Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Alors, vous avez voté?

Je me suis rendu au bureau de vote après le travail. Le hall d’entrée d’église était exigu mais heureusement la file était courte et il n’y avait pas un seul idiot avec un sac de patate sur la tête en vue. Voyant mon âge, le greffier et la scrutatrice mon chaleureusement félicités. Je me suis questionné. Étais-je entrain de donner une crédibilité à un système pourri, à un état déconnecté des gens, à la solde des lobbyistes et des financiers? Où étais-je entrain d’accomplir le plus beau geste qui soit, le devoir sacré du citoyen par lequel la volonté du peuple s’exprime? Probablement un peu des deux.

C’est fascinant de voir la fracture dans le discours publique. D’un côté on attaque sans gêne le système électoral, avec ses discours vides, ses réponses floues, ses enjeux superficiels. De l’autre, on invite on vote, on s’époumone sur la beauté de la démocratie, sur le devoir des électeurs. Les politiciens se désolent du cynisme de l’électorat, pourtant ils s’efforcent à débattre le moins possible des enjeux, préférant les attaques, les réponses toutes faites et les touchantes anecdotes familiales. Les journalistes aussi s’attristent du désintéressement de la population. Toutefois, après les débats, ils n’analysent pas les positions des chefs. Pas besoin, les plateformes ont été survolées en quelques minutes sur un bel écran géant. Ils discutent plutôt de la forme, du ton, de l’aplomb des réponses et de l’acidité des réparties.

 

Bon, comme vous voyez, la mi-session, ça me met de mauvaise humeur. En toute honnêteté, les électeurs avaient de bonnes raisons de se présenter aux urnes cette semaine. Les conservateurs devaient partir et la majorité des canadiens le pensait. Ce qui m’attriste par contre, c’est que cette apologie du vote, comme action démocratique par excellence, ne s’étende pas aux autres aspects de la vie publique. Voter est certainement utile. Un peu ou beaucoup : je vous laisse à vos conclusions personnelles. Reste que cet acte isolé qu’on reproduit aux quatre ans n’est pas suffisant.

 

L’implication à la vie publique ne peut pas seulement être ponctuelle. Des centaines d’autres façons existent pour faire entendre notre voix. Pour les fans d’intérieurs, il y a les consultations publiques, les pétitions, les discussions entre amis, les dîners causerie, les regroupements, les associations, les articles d’opinions, les chansons engagés. Pour les fans de plein air et d’activité physique, il y a les manifestations, les marches, les sit-in, les vigiles, les contre-manifestations, les occupations et les blocages de ponts. L’important, c’est que les débats d’idées et les remises en questions ne s’arrêtent pas avec la fin de la campagne. Voulez-vous vraiment que votre démocratie se limite à ce qui s’est dit durant les 78 derniers jours?

 

L’action politique ne peut pas seulement être électorale, car elle ne peut uniquement être partisane. Le contexte partisan fini toujours, même avec les bonnes intentions, par gommer l’essentiel. Il s’embourbe dans la stratégie, dans les lignes de partie et dans les déclarations biaisées. Je ne suis pas en train de dire qu’il ne faut pas s’impliquer dans un parti politique. Ceux qui le font ont la politique à cœur, et leurs efforts doivent être applaudis. Cependant, ceux qui croient que c’est la seule façon de changer les choses ont tord, et ils font partie du problème.

 

Ainsi, quelques jours après la défaite de Sauron, oups, de Stephen Harper, il ne faut pas oublier que le combat pour les choses qui nous tiennent à cœur, que ce soit la justice sociale, l’environnement ou les droites des femmes, n’est pas terminé. Allez, bonne mi-session à vous et joyeux halloween!




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.