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Élections fédérales : la victoire du non-enjeu

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Élections 2015. globalresearch.ca

La politique canadienne est un monde fascinant. D’une victoire possible du NPD, à une lutte à trois, pour finir avec une victoire annoncée des conservateurs, on ne s’ennuie pas chez les sondeurs. Ce qui me frappe, ce n’est pas tant les montagnes russes des intentions de vote, mais bien la terrible insignifiance des enjeux qui marquent cette fin de campagne.

 

La crise a été habilement orchestrée par le Parti Conservateur. Le gouvernement était déjà bien au courant qu’un jugement précédent de la cours concluait qu’il était possible de porter le niqab lors de la cérémonie de serment de citoyenneté canadienne. Il n’a pas levé le petit doigt pour voter une loi pendant ses quatre ans de pouvoir pour empêcher le serment à visage voilé, préférant plutôt émettre une directive ministérielle. Or, il ne faut pas un bacc en droit pour s’en rendre compte, une directive de ce genre ne peut pas avoir préséance sur la loi, et l’annulation de la directive par les tribunaux était aussi légitime que prévisible. Les conservateurs se servent maintenant de cet enjeu comme levier électoral, criant haut et fort qu’ils ne se plieront pas devant la Cour et qu’ils passeront une loi pour protéger les valeurs canadiennes de cette attaque ignoble que représente un serment de citoyenneté à visage voilé. Lire le sarcasme.

 

Les conservateurs ont donc propulsé dans la campagne cet enjeu, qui s’est avéré providentiel pour eux au chapitre des intentions de votes. Soudainement, l’idée que des futures citoyennes puissent prêter serment à la reine à visage découvert est devenue une véritable obsession pour biens des électeurs (et médias). À quoi bon discuter de problèmes sociaux, de pauvreté, de politique internationale ou d’économie? Les deux femmes ayant portée le niqab lors de leur assermentation (vous avez bien lu, deux) ont complétement éclipsé la campagne électorale et ont réveillé l’ardeur endormie du public. Le Bloc a embarqué dans le débat, avide d’enfin trouver une façon de remonter dans les intentions de votes.

 

Ceux qui, comme moi, ont crié à l’insignifiance du débat se sont fait répondre par les cris offensés des bloquistes et conservateurs froissés. « Mais moooooooonsieuuur, c’est une question de principe, de valeur! ». La cérémonie de citoyenneté canadienne et son serment à la reine, une valeur essentielle à un parti souverainiste? On aura tout vu. Stephen Harper a aussi accusé les libéraux et le NPD d’aller à l’encontre des valeurs québécoises. Traitez-moi d’idéaliste, mais je préfèrerais que nos valeurs collectives passent par la solidarité, l’empathie et la paix plutôt que la garde-robe d’une poignée de citoyennes.

 

Au-delà des stratégies électorales, ce qui me préoccupe le plus, c’est le bon vieux relent de xénophobie qui s’élève de toute cette affaire. Comprenez-moi bien, je ne dis pas que le fait de s’opposer au port du niqab lors de la cérémonie de citoyenneté est, en soi, une position raciste. Par contre, l’impact médiatique de l’enjeu et la forte réponse populaire à une question anecdotique sont des signes que cette histoire brasse des eaux nauséabondes. Comment expliquer sinon que tout un peuple se sente menacé, dans ses valeurs et son identité, par l’assermentation de quelques personnes? Comment expliquer qu’un enjeu comme celui-ci parvienne à chambouler le paysage électoral? Au cœur de cette réaction, on retrouve la peur de l’autre. Sous le couvert d’une question « de valeur », c’est de notre relation avec l’étranger dont on parle.

 

Paradoxalement, le niqab a complétement ramené par la porte arrière un autre thème fort de la campagne, soit la crise des réfugiés syriens. Après l’élan de solidarité du mois dernier, on assiste maintenant, particulièrement sur les réseaux sociaux, à une recrudescence des discours haineux. Les thèmes en sont aussi vieux que le racisme lui-même : la peur que quelques milliers d’immigrants menacent les valeurs et le style de vie des bons habitants. Deux enjeux, un seul constat : il reste du travail à faire avant de se débarrasser du racisme au Québec (et au Canada). Les discours racistes se voilent de bonnes intentions : défense des droits des femmes, défense des symboles démocratiques, guerre au terrorisme… Pourtant, c’est la peur et l’incompréhension qui font vendre ces idées, et non la défense de principes vertueux. Stephen Harper se porte à la défense des femmes? Ridicule! Son parti, dont la ministre de la condition féminine est pro-vie, a coupé dans les subventions pour les organismes de santé reproductive et de défense des droits des femmes.

 

Si le Parti Conservateur est reporté au pouvoir le 19 octobre, ce qui risque fort bien d’arriver, après une remontée propulsée à coup de niqab, ce sera la victoire de l’insignifiance électorale, de la peur et de l’intolérance. Ce gouvernement a saccagé la recherche scientifique au pays, il a balancé aux poubelles les questions environnementales et détruit la réputation internationale du Canada. Espérons qu’il reviendra, fort et victorieux, pour nous sauver de deux visages voilés!




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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