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La chronique de Polysphère: À quand la fin des poubelles?

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Photo © PolySphère

Le recyclage est trop souvent le symbole de la protection de l’environnement; certes, jeter son petit pot de yogourt dans le bac de récupération soulage la conscience écologique, mais ne le fait pas disparaître pour autant. Pour mieux comprendre le parcours de notre petit pot de yogourt jusqu’à sa transformation en banc de parc, il faut d’abord connaître la situation québécoise dans le domaine de la gestion des déchets.

Un réel système de gestion efficace n’existe que depuis quelques années, en fait, avant les années 2000, très peu d’efforts ont été fournis par le gouvernement afin de réduire la quantité de déchets enfouis. Le premier plan de gestion des déchets (1989-2000) fut un échec lamentable se soldant par une augmentation de 20% de l’enfouissement alors qu’il visait une diminution de 50%. Le plan de gestion des matières résiduelles de 1998-2008, quant à lui, entama le processus de réduction de l’enfouissement, mais ses objectifs, peut-être trop ambitieux pour l’époque, ne furent pas atteints.

 

Aujourd’hui, c’est le plan 2011-2015 de la vaste Politique 2011-2020 sur la gestion des matières résiduelles qui fixe les objectifs du Québec. Ce plan vise notamment 70% de recyclage du papier, du carton, du plastique, du verre et du métal résiduels d’ici la fin de 2015. Or, en 2012 seulement 59% de ses déchets étaient recyclés et cela ne représentait qu’une très faible amélioration par rapport à 2008… Où en sommes-nous aujourd’hui? Difficile à dire puisque les entreprises de recyclage ne sont pas tenues de divulguer l’information concernant leurs activités. Il est donc impossible de savoir avec certitude quelles quantités de matière sont réellement recyclées ou vendues chaque année. Le Plan d’action prévoit l’élaboration d’un règlement sur les déclarations obligatoires de ces entreprises, reste à voir si cette mesure sera appliquée, comme prévu, d’ici la fin de l’année. La Politique 2011-2020 prévoyait d’ailleurs, pour atteindre ces cibles, d’interdire l’élimination du carton et du papier d’ici 2013; cet objectif est maintenu , mais force est de constater qu’il n’a pas été atteint dans les délais… Autre visée ambitieuse de la Politique: interdire l’élimination de la matière organique putrescible d’ici 2020. Est-ce possible? En ce qui a trait à la matière organique, le Québec s’est grandement amélioré dans les dernières années. En 2008 seulement 12% de la matière organique était valorisée alors qu’elle est maintenant recyclée à environ 25%, mais nulle ne sait si cette amélioration se reflètera sur les années à venir.

 

Qu’en est-il de notre pot de yogourt? Comme la totalité des 200 000 tonnes de matières recyclables produites chaque année par les Montréalais, il sera acheminé vers le centre de triage du Complexe environnemental de Saint-Michel. Il sera ensuite vendu à des recycleurs de plastique qui le transformeront en résine. Celle-ci pourra ensuite être utilisée par exemple pour construire des bancs de parc! En fait, le recyclage des papiers, des cartons, des plastiques et des verres est bien établi à Montréal et le taux de récupération reflète bien celui de la province. Par contre, en ce qui concerne la récupération des matières organiques, la métropole est en retard de plus de 5 ans sur le reste du Québec: seulement 13% des déchets ont été recyclés en 2013, de quoi jeter des doutes sérieux sur l’atteinte des objectifs de la Politique de gestion des matières résiduelles. Pour pallier à la situation, la ville souhaite construire 4 centres de traitement des matières organiques d’ici 2019 afin d’atteindre un objectif de 60% de valorisation des déchets organiques d’ici là. N’oublions pas, Québec souhaite interdire l’enfouissement d’ici 2020… Il semble manquer quelques tonnes de pelures de banane dans l’équation…

 

Quel est le rôle du mangeur de yogourt dans tout ça? Tout d’abord, il doit connaitre la base de la gestion des matières résiduelle, le 3RV-E: Réduction, Réemploi, Recyclage, Valorisation et Élimination. Ces concepts sont présentés en ordre de priorité, l’idéal étant évidemment de ne pas produire de déchets donc de réduire la quantité de déchet produit en réduisant, par exemple, sa consommation. On préconisera ensuite la réutilisation des produits sans les modifier; la réutilisation des bouteilles de bière, par exemple, ou, chez les citoyens eux-mêmes, la réutilisation des vêtements. Viennent ensuite le recyclage et la valorisation qui sont des concepts très similaires qui consistent essentiellement à transformer les déchets en produits qui pourront retourner sur le marché. Finalement, quand les déchets ne passent par aucune de ces étapes, ils sont éliminés par l’enfouissement ou l’incinération, c’est ce «E» que l’on tend à éliminer. En 2012, 724kg par habitant de matières résiduelles étaient éliminés, la cible étant de 700kg pour 2015. On constate que les deux premiers R concernent directement la population productrice de déchets (le mangeur de yogourt). Ainsi, pour faire sa part, il faut donc, le plus possible, réduire sa consommation et tendre vers la réutilisation des biens. Ce sont les bases de l’économie circulaire dont nous avions déjà parlé l’an passé, de quoi boucler la boucle!

 

En somme, il reste encore beaucoup d’effort à faire avant d’atteindre une gestion parfaite des matières résiduelles. La ville de San Francisco par exemple qui compte plus 4,5 millions d’habitants a pour objectif zéro déchet d’ici 2020. En 2014, elle avait atteint 80% de cet objectif. Nous sommes encore bien loin d’une telle cible, mais c’est avec des petits gestes comme celui de notre mangeur de yogourt que nous parviendrons à nos fins.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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