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Voter avec ses émotions

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Cette femme inquiète plus les Canadiens que la récession

Ou comment les politiques utilisent la polémique et les faux-débats pour détourner la population des vrais enjeux électoraux.

Pensez à ce qui fâche les gens, à ce qui les choque, à ces sujets de discussion qui gâchent les réunions de famille, à ces chicanes qui animent votre fil d’actualité Facebook. Pas le financement de la culture, encore moins le projet de loi C51. Whhoua… Ces seuls mots vous ont peut-être déjà arraché un bâillement !

 

Non, ce qui mène les gens à se unfriender, c’est plutôt ce genre de question :

« Est-ce qu’on devrait laisser Mme Unetelle, future canadienne, couvrir le mouvement de ses lèvres derrière un tissu (niqab) alors qu’elle jure allégeance à notre Souveraine, Élisabeth II? »

 

Quelle importance? Eh bien, contrairement à ce que le parti de M. Harper répète ces jours-ci, il y a en effet peu de chance que le voile de Mme Unetelle vienne chambouler vos vies. En fait, sans les politiciens, la couverture médiatique des choix vestimentaires de Mme Unetelle aurait probablement été semblable à celle de votre camarade de classe en génie logiciel, qui porte un chapeau fedora avec une petite plume au-dessus.

 

La vérité, c’est qu’il est beaucoup plus difficile de faire l’amalgame entre les chapeaux à plume et l’islamisme radical, ce qui explique que votre collègue n’ait jamais fait la Une du Journal de Montréal.

 

En revanche, le niqab qui fait les manchettes, comme en ce moment, c’est une belle réussite pour les stratèges du Parti conservateur. Ils ronronnent de plaisir car ils savent que plusieurs citoyens, après s’être copieusement indignés qu’on puisse devenir canadien le visage couvert, vont entretenir cette indignation jusqu’au soir de l’élection. En marchant aux urnes, ils auront peut-être une pensée pour le seul parti qui a promis de légiférer fermement contre le niqab, dans les 100 jours après leur élection : le Parti conservateur! Et cette pensée, ces malins stratèges l’ont compris, pourrait bien ce soir-là guider votre crayon vers la case de leur parti.

 

Évidemment, légiférer contre le niqab, cela passe par un procès en Cour suprême. Des millions de dollars de fonds publics dépensés en frais de justice, dans un pays présentement en récession. De plus, faut-il le rappeler, ce genre de débat contribue à stigmatiser la communauté musulmane au Québec. Cette « majorité silencieuse » musulmane, pourtant très bien intégrée, est la vraie victime de cette incessante chasse aux sorcières contre les niqabs. Mais bon, les dépenses en justice, les communautés culturelles, ce n’est pas ça qui va animer vos réunions de famille, c’est beaucoup plus divertissant de râler contre les foulards.

 

Diviser pour régner

 

Cela fera bientôt un mois que les Conservateurs ont fait appel aux services du gourou des élections Lynton Crosby. Ce stratège politique australien est bien réputé pour manipuler habilement l’opinion des électeurs afin de servir les intérêts des partis qui l’engagent.

 

Il a notamment permit la réélection du premier ministre australien, en 2001, en exploitant la peur des migrants, avec des slogans tels que : « Nous décidons qui vient dans ce pays ».

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que M Crosby n’a pas tardé à trouver ce qui fait peur aux Canadiens : le niqab est l’épouvantail parfait, que les Conservateurs peuvent maintenant agiter pour détourner l’attention de leur fiasco économique et de leur mépris pour les lois et les libertés. Espérons que les Canadiens ne se laissent pas manipuler aussi facilement!




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.