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Libéral la tête dans les nuages

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Parmi les débats monocordes et gris qui font vivre la course au poste de Premier Ministre du Canada, il y en a un qui sait faire tendre l’oreille aux curieux.

À l’aube des élections fédérales, le Canada entier valse au rythme des promesses, des attaques et des débats politiques. Les sujets abordés lors de cette campagne, bien qu’évoqués de manière cyclique, sont variés et les différents partis mettent les bouchées doubles pour pouvoir asseoir leur position sur le plus vaste éventail de terrains de délibération.

 

Au travers de ce houlement politico-médiatique surgit l’inévitable sujet de la légalisation du cannabis à des fins récréatives. C’est à cet instant que l’équipe libérale, menée par Justin Trudeau, s’affirma catégoriquement en faveur de la création d’une telle législation. Les Libéraux vont jusqu’à clamer que l’actuelle loi criminalisant l’utilisation et la vente de cannabis au Canada ne fonctionne pas. En effet, ils pointent le fait qu’elle n’empêche pas les citoyens de s’en procurer (en avril 2013, l’UNICEF statuait que le Canada était le leader mondial de consommation de marijuana chez les adolescents dans les pays développés), qu’elle inonde le système judiciaire, ce qui entraîne des coûts faramineux pour les contribuables et qu’elle empêche le pays de profiter d’un trop grand nombre de travailleurs canadiens qui auraient un dossier criminel maculé par une arrestation en lien avec ladite drogue. Trudeau et ses partisans désirent radier toute mention de la consommation de cannabis par les adultes dans le Code criminel et renforcer les lois et sanctions visant ceux qui tenteraient d’en vendre aux mineurs.

 

À premier abord, cette décision semble très défendable et elle signerait un demi-tour quasi total par rapport aux juridictions auxquelles est sujette cette substance aujourd’hui. Effectivement, la loi actuelle ne permet que l’usage médical de la marijuana, réservé aux détenteurs de permis et de prescriptions, et l’allocation des permis de culture est administrée par Santé Canada.

 

Ce qui fait tiquer mon âme citoyenne est la notion, non-négligeable, que le directeur administratif et financier du parti Libéral, Chuck Rifici, est un des plus grands producteurs légaux de cannabis au pays.

 

À 39 ans, Rifici est le premier Pot Millionaire du Canada. Titulaire d’un diplôme en génie informatique de l’Université d’Ottawa, puis d’un MBA de l’Université Queens, il se lance suite à ses études dans la mise sur pied d’une entreprise de communication puis dans des start-ups liées au domaine logiciel. Ce n’est qu’en 2014, lorsqu’une nouvelle loi permit à Santé Canada de délivrer des permis de culture de cannabis, que Rifici se lança pieds joints dans ce marché lucratif. En août 2014 fut fondée Tweed, une des premières entreprises de culture massive de cannabis médical au pays. Sans grande surprise, Rifici obtint une licence de la part de Santé Canada rendant sa compagnie légitime. Il s’est depuis retiré du poste de directeur général de Tweed (gardant tout de même sa place au sein du conseil d’administration), une décision drôlement synchronisée avec ses prises en fonction dans le Parti Libéral en tant qu’administrateur financier, tout en accédant au poste de directeur d’Aurora, une autre entreprise de culture de cannabis basée en Alberta.

 

Il est difficile de ne pas remarquer ce magistral conflit d’intérêt présent à l’épicentre même du Parti Libéral. Les pions semblent curieusement bien placés pour Rifici et ses associés s’il advenait une certaine légalisation du cannabis. À ce qu’on dit, les bons comptes font les bons amis.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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