Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Par où commencer?

Vendredi après-midi bien pénard. Foot? Pourquoi pas? Les Bleus prennent la Mannschaft au Stade de France, ça ne peut pas être mauvais, allume tiens. (Même le bruit sourd d’explosion à la 30e minute a dû en faire rire quelques-uns.) Sûrement un plan foireux de supporters trop bourrés, sinon qu’est-ce que ça pourrait bien être d’autre, imbécile?! Force est de constater qu’à Montréal tout le monde est lié à la France et spécialement à sa capitale; famille, amis, références de lieux favoris. Ça m’a pris cette démonstration de violence pour me rendre compte du caractère absolu de cette affirmation.

Les récents attentats libanais et français nous forcent à la rétrospection. Ça fait mal, très mal, et le duo médias/réseaux sociaux est là pour nous le rappeler. Un véritable raz-de-marée médiatique tricolore qui fait passer les #jesuischarlie pour une vaguelette. Ces évènements ne sont toutefois pas autosuffisants en explications, ils s’inscrivent dans un grand réseau; nier par exemple la liaison de ces attentats avec le flux migratoire des réfugiés syriens, c’est jouer à l’autruche. Aujourd’hui c’est avec le cœur lourd que nous vous livrons cette édition qui a changé drastiquement de visage cette semaine pour rester en phase avec son temps, mais surtout pour sa postérité humaine. Une équipe du Polyscope, pourtant de tradition si volubile, s’est trouvée la gorge nouée à sa dernière réunion. Je comptais donc m’engager à ne pas faire d’éditorial lance-flammes aujourd’hui, mais j’ai dû me rétracter presque immédiatement, la fougue de Francis Lepage, notre rédacteur en chef, est contagieuse faut croire.

Retour en France. En cette fin de deuil officiel, l’heure est au recueillement, l’heure est au bilan, mais surtout l’heure est à l’action. « Action », le mot sur lequel il est dur de s’entendre ces temps-ci. Spécifions aux politiciens de salon qu’action ne veut pas automatiquement dire combat armé. Une série d’attentats meurtriers dans la ville de l’amour. En complément, une politique étrangère piteuse qui ne fait que remettre le pays dans le collimateur de l’EI et de l’intégrisme à l’intérieur même de ses frontières. François Hollande semble toujours vouloir porter l’estocade par bombardements aériens, cette fois avec plus de poigne. Meurtres et inconscience politique. Prions deux fois pour la France. Prions pour Beyrouth, deux fois également; une fois au nom de nos chers médias, sortis du bureau un peu trop tôt jeudi soir dernier…

On pourrait parler beaucoup plus longuement des frustrations et tristesses dans cette région du globe. Pour cela, il faudrait parler de l’origine du problème. Du problème tirant ses racines d’un Moyen-Orient et d’une Mésopotamie détruites par un Bush belliqueux. Un dirigeant insouciant, mais soucieux de montrer les muscles de son armada, de satisfaire des intérêts financiers et de consolider son emprise sur les pétromonarchies du coin – on connaît tous désormais la chanson. Du problème d’un manque de courage ou de volonté politique des acteurs européens d’arrêter la politique œil pour œil, dent pour dent. Du problème du démembrement politique des États arabes et du support financier et armé de leurs dictateurs que leur procurent nos gouvernements. Du problème… Bon, je m’arrête.

Parlons un peu de nous, nous nous le devons. Le Canada est une des nombreuses cibles officielles de Daech. Qu’en est-il de ce Canada, fraîchement sorti d’une grande noirceur conservatrice? Il bafouille mais il reste droit. Il le faut. On se doit de garder le cap de la politique étrangère qui nous a définis en tant que modèle international. Le fameux Canada, bras ouverts de Chrétien qui deviendra, espérons-le, le Canada de Trudeau. Et ce n’est que plus difficile avec les récents attentats. Difficile, tout d’abord au fédéral, avec la pression des alliés de reprendre de plus belle les frappes aériennes.

Au provincial, ce n’est pas évident non plus avec un plan d’accueil des réfugiés qui est très attendu, mais dont les spécifications tardent à voir le jour. Au municipal, le maire Coderre essaie tant bien que mal de rassurer la population à l’émission spéciale de Tout le monde en parle, mais force est de constater la limite de protection que des forces spéciales d’un pays développé sont en mesure de nous offrir. Et c’est justement parce que c’est difficile qu’il faut continuer de tendre la main. Clamer haut et fort que nous combattons ces êtres barbares, entres autres par l’accueil de gens qui les fuient. Ce serait trahir notre fibre canadienne que d’emprunter la voie inverse.

Un brin de bonnes nouvelles, encore plus proche de la vie des Polytechniciens, vient égayer quelque peu ce paysage morne. Une initiative admirable de la direction de Polytechnique : une procédure d’accueil est mise en place pour l’accueil de réfugiés syriens souhaitant amorcer ou compléter des études en ingénierie. Cette toute récente plate-forme est en développement, mais je vous invite à vous informer auprès de votre chère association étudiante et même à prêter main-forte si le cœur vous dit!

Je termine mon raid par un appel à la relativisation. Une compassion pour un effort de compréhension de la douleur de l’autre et également pour le refus de basculer dans l’amalgame et la stigmatisation. L’ennemi vient de remporter une bataille dans l’échiquier mondial, ne lui donnons pas, en plus, la satisfaction d’une division dans notre camp. En relativisant, on se rappelle également que cette souffrance, personne n’en détient le monopole. Car on ne peut parler de Paris sans parler de Beyrouth, sans parler des atrocités commises par Boko Haram. Car on ne peut passer sous silence le régime colonialiste d’apartheid auquel est soumis le peuple palestinien depuis bien trop longtemps. Car la compassion, dans son essence même, ne peut être partiale. Têtes blondes, crépues ou mêmes hommes barbus (imaginez-vous!).

Bref, la sauce clichée que j’essaie de vous vendre (un peu de baume sur nos cœurs meurtris, ça ne se refuse pas) c’est de nous aimer les uns les autres. Tiens, c’est aussi un barbu qui a dit ça!




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.