, il serait très malvenu d’étendre la déréglementation à la maîtrise et au doctorat.

De toute façon, cette question ne devrait même pas se poser : la déréglementation en elle-même n’aurait jamais dû avoir lieu. Elle permet des hausses brutales et touche des populations étudiantes qui peinent trop souvent à faire valoir leurs droits dans leur pays d’accueil. Il est hypocrite de promouvoir une éducation supérieure accessible et exiger du même coup des sommes faramineuses aux étudiants internationaux. Déjà, il semblerait que les études aux Québec pour les ressortissants étrangers soient réservées uniquement aux plus nantis.

L’AEP et L’AÉCSP réagissent.

L’association des étudiants de Polytechnique avait déjà déposé, lors du sommet sur l’Éducation, un mémoire présentant des solutions qui n’augmenteraient pas le fardeau financier des étudiants. Dans un communiqué de Presse, les deux associations étudiantes de Poly ont d’ailleurs déclaré leur inquiétude par rapports aux mêmes demandes de l’administration qui m’ont fait sortir de mes gonds.

Les positions prises par Polytechnique et l’ÉTS sont irresponsables et pourraient avoir de graves conséquences sur l’accessibilité aux études supérieures. Espérons que le gouvernement Marois aura la présence d’esprit de leur dire non et que, dans le cas contraire, les étudiants prendront les moyens nécessaires pour faire valoir leurs droits.

1. FAECUM, Frais insitutionnels obligatoires, http://www.faecum.qc.ca/sociopolitique/fio

2. Estimé sommaire des droit et des frais autres que les droits de scolarité, de type obligatoire, 2006-2007, http://www.etudes.umontreal.ca/payer-etudes/fraisAutres06-07.pdf

3. GERVAIS, Lise-Marie, Portes ouvertes aux étudiants égranges, Le Devoir, 3 septenmbre 2011. http://www.ledevoir.com/societe/education/330706/portes-ouvertes-aux-etudiants-etrangers.

4. MEHREEN, Rushida et CIE. Pour une université sans frontière, Revue l’Ultimatum, Hiver 2012, p. 16.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.