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Opinion : Charlie Hebdo

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Charlie Hebdo. charliehebdo.fr

Le 15 septembre dernier, le journal satirique français Charlie Hebdo défrayait la chronique, après la parution de caricatures « choquantes », « provocantes », « exagérées » concernant la mort du jeune Aylan, retrouvé noyé sur une plage turque après que sa famille ait essayé de traverser de Turquie vers la Grèce.

Que ceux qui hurlent déjà au scandale, à l’immolation sur la place publique, au sacrilège, que ceux-là nous permettent quelques rappels.

Tout d’abord, le principe même de la caricature est de choquer. C’est là sa seule utilité, sa raison d’être. Une caricature appelle le lecteur à se poser des questions, à réagir. Dans notre société désormais grandement passive, à qui il faut expliquer comment penser, pour qui voter, pour qui ne pas voter, un tel medium est plus que nécessaire ; dans le cas d’Aylan, l’impression obtenue est qu’il a fallu attendre ce drame pour que l’Europe (le monde ?) se rende compte de ce qui se passait réellement en Syrie. Pourtant, l’ami Bachar massacre à tours de bras depuis plus de 4 ans…

 

D’autres voix se lancent également dans le thème du « ils cherchent, ils vont encore trouver, à faire des caricatures sur ces sujets-là ».

Au-delà de l’aspect passablement douteux du commentaire, celui-ci témoigne encore une fois d’une profonde méconnaissance à la fois du mot « satire » et du contexte dans lequel celle-ci est utilisée. La satire est l’appel à l’humour noir, grinçant, pour – encore une fois – bousculer le lecteur et le sortir de sa zone de confort.

 

Quant au contexte, Aylan est décédé le 2 septembre. Le 31 août, en France, c’était la rentrée des classes. Traditionnellement, à cette période, les journaux télévisés titrent sur les mignons petits bambins qui arrivent dans la cour des grands, pleurent parce qu’ils quittent leurs mamans ; et ça n’a pas manqué. Ces mêmes reportages inutiles et nombrilistes ont été diffusés, alors même que les migrants meurent par centaines depuis le début de l’été. L’objectif de la caricature était donc d’attirer l’œil du lecteur sur une situation bien plus dramatique et importante que celle de nos chérubins en larmes. La caricature témoigne également du décalage considérable entre les préoccupations des « Occidentaux » (manger McDo, sauver 2 euros sur un hamburger) et celles des migrants, pour qui le choix est « la mort en Syrie, sous les balles des terroristes de l’État islamique, celles du gouvernement officiel ou celles des rebelles » ou bien « la fuite par la Grèce, coûte que coûte ».

 

Alors, que l’on nous permette ce commentaire : avis aux ignorants, qui jugent sans connaître, précipitamment et sans prendre de recul : heureusement que certains journaux osent encore, comme Charlie le fait, choquer. Heureusement que tous les journalistes n’ont pas cette préoccupation du «  olitiquement correct », faute de quoi vous seriez vraiment des légumes.

 

Il ne s’agit pas d’aimer ou non Charlie, il s’agit d’abord, et avant tout, de comprendre leurs messages. Et ce n’est pas facile pour tout le monde.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.