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N’ayons pas peur des mots

Avez-vous vu l’article de Camille Chaudron, juste ici, au-dessus du mien? Si ce n’est pas déjà fait, allez le lire, et on se rejoint au prochain paragraphe.

J’ai discuté avec Camille des résultats de son Vox Pop, et de ses impressions par rapport aux discussions qu’elle a entretenues avec ces quelques représentants de la gent masculine. Premier constat : les personnes interrogées, pour la plupart, ne se considèrent pas féministes. Et pourtant, en discutant d’équité salariale, de sexisme, de droit à l’avortement, les opinions qui ressortent correspondent majoritairement à ce qui est prôné par le féminisme. Pourquoi cette contradiction?

«Oui, mais moi je ne suis pas ‘féministe’ parce que…» On l’entend souvent celle-là, soit à cause d’idées préconçues, de préjugés ou, au Québec en particulier, à cause de cette opposition sociale aux mouvements plus radicaux. En fait, le malentendu repose sur la définition du mot lui-même : féminisme. Malheureusement, le mouvement a tellement été ridiculisé et détesté depuis sa création, que l’image globale que beaucoup s’en font aujourd’hui tient plus de la caricature que d’autre chose. Au sens le plus simple, être féministe consiste à être en accord avec le fait que toutes les personnes sont égales entre elles. Voilà. Radical? Seulement si vous êtes sérieusement rétrogrades.

Je ne peux pas prétendre que cette définition soit rigoureusement complète; mais comprenez tout de même que quand je dis que toutes les personnes sont égales entres elles, je ne pense pas seulement qu’à la question de l’égalité homme-femme. Dans ce que beaucoup nomment «la 3e vague du féminisme», on s’intéresse à la situation des femmes de différentes nationalités ou religions, de différentes orientations sexuelles et de corps différents. Il y a aussi un début d’ouverture vers la communauté transgenre, mais celle-ci est encore la cible de nombreux préjugés. La 3e vague tend à être moins paternaliste : on se distance peu à peu de l’image de la femme blanche qui, une fois libérée elle-même, veut dicter les conditions sous lesquelles une autre femme peut se considérer «libérée». Ça vous rappelle quelque chose? La charte sur les valeurs québécoises a fait ressurgir des relents de la 2e vague, en particulier chez les gens qui affirment que le voile musulman rabaisse les femmes de cette religion. Combien de gens ont voulu «sauver» ces «pauvres femmes», sans réaliser que ce sont leurs paroles elles-mêmes qui étaient condescendantes? En considérant ces femmes comme des demoiselles en détresse incapables de décider par et pour elles-mêmes?

Le mot de la fin

Je vais faire une chroniqueuse de moi-même et chiâler un peu sur un concept qui me tombe royalement sur les nerfs : la friendzone.

Pour les plus heureux d’entre vous ignorant le sens de ce mot, la friendzone est un lieu métaphorique où se trouve une personne en situation d’amour non-réciproque. En tant que tel, ce n’est pas problématique, mais la culture qui s’est rattachée à ce mot est devenue particulièrement désagréable au cours de la dernière décennie. Soudainement, la personne qui était l’objet d’affection est considérée comme étant dans le tort, comme si avoir des préférences n’était plus un phénomène normal! À l’inverse, le parti intéressé par une relation romantique se considère maintenant comme une victime de la bêtise ou de l’aveuglement de leur «ami(e)». Je ne sais pas pour vous, mais quand une personne me considère comme étant son ami, ça me rend heureuse; les personnes qui se disent «dans la friendzone» sont pourtant plus souvent qu’autre chose rancuniers. Si vous ne me croyez pas, allez voir à quel point le meme de «Friendzone Fiona» est populaire. Ça dégouline de misogynie avec une touche d’enfant gâté. Beurk.

Pour finir, je vais paraphraser un sage des interwebs : personne ne vous doit quoi que ce soit, et le monde ne tourne pas autour de vos parties génitales.

Merci, bonsoir et à la prochaine.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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