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Critique cinéma: Le Mirage

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Le Mirage. lecourrierdusud.ca

Le Mirage (2015) de Ricardo Trogi, avec Louis Morissette, Julie Perreault, Christine Beaulieu, Patrice Robitaille.

Par Pierre Jules Arnaud

Patrick Lupien (Louis Morissette) se heurte à la réalité de la vie de banlieue rêvée, père de famille et propriétaire d’un magasin franchisé, la routine et les crédits finissent par le rattraper.

 

Dans cette fresque sur la lassitude et l’illusion du bonheur, Ricardo Trogi n’a rien inventé. La mise en scène est évidente et le sujet déjà couvert se cherche un peu d’originalité. Dure introduction pour un film finalement plaisant mais qui pêche par son inégalité. Les séquences alternent entre bonne trouvailles, avec une bonne utilisation du montage et du découpage, et séquences monotones, clichées, où le montage nous perd et seules les prouesses de l’opérateur Steadicam sont à sauver.

Ces longues séquences sans montage participent un peu à une lenteur double face, le manège de la caméra illustre un peu le rythme de vie sur « autopilote » que mène Patrick et nous plonge donc dans son ennuie. La contrepartie du procédé fait que le film est ponctué de longueurs peu agréables. Une petite séquence m’a plu pour son élégance et sa justesse, il s’agit de la découverte du club échangiste, aidé par une superbe image au ralenti sous une musique bien rétro année 80.

 

En dehors de tous ces aspects techniques, le film nous offre une vision moderne de l’illusion du bonheur, du « mirage » de la réussite. À l’heure de la fameuse obsolescence programmée et donc de l’ultra consumérisme, qu’en est-il de notre perception des relations humaines ? Le filtre de la piscine est brisé après seulement 3 ans, il faut le changer, la télé est trop petite et plus assez HD, changeons-la, mon cellulaire n’est pas assez mince et intelligent, heureusement le 6 vient de sortir ! Mais que se passe-t-il si votre femme n’est plus aussi mince et intelligente ? si votre meilleur ami n’est plus aussi drôle qu’avant ? On peut acheter des nouvelles boules à sa femme pour lui redonner un peu d’intérêt, ou alors se tourner vers sa meilleure amie plus en shape. Bien sur le film n’est pas là pour vous apporter les réponses magiques à ces questions, à supposer qu’ils y en aient. Il se propose plutôt comme remue méninges, se questionne sur le bonheur et la réussite. Si l’art est subjectif, l’art de vivre sa vie l’est aussi, car vivre dans un carcan aussi bien présenté soit-il mène inéluctablement à l’asphyxie.

 

PS : Voir ou revoir American Beauty de Sam Mendes, sur un sujet similaire mais avec un traitement dramatique et une beauté sans fin.




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