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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Ode aux inconnus

Depuis déjà quelques temps j’ai envie d’écrire sur ce sujet, mais je doutais de sa pertinence. En fait, c’est un sujet très actuel, car de nos jours, les contacts humains sont de plus en plus limités en raison de l’envahissement des nouvelles technologies. Cet article est un texte «feel good», une ode à ces gens inconnus qui nous marquent sans le savoir.

Cher petit monsieur de la sécurité, à mon stage cet été, avec ton petit sourire et tes yeux creux. Tu as au moins 70 ans et tu travailles encore. Je ne connais pas ta vie, mais ça se voit dans ton visage que tu as travaillé dur toute ta vie et pourtant tu m’impressionnes par ta joie de vivre et ta sagesse. Tous les matins tu me dis bonjour en riant. Tu égailles ma journée. Si tous les agents de sécurité étaient comme toi, la vie serait comme manger un mille-feuille aux fraises.

J’aime bien observer. Non, non, ce n’est pas du voyeurisme. J’appelle ça de la curiosité sélective. J’aime regarder les gens marcher, comment ils sont habillés, leurs expressions faciales dans diverses situations. Et puis, il y a toi. Toi, qui viens manger, au restaurant où je travaille, plusieurs fois par mois. Il y a bien d’autres clients qui sont des habitués, mais toi tu m’as marqué à jamais. À chaque fois que tu viens, tu portes tes majestueux pantalons de pyjama en flanelle rouge avec des dessins du Grinch. J’imagine ta garde-robe : 7 paires de pantalons de pyjama en flanelle rouge avec dessins du Grinch, une pour chaque jour de la semaine et ça me fait bien rire. Ça me fait oublier l’odeur des saucisses cocktail mélangée à l’odeur des cuisses de grenouilles, dans le buffet. Et non, non, non, l’option que tu as une seule paire de pantalons de pyjama et que tu la portes toute la semaine n’est pas envisageable!

Aussi, il y a la dame au magasin, vous savez le genre de madame qui est passionnée par son travail, tout le contraire de la jeune de 16 ans qui vous accueille avec une tête d’enterrement et qui est là juste pour avoir son salaire minimum (pour tout de suite après aller le dilapider au Dynamite). Vous savez le genre de madame qui est propriétaire, vendeuse et caissière en même temps. Elle m’accueille dans son magasin chaleureusement et me raconte son expédition en Inde pour acheter des foulards et ses péripéties en Argentine pour dénicher des boucles d’oreilles hors du commun. Je suis fascinée par son histoire et je me dis que si je vis une vie aussi remplie que la sienne, je serai une femme accomplie.

Et puis finalement, en file pour m’acheter un thé, au café dépôt, il y a le joli jeune homme en arrière de moi qui décide de m’aborder avec une excuse quelque peu farfelue. On fait semblant tous les deux de ne pas savoir la vraie raison de cette discussion. Je sais très bien que tu sais déjà la réponse à ta question, mais je ne dis rien. On continue à discuter puis on reçoit nos breuvages et nos chemins se séparent avec un dernier sourire. Une petite conversation de quelques minutes qui donne à ma journée un goût de sucre à la crème.

À vous tous, on ne se connaît pas, mais vous rendez mes journées plus belles. S’il y avait plus de personnes comme vous, la vie serait comme des skittles sûres. Au départ, on est déstabilisé par le contact piquant des skittles (les inconnus) et puis on finit par y prendre goût, car ça devient de plus en plus doux et sucré !




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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