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De la nécessité de continuer à vivre…

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Dès vendredi 13 au soir, des rassemblements spontanés s’organisaient de part le monde. Ici, devant le Consulat Général de France à Montréal. Photo © Maxime Callais

Malgré les attentats, il est nécessaire que les Français, les Libanais, mais plus généralement les citoyens du monde continuent de manger, de boire, de fumer, d’être ensemble, et surtout, surtout, de rester solidaires.

Vendredi 13 novembre 2015; entre 21 h 20 et 00 h 20, la France a, pour la deuxième fois en 2015, été frappée par des attentats terroristes. À l’heure où nous écrivons cet article, le bilan, provisoire, fait état de 129 morts, 352 blessés dont 99 en état d’urgence absolue.

À 21 h 20, un premier kamikaze se fait sauter au Stade de France; un passant est soufflé par l’explosion. À 21 h 25 une voiture s’arrête devant un restaurant « le Petit Cambodge » et arrose la terrasse de tirs d’armes automatiques : 15 personnes meurent sur le coup; à 21 h 32, la même voiture semble-t-il s’arrête cette fois devant le bar « À la bonne bière » et agit de la même manière : 5 personnes sont tuées sur le coup. À 21 h 30, un second kamikaze actionne sa ceinture d’explosifs au Stade de France : là encore, seul le terroriste est tué. À 21 h 36, la même voiture fusille encore une fois dans la rue de Charonne; 19 personnes meurent. À 21 h 40, à nouveau au Stade de France, un troisième terroriste actionne sa ceinture d’explosifs, en faisant un blessé grave et quelques blessés légers. À la même heure, une seconde voiture se stationne devant le Bataclan, et trois hommes lourdement armés en sortent. Ils pénètrent dans la salle de concert, où environ 1500 personnes assistent à un concert du groupe Eagles of Death Metal. Ils tuent 89 spectateurs au moins, avant que les forces françaises n’interviennent et tuent l’un d’entre eux. Des négociations sont entamées, sans résultat. La BRI (Brigade de Recherche et d’Intervention, NdLA) lance l’assaut à 00h20, et les deux autres terroristes actionnent leur ceinture d’explosifs. À 21 h 53, au Stade de France, un troisième terroriste se fait sauter, toujours sans faire d’autre victime.

Le groupe Daech a revendiqué les attentats. L’enquête est toujours en cours, mais certains coupables sont déjà identifiés : un Français, originaire de banlieue parisienne et né le 21 novembre 1985, ainsi qu’un individu détenteur d’un passeport syrien –faux cependant- et né en 1990 sont reconnus comme ayant participé à l’attaque du Bataclan. Par la suite, la police et le RAID ont procédé mercredi 18 novembre à un assaut sur une maison où se retranchaient 4 terroristes suspectés, dont le supposé planificateur Abdelhamid Abaaoud., qui est décédé lors de l’attaque. Il est cependant important de rappeler que les réels instigateurs se cachent toujours dans la ville de Raqqa, en Syrie.

Pourquoi attaquer la France? Parce que la France participe activement à la coalition contre Daech. Parce que la France est engagée dans le conflit syrien en soutenant officiellement les opposants de Bachar Al-Assad. Selon Daech, Paris est également le gardien du « temple Sykes-Picot », accord qui, pendant la Première Guerre mondiale, a acté le démantèlement de l’Empire Ottoman, en se partageant de manière totalement arbitraire avec le Royaume-Uni le Moyen-Orient. Parce que la France en interdisant le port du voile intégral dans l’espace public s’est attirée des ennemis. Pourquoi la France? Parce qu’enfin la France est le pays des Lumières, parce que la France est l’un des piliers de l’Union européenne, parce que la France est la cinquième puissance mondiale, et que, comme l’a dit Barack Obama, attaquer la France et ses valeurs, c’est attaquer l’humanité entière. Parce qu’attaquer la France en plein Paris, c’est s’assurer de choquer, de frapper les consciences.

La devise de la ville de Paris, Fluctuat Nec Mergitur : battue par les flots, mais ne sombre pas. Photo © Maxime Callais

La devise de la ville de Paris, Fluctuat Nec Mergitur : battue par les flots, mais ne sombre pas.
Photo © Maxime Callais

Au-delà des faits, reste la stupeur. Dès vendredi soir, les radios françaises recueillaient les témoignages des survivants, faisant état d’un état de panique absolu régnant dans la capitale. Et pour cause, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, jamais la France n’avait été frappée avec une telle violence sur son sol. Le Président de la République François Hollande a d’ailleurs décrété l’état d’urgence dans le pays entier, pour trois mois.

Aujourd’hui, après les faits, il faut réagir. Mais comment? Évidemment, la peur règne. Les amalgames sont faits. La méfiance de l’étranger s’installe. Mais il est absolument nécessaire de montrer à ces barbares qu’ils n’ont pas gagné, qu’ils n’ont rien gagné.

À nos enfants, à nos petits frères et sœurs, aux jeunes, il faut dire et répéter que ceux qui se réclament d’un islam violent et meurtrier ne sont pas musulmans; il faut expliquer que la violence, la méfiance, la crainte n’unissent pas nos sociétés; que nous avons besoins des autres, des étrangers; que les réfugiés ne sont pas à l’origine de ces attaques, pour preuve, cinq des assaillants sont français. Il est plus que jamais nécessaire de ne pas sombrer dans les pensées et revendications extrêmes, qui ne feraient que scinder en deux notre société affaiblie.

Continuons à aller dans les cafés, continuer à aller au Bataclan, continuons à aller sortir entre amis, regarder les matches de foot ou de hockey, sans se soucier de qui est juif, chrétien, athée, musulman, Français, Allemand, Russe, Chinois, Américain, jaune, rouge, vert, bleu…

Continuons surtout de faire comme nous faisons tous les jours, nous lever, et de vivre. Parce que si nous montrons que nous avons peur, cela signifie qu’ils ont gagné. Qu’ils ont mis à terre la France. Alors que non! Des lâches ne mettent pas à terre la France. Ils la blessent, ils la meurtrissent, mais il faut qu’elle se relève, qu’on se relève. Et la France se relèvera.

Sinon quoi?! Demain, je marche jusqu’à mon bureau, sans prendre les transports en commun (peut-être que je vais sauter), sans acheter de cafés à McDo pour mes collègues (peut être que je vais sauter) sans dire bonjour à personne dans la rue, et puis le soir, je ne vais pas aller boire un verre avec les amis (peut-être que je vais me faire tirer dessus), je ne vais plus aller en spectacle. Non, non mille fois non…

Oui, la gueule de bois est là, alors que nous n’avons pas célébré quoique ce soit. Mais oui, elle va passer, et oui demain, après-demain, dans dix jours, nous ferons la fête, parce que nous serons ensemble, en pensant à ceux que l’on a perdu, mais surtout, surtout en montrant à nos ennemis que non, ils n’ont pas gagné. Que oui, nous allons continuer à vivre, parce que nous sommes fiers, parce que nous sommes debout et que jamais, jamais, nous ne nous plierons devant une bande d’écervelés.

Note de l’auteur

Les informations contenues dans cette articles proviennent du site www.lemonde.fr

Elles sont à jour du jeudi 19 novembre 2015.

Mots-clés : attentats (2) Paris (2)



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