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Dans la peau d’un étudiant aux cycles sup’

Cette semaine nous avons rencontré Jean-Michel Attendu, un étudiant au doctorat dynamique et passionné par l’acoustique.

Jean-Michel est féru de sciences et c’est donc avec enthousiasme qu’il est entré dans le monde de la recherche. Ses travaux sur l’holographie acoustique lui ont permis de voyager pour partager ses connaissances (Lituanie, Thaïlande) et il a retenu l’attention des médias en remportant le troisième prix d’un concours provincial d’images scientifiques.

 

PPeux-tu résumer ton parcours avant le doctorat ?

 

J-M: J’ai suivi un baccalauréat en génie physique à Poly. Au cours de cette formation j’ai eu la chance de faire deux stages chez Bombardier à l’étranger: à Berlin en première année et en Suède (Västerås) en 4ème année. C’est là que j’ai vraiment cliqué sur l’acoustique et cette passion s’est confirmée ensuite pendant le cours d’acoustique que j’ai suivi en dernière année de baccalauréat. J’y ai fait la connaissance d’Annie Ross avec qui je me suis très bien entendu. C’est donc tout naturellement que j’ai voulu faire une maîtrise avec ce professeur. Un projet très intéressant d’holographie acoustique avait déjà démarré avec une doctorante. Celle-ci ayant abandonné au bout d’un an, c’était une occasion en or pour reprendre le projet!

 

PPourquoi as-tu choisi de poursuivre en doctorat ?

J-M: Ma maîtrise s’est très bien passée et j’ai eu l’opportunité de faire ce que l’on appelle un passage accéléré de la maîtrise au doc’. C’est très avantageux car on gagne une année et on bénéficie des crédits de cours accumulés pendant la maîtrise.

J’ai pas mal réfléchi avant de m’engager mais ma curiosité était tellement piquée que je voulais vraiment aller plus loin dans le projet. C’est aussi certainement par orgueil, je voulais en quelque sorte repousser les limites.

PExplique-nous très simplement en quoi consiste ton projet.

J-M: L’holographie acoustique consiste à représenter le son en trois dimensions. Le principe est simple. Grâce à un réseau de microphones, on enregistre le son dans un plan. Ensuite, puisqu’on connaît très bien les lois régissant la propagation du son dans l’air, on peut reconstituer le parcours du son dans n’importe quel plan parallèle au plan d’acquisition. C’est ce qu’on appelle faire un mapping 3D de l’événement sonore. Déjà bien éprouvée pour les sons stationnaires, on essaye d’étendre la technique à des sons instationnaires. Ca c’est pour la première partie de mon doc’. Ensuite, la seconde partie consiste à appliquer le principe à des procédures de diagnostique des matériaux. Par exemple, on pense être capable de localiser des fissures dans une aile d’avion en analysant le son qu’elle émet lorsqu’on l’impacte. Les applications sont donc potentiellement très nombreuses et très intéressantes.

PQu’est-ce qui te passionne dans ce projet ?

J-M: J’ai toujours été un grand passionné de nature et de science et plus récemment d’acoustique. Je me suis fait un devoir de tout connaître dans ce domaine. Je préfère davantage l’aspect théorique de la recherche à l’aspect pratique. J’ai été aidé pour concevoir le dispositif expérimental permettant d’acquérir le son mais c’est le côté analytique du problème qui m’intéresse le plus.

Le doc’ est également l’occasion de faire partager ses connaissances et ses avancées scientifiques. J’ai eu la chance de participer à deux conférences, l’une en Lituanie et l’autre à Bangkok (Thaïlande). C’est dans l’une des rares occasions de discuter avec les experts mondiaux du domaine, on apprend à vulgariser le contenu scientifique de sa recherche et on y fait de belles rencontres. Inutile de préciser que j’ai poser mes vacances juste après les conférences pour découvrir du pays (rires).

Une belle aventure a aussi été celle du concours de photos de l’ACFAS (Association Francophone sur le Savoir). Avec l’aide d’un stagiaire nous avons créé une image (voir ci-contre) représentant le son qui se propage après avoir frappé une cymbale. La photo a remporté le 3ème prix, ce qui a donné beaucoup de visibilité à mon projet. J’ai ensuite été contacté plusieurs fois et j’ai participé à une émission de télévision (diffusée le 26 février 2014 sur Télé Québec, NDLR). J’ai également été sollicité pour participer à la révision de la règlementation acoustique de la ville de Montréal.

PReçois-tu beaucoup de soutien de la part des autres étudiants et de ta directrice de recherche ?

J-M: Je suis dans un labo d’acoustique et vibrations mais je suis en réalité le seul étudiant à faire de l’acoustique. Je n’ai donc pas vraiment reçu de soutien à ce niveau-là, à part pendant ma maîtrise avec l’étudiant finissant qui m’ a aidé à concevoir le dispositif expérimental. Ma directrice de recherche Annie Ross est une aide précieuse, sans elle je ne serais pas rendu là.

PQuelle est ta journée type ?

J-M: J’ai deux journées types : soit j’ai quelque chose de prévu, soit non. Dans le premier cas, j’arrive un peu plus tard. Il est primordial d’être bien reposé pour être créatif et efficace, il ne faut donc pas lésiner sur le sommeil. Je lis des articles, j’en révise d’autres, je roule des simulations jusqu’à ce que mon cerveau sature. Dans le second cas, j’ai des cours, une réunion ou alors j’ai quelque chose à faire pour l’AECSP. J’arrive donc un peu plus tôt le matin mais j’ai moins de temps à consacrer à mon projet.

PQue comptes-tu faire après ?

 

J-M: Il me reste environ un an et demi mais je n’ai pas encore d’idée claire sur ce que je vais faire ensuite. J’aimerais travailler en recherche et développement en entreprise, chez Bombardier par exemple. J’aimerais aussi continuer dans le milieu académique mais c’est devenu très difficile d’y faire carrière car l’environnement est extrêmement concurrentiel. Pourquoi pas aussi partir ma propre compagnie. Une chose est sûre, je ne veux pas rester toute ma vie cantonné à la même job, l’idéal étant de pouvoir naviguer entre les trois options précédentes.

PUn conseil pour ceux qui hésitent à rejoindre les cycles supérieurs?

J-M: Allez dans les laboratoires pour rencontrer les professeurs et les étudiants. Il ne faut pas hésiter à aller vers les autres pour obtenir le maximum d’informations. Je ne saurais trop insister sur le caractère essentiel du choix d’un bon directeur de recherche.

Surtout, ne vous lancez pas dans un doctorat pour les mauvaises raisons. Il faut le pour l’amour de la science et non pour faire plus d’argent ou pour avoir un titre de docteur. Avant tout il faut avoir de la passion!




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.