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La prouesse technologique derrière Gravity

Le dernier film d’Alfonso Cuarón fait la part belle aux effets spéciaux. Le rendu est si réaliste que l’on oublierait presque que les scènes ont intégralement été tournées en studio...

Comment rendre de façon réaliste l’apesanteur à l’écran ? Bien entendu, il est hors de question de transférer le casting ainsi que toute l’équipe de tournage dans l’espace (rappelons par exemple que la capacité d’accueil de l’ISS est de 6 personnes).

Dans le film Appolo 13 (Ron Howard, 1995), les scènes en apesanteur ont été tournées dans des avions spéciaux effectuant des vols “paraboliques”. L’avion alterne des phases de montée et de chute libre à une certaine altitude créant des épisodes de micro-gravité de quelques secondes. La technique, si elle est moins coûteuse qu’un voyage dans l’espace, est tout de même contraignante : il aura fallu 1500 paraboles pour réaliser les scènes du film. Aujourd’hui, il faut compter environ 100 000$ pour un vol de 2h30 correspondant à 5 minutes de micro-gravité cumulée.

Dans Inception (Christopher Nolan, 2012) la scène du couloir d’hôtel met en scène des personnages en impesanteur (la voiture dans laquelle ils se trouvent est en chute libre dans le rêve de niveau supérieur). La scène a été tournée en studio et l’impression de flottement est rendue par un ingénieux jeu de plateformes et de harnais. L’équipe de tournage disposait également de plusieurs répliques du même couloir dans des inclinaisons variées pour mettre en scène. C’est, vous en conviendrez, utiliser un bulldozer pour démolir un tas de sable et on voit mal comment généraliser ce bricolage à grande échelle et pour plusieurs décors.

La véritable innovation à l’origine de Gravity est d’utiliser ce que l’on appelle le “reverse engineering” : les scènes en apesanteur sont d’abord simulées sur ordinateur, il est alors très aisé de tester différentes cinématiques et les possibilités sont potentiellement infinies. Ensuite, Cuarón a fait appel au système IRIS : un bras robotique ( récupéré sur une ligne de montage d’automobiles ) reproduit de façon fluide et avec une grande précision les mouvements générés par les simulations sur ordinateur. Le dispositif a été rendu encore plus réaliste en faisant bouger les acteurs dans une caisse tapissée de LED affichant les paysages d’espace et des cues saisissantes de la Terre. Seul bémol, cette technique de tournage ne laisse pas de place pour l’improvisation ce qui a valu à Robert Downey Jr., initialement prévu pour le rôle principal, d’être remplacé par Georges Clooney qui était plus enclin à suivre docilement les instructions d’une machine.




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