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Le prix du tourisme sexuel

D’abord les faits : Montréal, depuis quelques années, est devenue une des destinations majeures du tourisme sexuel en Amérique du Nord. Le quotidien La Presse a produit dernièrement un grand dossier sur le sujet. Le constat est clair: sur internet, la métropole a la réputation d’être la Bangkok du Nord. On parle de Montréal comme une ville sans limites, où tout est permis. Salons de massages, bars de danseuses où les contacts sont permis, entreprises spécialisées en «filles de party», sites d’escortes. On trouve de tout à Montréal, pour une fraction du prix des grandes villes américaines.

Exploitation sexuelle et la traite des femmes

Trop souvent, on tente de nous faire avaler la pilule en présentant l’image de la fille épanouie, parfois étudiante, qui danse pour se faire rapidement de l’argent. Or, si Montréal a acquit cette réputation de ville où tout est permis, c’est à cause de la prostitution pure et simple. Cela passe par des réseaux de proxénétisme, où les filles sont tenues par la gorge par leur dépendance à la drogue ou par une domination pure et simple.

La prostitution à Montréal, c’est aussi la traite de femmes. Des histoires d’horreurs font surface: des jeunes filles mineures fuguent de centres jeunesse, attirées par de belles promesses, et se retrouvent vendues à des inconnus. D’autres, simplement en quête d’argent facile, quittent rapidement les salons de massage pour l’enfer des gangs de rues.

Mais voilà, derrière tous ces problèmes, il y a le tourisme. On pense au Grand Prix par exemple, durant lequel les fugues en centres jeunesse augmentent drastiquement. Pourtant, on fait semblant de ne rien voir. On parle avec enthousiasme des bars de danseuses pleins à craquer et on oublie que ce n’est que la pointe de l’iceberg. Que la nuit, après que ces bars ce soient désemplis, ce sont des filles exploitées qui, dans les chambres d’hôtels du centre-ville, font les frais des «retombées économiques» de l’événement.

L’État complice

En fermant les yeux sur cette situation, pourtant bien connue, les différents paliers de gouvernement se font complice de ce drame. Les reportages des dernières semaines, pourtant percutants, n’ont pas attiré la moindre déclaration. La question est totalement absente des débats de la course à la maire de Montréal. Pourtant, la classe politique devrait se bouger les fesses et affirmer haut et fort que ce n’est pas cette image qu’elle souhaite pour la métropole du Québec. La ville a investit beaucoup dans les dernières années pour devenir une ville de festivals, de culture et de gastronomie. Il faut maintenant s’atteler à se débarrasser de cette réputation de capitale du sexe. Non pas pour préserver l’image de la ville, mais pour le salut des jeunes femmes exploitées. Parce que tant que l’on préservera cette réputation, on attirera de nouveaux clients et par le fait-même, on poussera davantage de filles à l’acte.

S’attaquer à la l’offre… et à la demande

Le SPVM commence a réaliser que ses méthodes traditionnelles pour lutter contre la prostitution, soit la distribution d’amendes pour de la «sollicitation» visant les travailleuses du sexe, ne donne pas de résultats. On promet maintenant de se concentrer sur les réseaux de proxénètes où sont vendues et exploitées les jeunes femmes. C’est, selon moi, un pas dans la bonne direction.

Ce qu’il faut maintenant faire, c’est de s’attaquer à ceux qui achètent ces services. Légiférons une fois pour toutes contre les clients (au Canada, seuls le fait de vivre des fruits de la prostitution et la sollicitation sont illégaux) et montrons leurs qu’ils ne sont pas les bienvenus à Montréal, peu importe la taille de leur portefeuille.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.