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Pourquoi Polysphère a-t-il organisé le Défi-Végé?

Le Défi-Végé est enfin terminé. Pour certains, ce n’était qu’un exercice compétitif. Pour d’autres, une opportunité pour vivre mieux. Au final ce qui compte, c’est l’impacte d’un geste collectif.

Êtes-vous surpris lorsque nous organisons la journée sans voiture? Probablement pas. À peu près tout le monde connaît l’impact environnemental des voitures, mais peu de gens savent que l’élevage d’animaux destinés à la consommation est responsable de plus d’émissions de gaz à effet de serre que les voitures, les avions et les bateaux combinés, soit environ 18 % des gaz à effet de serre produits par l’humain. Comme quoi souvent, en environnement, le plus évident n’est pas nécessairement le plus important.

Les vaches ont détruit ta planète La viande a un impact environnemental immense : 30 % de toute la surface émergée de la Terre est dédiée à l’élevage d’animaux, soit 70 % de toutes les terres agricoles. Au Québec, ce sont 57 % des grandes cultures qui servent à nourrir les animaux et c’est seulement 5 % de l’alimentation des vaches qui provient du pâturage. L’élevage d’animaux nécessite une quantité phénoménale d’eau et d’énergie. Près du tiers des réserves mondiales d’eau douce est utilisé pour le bétail. Comme si ce n’était pas suffisant, cette industrie compte parmi les principales sources de pollution de l’eau. En termes d’émissions, un kilogramme de viande de bœuf produira 27kg de CO2 au cours de son cycle de vie, dont 7kg qui proviennent de sa digestion. En comparaison, un kilogramme de viande de poulet en produira 7kg, alors qu’un kilogramme de Tofu n’en produira que 2kg.

Les impacts environnementaux de l’élevage du bétail sont extrêmement nombreux et peuvent grandement varier d’une région à l’autre selon le climat, les méthodes d’élevage pratiquées et les sources d’énergie utilisées. Premièrement, la consommation de viande nécessite un territoire immense, ce qui mène à la déforestation et à la surexploitation des terres. Elle nécessite aussi une consommation remarquable d’eau, non seulement pour les animaux eux-mêmes, mais aussi pour les champs qui servent à les nourrir. De plus, les restes animaux, les antibiotiques, les hormones ainsi que les pesticides et les fertilisants utilisés dans les cultures fourragères contribuent à la pollution des écosystèmes et à la pollution de l’air. Finalement, le transport de la nourriture vers les animaux, le transport de la viande et l’utilisation d’électricité pour le chauffage et l’éclairage des animaux émettent, dans la grande majorité des cas, des gaz à effet de serre, sans compter les gaz émis directement par les animaux eux-mêmes et l’énergie utilisée pour réfrigérer et cuire cette viande une fois dans nos maisons.

Ces quelques exemples montrent à quel point il peut être difficile d’évaluer l’empreinte écologique globale de l’élevage et donc de remédier facilement à la situation. La consommation de viande elle-même est très différente d’un pays à l’autre. Par exemple, un Indien moyen consomme environ 4.4 kg de viande par année alors qu’un Canadien en consomme environ 94.4 kg, et on estime devoir doubler la quantité de nourriture produite dans le monde d’ici 2050. Le problème de l’alimentation globale est extrêmement complexe et majeur; il faudra, pour y remédier, changer nos habitudes de vie.

Alors, devons-nous tous devenir végétariens? Ne soyons pas naïfs, la nourriture végétarienne nécessite aussi l’utilisation de grands territoires, elle doit, elle aussi, être transportée, réfrigérée et cuite et, surtout, on ne peut pas simplement remplacer un steak par un bloc de tofu.

La viande : correct juste en hiver

Pour réellement comparer le régime végétarien au régime omnivore, il faut les mesurer protéine par protéine et calorie par calorie. Il s’avère qu’écologiquement, le régime végétarien l’emporte haut la main: pour la même quantité de protéine, la viande nécessitera de 6 à 17 fois plus de territoire qu’un produit fait à base de Soja et de 4 à 26 fois plus d’eau dépendamment du type de viande. Ainsi, plusieurs études ont démontré que le régime végétalien était le régime ayant le moins d’impact environnemental et qu’un régime végétarien avait un impact environnemental moins important qu’un régime omnivore moyen équivalent. Une étude conduite en Italie, par exemple, conclut qu’un régime végétalien biologique est beaucoup plus écologique qu’un régime omnivore. Selon cette étude, ce régime aurait un impact près de 4 fois moins important qu’un régime équilibré omnivore non biologique et 9 fois moins que le régime d’un italien moyen. Comme mentionnés précédemment, les impacts peuvent varier énormément d’une région à l’autre. Au Québec, on ne peut pas se procurer de légumes frais locaux à longueur d’année, mais 97% de notre électricité est produite par des barrages hydroélectriques. Alors, ces résultats sont-ils applicables? En été: sans aucun doute. En hiver: difficile à dire. Par contre, une chose est certaine : nous, nord-américains, consommons beaucoup trop de viande; être végétarien sera toujours plus écologique qu’avoir une alimentation centrée sur la viande. À savoir si l’on doit bannir complètement la viande de notre alimentation, la question est plus complexe et dépend de plusieurs aspects culturels, démographiques et géographiques qui sortent du cadre de cet article.

Enweye, force toué un peu

En tant que consommateur, il faut faire des choix éclairés, il faut minimiser ou éliminer notre consommation de viande (surtout la viande rouge) en la remplaçant, le plus possible, par des produits locaux. Il faut tenter de consommer des produits biologiques, car leur impact environnemental est beaucoup moins important. Modifier son régime alimentaire peut être aussi bénéfique que de changer de voiture pour un véhicule moins énergivore. Il faut prendre conscience de ce que nous mangeons. Chaque geste est important: que ce soit de devenir végétalien, de participer aux lundis sans viande ou tout simplement de choisir la pizza végétarienne au lieu de la «meat-lover».

Arrêter de manger de la viande un mois par année n’est pas très difficile, ceux qui ont fait le Défi-Végé peuvent en témoigner, mais les impacts sont réels: en un mois, le Défi-Végé a permis d’épargner environ 25 tonnes de CO2 à la planète, c’est le carbone émis par une voiture qui aurait fait 3 fois le tour de la Terre!




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