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Entrevue : Poly-Théâtre « Le Voyage de Victor »

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Victor est hanté par ses démons. Photo © PolyPhoto

Interview avec Faiza, metteur en scène de la nouvelle pièce de Poly-Théâtre « Le Voyage de Victor », qui s’est jouée la semaine passée au centre d’essais de l’UdeM.

PBonjour, peux-tu te présenter pour nos lecteurs?

Faiza Bonjour, je m’appelle Faiza, je suis en maitrise en gestion de projets, c’est ma dernière session. Je suis à Polytechnique depuis 2011, et là c’est ma deuxième mise en scène pour Poly-Théâtre.

 

PLa représentation générale vient de se terminer, il est 23h00, comment te sens-tu après cette grosse heure et demie de spectacle?

FD’abord je me sens fatiguée, on y a passé toute la journée. On était ici à 10h du matin, on a passé toute la journée à déplacer les décors du local à la salle, à finir les derniers préparatifs, à monter les éclairages avec les techniciens, donc d’abord c’est la fatigue. Ensuite, le soulagement. Ça s’est bien passé, mis à part quelques lumières ; quand on est metteur en scène on remarque tous les petits détails qui ne vont pas, et une générale est supposée mal se passer, mais là ça a été donc soulagée. Je suis aussi terrorisée, parce que le show arrive, et puis je ne sais pas l’accueil que le public va réserver à ma vision de la pièce. Mais confiante, j’ai confiance en mes comédiens, j’ai confiance en ma technique, j’aime les voir, ils sont beaux.

 

PTu as commencé la répétition en leur disant « Il va y avoir des bugs, de sons, de lumières, mais vous vous n’allez pas vous tromper ». Est-ce que tu es contente d’eux?

FAbsolument : à un moment donné, il y a eu un black (une erreur de lumière, NdlR) sur scène mais ils ont continué à jouer, ils ont gardé leur concentration et c’est ça qu’on fait à Poly-Théâtre : quoiqu’il arrive sur scène, l’important c’est de garder sa concentration et de réagir dans son personnage, puis ils l’ont tous très bien faits… ils sont géniaux! [rires]

 

PParlons de toi, en tant que metteur en scène, quel est ton rôle?

FIl y a deux rôles importants dans la pièce : la production, gérée par Juliette la directrice de Poly-Théâtre et le metteur en scène. Mon rôle c’est de gérer le côté artistique et humain surtout. J’ai présenté ma pièce et ma vision, j’ai taché de rassembler les comédiens autour de cette idée, de faire en sorte de les motiver pour qu’ils y participent et qu’ils l’enrichissent, et voilà.

 

PComment as-tu choisi la pièce?

FEn fait je n’ai pas choisi la pièce, j’ai choisi l’auteur. L’auteur, c’est Nicolas Bedos, c’était un chroniqueur dans une émission de télévision française (On N’Est Pas Couché, ndlr), et j’aime beaucoup la façon dont il écrit ses chroniques. Je me suis renseignée sur lui, j’ai appris qu’il avait publié deux pièces de théâtre. J’ai acheté le livre, je les ai lues, et je les ai mises en scène. La première s’appelait « Promenade de santé » (mise en scène l’année dernière). J’aime beaucoup le texte, j’aime beaucoup le côté rapports entre les gens, rapports humains, il a une vision de l’amour qui n’est pas forcément… [hésitation]. Cette pièce-là quand je l’ai lue la première fois j’ai pleuré, et j’ai eu envie de la mettre en scène.

 

PComment as-tu choisi l’attribution des rôles? Il y a deux comédiens qui sont principalement sur scène, les autres tournent un peu plus, peux-tu détailler?

FÀ Poly-Théâtre, il n’y a pas d’audition. Le metteur en scène fait une lecture, présente sa pièce aux gens, et leur explique comment va se dérouler la pièce. Ici, c’était un peu compliqué parce que certains rôles sont muets, donc pas très attrayants, mais j’ai essayé quand même. Ensuite, les comédiens inscrivent les rôles qu’ils souhaitent et après, en fonction de mon ressenti, je choisis la personne que je vois le plus dans ce rôle. Ensuite, c’est du travail acharné, de la sueur, et on regarde ce que ça donne.

 

PPour revenir sur la pièce, peux-tu nous la décrire?

FLa pièce, à l’origine, est écrite pour deux personnages. Ça parle de l’histoire d’un homme, Victor, qui perd la mémoire et qui la retrouve au fur et à mesure de la pièce. Avec lui il y a une femme, on ne sait pas pourquoi elle est là, mais elle veut l’aider à retrouver sa mémoire.

Au travers des scènes, on découvre son passé tragique, on découvre que son fils s’est suicidé, qu’il l’a accompagné dans son suicide, et c’est tellement violent qu’il perd la mémoire. La femme est la mère de l’enfant, et elle veut savoir ce qui s’est réellement passé, ça la ronge. Voilà pour la pièce.

Après, moi, quand je l’ai lue, je me suis dit « c’est une belle chose, on raconte l’histoire de cet homme qui a perdu son fils et la relation qu’il a avec sa femme ». Mais je me suis dit, « on ne s’intéresse pas à l’histoire du fils ». On parle d’un couple, de deux personnes qui ont divorcé et qui au cours de leur vie se sont lancés leur fils comme une « espèce de cadeaux empoisonné » comme la mère le dit, mais je me suis dit « Il n’y a pas assez d’accent sur le fils ».

Et la meilleure façon que j’ai trouvé pour remettre l’accent sur lui, c’est de raconter son histoire à travers les chansons de Jacques Brel. J’adore Brel, les gens ont des religions, moi j’ai Jacques Brel [rires]. Il sait très bien représenter cette douleur qu’on ressent dans la vie, le rejet d’une certaine société, d’un certain système qui fait que on peut devenir complètement fucké, sans que ce soit la faute de qui que ce soit.

 

PD’accord. Aurais-tu un dernier commentaire pour nos lecteurs?

FEn général, j’ai l’impression que les gens ne sont pas beaucoup intéressés au théâtre, et j’ai juste envie de leur dire : venez essayez, on ne fait pas que du théâtre classique, ce n’est pas que du « Ô diantre, Madame de Pompadour ». … C’est quelque chose de très beau, il y a vraiment un lien qui se crée entre les comédiens dans le processus de réalisation d’une pièce. Une pièce c’est beau à voir, c’est beau à jouer, donc venez nous voir, venez nous voir sur scène, venez-vous rendre compte que c’est vraiment fun, que ça permet de se développer de plusieurs façons…

 

Et tout le monde est capable de le faire : il y a une phrase que Jacques Brel a dit dans une de ses interviews, qui moi est un monter dans ma vie : « Le talent c’est d’avoir envie » ; le reste c’est de la sueur, de l’acharnement de la discipline. Je pense que les gens devraient avoir cette vision : moi j’ai découvert le théâtre avec Poly-Théâtre, ma première pièce je l’ai découverte en 2011, et j’ai découvert une passion, et maintenant je suis mordue, il me faut ma dose de théâtre chaque année. J’ai juste envie de dire aux gens « osez, venez, on est sympa et on accepte tout le monde ».

Pour plus d’informations

 

Poly-Théâtre local C-231.8

http://step.polymtl.ca/~theatre

 

Prochaines lectures à venir sur le site internet

 

Défi 24h00 le 23 et 24 octobre

La valse à trois temps de Jacques Brel accompagne merveilleusement bien les comédiens sur scène. Photo © PolyPhoto

La valse à trois temps de Jacques Brel accompagne merveilleusement
bien les comédiens sur scène.
Photo © PolyPhoto




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.