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Samedi 14 novembre 2015 : Faire face!

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Des centaines de Français se sont rassemblés spontanément vendredi soir devant le Consulat de France à Montréal. © Maxime Callais

À la base, j’aurais voulu partager avec vous mon ressenti sur les opinions différentes exprimées par les populations canadiennes et françaises vis-à-vis des commémorations du 11 novembre, mais l’actualité en a voulu autrement. Dès lors, autant pour vous partager ce qu’un Français ressent à l’heure actuelle que pour me soigner, je vais écrire cet article sérieusement et pour ceux qui me connaissent, croyez-moi, cela n’arrive pas souvent.

Mon train de vie depuis le début de la rentrée de la session d’automne est assez éprouvant pour moi : entre mes cours, mes projets, mes implications associatives au sein de Polytechnique et de Montréal, j’ai la tête dans le guidon et je voyais dans cette fin de semaine de vacances en France la chance pour moi de freiner un peu, mais le désespoir irrationnel et l’ultime recours à la violence en auront décidé autrement.

Pour ceux d’entre vous qui ne le savent pas encore, il y a eu une vague d’attentats à l’heure actuelle sans précédent ce vendredi 13 novembre 2015 à Paris. Mon but ne sera pas ici d’amalgamer des préjugés pour désigner des coupables ou d’aller chercher dans les faits actuels des raisons pour justifier ces actes : d’autres s’en chargeront bien avant moi. Je souhaite juste partager avec vous ce que je ressens.

Quand j’ai pris le chemin de Montréal il y a plus d’un an, je dois confesser avoir eu le cœur lourd de quitter une vie remplie d’amis aimants et un pays qui, malgré ses multiples défauts, reste mon pays. Je ne pense pas être plus patriote qu’un autre, ni plus haineux envers lui, mais depuis que je réside ici, j’ai du mal à le reconnaitre. En octobre 2014, vous avez subi, pour certains d’entre vous, l’incompréhension et l’impuissance qui m’habite aujourd’hui lorsque Michael Zehaf Bibeau a tué le caporal Nathan Cirillo et s’est infiltré au parlement d’Ottawa pour commettre ce que d’autres ont appelé plus tard un attentat. Trois mois plus tard, c’était à notre tour, Français et Françaises du monde, de vivre un moment d’incrédulité et de stupeur face aux évènements tragiques de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015. Aujourd’hui, sur le sol français au moment de ces terribles attentats, j’ai le sentiment de revivre une fois de plus ces évènements. J’ai comme l’impression d’avoir « vécu » trois attentats. Bien entendu, je ne les ai pas vécus physiquement, mais je les ai ressentis dans ma chair et dans mon âme de Français. Non pas que les lieux visés m’importent tant, cela reste après tout des lieux, ils peuvent être réparés, reconstruits ou repeints. Mais ce qui ne peut être reconstruit, c’est l’horreur vécue par les victimes de ces attentats, horreur qui se doit d’abreuver notre mémoire de ces évènements tragiques pour que tous, nous en tirions les leçons qui s’imposent : non pas que tous les Arabes ou tous les musulmans sont des terroristes qui attendent que l’on s’endorme pour venir nous trancher la gorge dans notre sommeil ou pour nous exploser une ceinture d’explosifs au visage.

Ce qu’il nous faut retenir, c’est que nous pouvons être plus forts que cela! Nous nous le devons pour ceux qui ne le peuvent pas ou qui ne le peuvent plus.

J’étais en train de travailler sur mon rapport de maîtrise quand j’ai appris que ce qui n’était au départ que des simples coups de feu isolés à Paris (sans dire que c’est coutumier, ce n’est pas non plus quelque chose d’impensable) était en réalité une opération terroriste coordonnée de grande ampleur. Et j’utilise en pleine connaissance de cause ce mot terroriste, car c’est là le seul et unique but que ces hommes voulaient atteindre : imposer la terreur à une population civile.

Mais nous sommes tous plus forts que cela!

Bien entendu, mon premier réflexe n’a pas été de brandir fièrement mon drapeau français puis tel une Marianne contemporaine, de monter sur les barricades pour le faire flotter au vent, en arguant à tous d’avancer vers une destinée heureuse. Non, mon premier réflexe a été de rassurer les gens qui me savaient sur Paris et de prendre contact avec ceux qui étaient en France. Mon premier réflexe a été de me sentir rassuré qu’une partie des personnes auxquelles je tiens se trouvent présentement loin de tout ça à Montréal. Mon premier réflexe a été de vouloir protéger les autres et de regretter par la même occasion de ne pas avoir choisi la voie militaire à l’ingénierie. Mon premier réflexe a été de vouloir protéger les autres et pas une seule seconde de me laisser aller à la peur ou à la panique. Oui, je sais, c’est facile à dire quand on ne vit pas les évènements ou qu’aucun de nos proches n’est physiquement touché par ce drame. Mais nous sommes tous touchés moralement par cet attentat physico-psychologique qui vise à immiscer la terreur dans nos esprits.

Et vous savez ce que j’ai vu autour de moi par le biais des réseaux sociaux? Des gens qui pensaient pareil. Des gens qui ouvraient leurs portes à des inconnus sous le mot-clic #PorteOuverte pour qu’ensemble ils se protègent et se rassurent. Des patrons de bar et de restaurants qui ferment leurs rideaux avant que les terroristes n’arrivent pour protéger les citoyens qui se trouvent dans leurs enceintes. De simples passants qui viennent en aide à des inconnus en sang pour les soigner et les rassurer. Des gens encore capables de sourire aux autres parce que, sans un sourire, tout est perdu.

Alors oui, tout n’est pas aussi idyllique quand on voit certains passants prendre des photos ou des vidéos des lieux visés et que l’on peut s’interroger sur l’efficacité des services de renseignement français, mais ayez foi. Ayez foi en vous-mêmes et en ceux que vous chérissez pour faire avancer les choses vers le mieux!

Comme beaucoup d’entre vous après les attentats de Charlie Hebdo ou l’attentat du parlement d’Ottawa, je me suis couché la tête lourde et l’esprit empli de doute, sans réellement compter dormir. Mais le lendemain, quand je me suis réveillé, un seul sentiment m’habitait : celui que demain serait meilleur qu’aujourd’hui. Que nous tous qui avons deux bras, deux jambes et une tête qui fonctionne bien sur ses deux épaules, nous avons de la chance et c’est pourquoi nous devons la faire vivre chaque jour pour ceux qui ne le peuvent plus, pour ceux qui nous ont quittés.

« Pour que d’autres vivent, n’oublions jamais ceux qui nous ont quittés »




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.