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Un rhinocéros dans la course

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Le Rhinocéros de Dürer (1515), l’emblème du parti.

Privatiser la Reine, nationaliser Tim Hortons, fusionner Cuba et le Québec… Quel parti peut bien faire de telles promesses? Coup de projecteur sur le Parti Rhinocéros, un grain de sel qui pourrait donner du goût à une campagne électorale interminable.

Le Canada est fatigué. Voilà plus de deux mois que la campagne électorale pour les élections fédérales a démarré, et depuis ce premier jour, les observateurs de tous bords ne cessent de répéter qu’il s’agit là de la plus longue campagne que le pays ait connue. Cela en dit long sur l’enthousiasme qui règne. Une telle durée aurait pourtant pu réjouir les plus assidus des amateurs de politique : que de débats et de passionnants échanges en perspective! Hélas, la politique étant ce qu’elle est, ce bel esprit démocratique a souvent tôt fait de se transformer en un spectacle quelque peu navrant, usant pour les électeurs qui ne souhaitent plus qu’en finir, que ce soit en allant aux urnes ou en s’en détournant.

La naissance d’un animal politique

Heureusement, il existe un parti qui ambitionne de redonner de la couleur à un paysage politique en apparence bien morne. Il s’agit du Parti Rhinocéros. Cet occupant exotique de la scène politique fédérale canadienne, né en 1963 et réapparu en 2006 après plus de dix ans d’absence, n’a pas choisi son symbole animal pour rien : myope, maladroit et lent, le rhinocéros serait parfaitement à l’image des politiciens fédéraux.

Le parti ne fait qu’une vraie promesse : n’en tenir aucune. De quoi ridiculiser les partis traditionnels, souvent prompts à s’engager sur tout et n’importe quoi. Aux différentes élections fédérales, le Rhinocéros parvient parfois à présenter plusieurs dizaines de candidats, essentiellement au Québec. Le parti obtient son résultat le plus éclatant en 1980, lorsque Sonia « Chatouille » Côté, clown de profession et candidate dans la circonscription de Laurier, obtient presque 13 % des suffrages en se classant deuxième, loin derrière les Libéraux, mais devant le NPD et les Conservateurs.

Un programme ambitieux

Qu’est-ce qui peut donc bien plaire dans le Parti Rhinocéros? Il faut dire que certaines de ses propositions ont de quoi séduire. Le parti souhaite par exemple offrir des sièges au Sénat par le biais d’une loterie baptisée « Loto-Sénat ». Il a également déjà suggéré de fusionner le Québec avec Cuba afin de former un nouveau pays, le Cubec. Sébastien « CoRhino » Corriveau, le chef du Parti Rhinocéros, est en tout cas rarement en panne d’idées d’avenir pour le Canada au moment de sa conférence de presse annuelle dans la rivière Ouelle, même en l’absence notable de journalistes.

Néanmoins, le Rhinocéros a-t-il simplement pour but de susciter le rire par son programme délicieusement absurde? La situation pourrait en réalité être plus complexe. En effet, voter pour le Parti Rhinocéros est quelque part déjà un engagement en soi, puisque cela constitue un refus non seulement de s’abstenir, mais aussi de donner sa voix aux partis traditionnels de la scène fédérale. Caricaturer les autres partis, les tourner en dérision, c’est aussi s’intéresser au message politique qui est délivré par les candidats les plus importants. On en vient finalement à voir l’action du Parti Rhinocéros comme une tentative de remobilisation par l’humour des électeurs lassés du paysage politique.

Rendez-vous le 19 octobre

Quoiqu’il en soit, le parti sera bel et bien au rendez-vous des urnes : pour cette élection, une trentaine de candidats se présente sous la bannière du Rhinocéros. En 2011, le meilleur score avait été obtenu par François « Yo » Gourd, alors chef du parti, qui avait récolté 0,8 % des voix dans la circonscription de Laurier—Sainte-Marie. Que nous réserve le Parti Rhinocéros cette année? Réponse le 19 octobre!


Quelques questions à Laurent Aglat

Laurent Aglat, compositeur et réalisateur de profession, est candidat pour le Parti Rhinocéros dans la circonscription de Rosemont—La Petite-Patrie. Nous l’avons interrogé sur le parti et sur sa candidature.

Le Polyscope – Les propositions du Parti Rhinocéros sont plutôt décalées. Pour vous, le rôle du parti est-il avant tout humoristique, ou y a-t-il une dimension politique importante?

Laurent Aglat – Il y a bien entendu une dimension politique car c’est un vrai parti, sauf qu’il n’a pas d’argent et qu’il est moins organisé que les gros partis. Le but est de mener une réflexion sur l’absurdité de la politique en faisant justement des propositions absurdes. Être un vrai parti nous permet également de nous rendre compte des failles du système électoral. Par exemple, pour être candidat dans une circonscription, il faut faire un dépôt de 1000 $, et cela peut se faire en cash, sauf que l’argent est ensuite restitué en chèque. Il y a donc un risque de blanchiment d’argent dans le processus.

Imaginons que vous soyez élu dans la circonscription de Rosemont—La Petite-Patrie. Quelle serait votre première décision?

Bien sûr, je n’ai aucune chance d’être élu! Mais ma première décision serait de construire des ascenseurs dans tous les coins de Rosemont pour élever le débat et baisser les taxes. Je règlerai aussi directement le problème des migrants entre le Plateau et Rosemont.

Comment en êtes-vous arrivé à être candidat pour le Parti Rhinocéros?

J’ai rencontré le candidat du parti dans la circonscription de Papineau, là où se présente Justin Trudeau, et on m’a proposé d’être candidat également. J’ai accepté parce je trouvais les candidats ridicules, alors j’avais envie d’être ridicule à mon tour.

Quelle a été la réaction de votre famille et de vos amis en ce qui concerne votre candidature aux élections fédérales pour le Parti Rhinocéros?

Cela n’a pas posé de problème particulier. Ils n’ont pas eu l’air d’être très surpris, tout s’est bien passé!

Avez-vous des contacts avec les autres candidats de votre circonscription?

J’ai eu l’occasion de discuter par internet avec Alexandre Boulerice [le candidat du NPD à Rosemont—La Petite-Patrie, NDLR] car je connais bien son frère. Je sais que c’est un bon garçon. Je connais aussi indirectement le candidat du Bloc mais je le trouve ridicule.

Une dernière remarque pour conclure?

J’ai une proposition sérieuse. Je pense qu’il faudrait réfléchir à donner un accès illimité à internet partout au Canada. Je ne comprends pas pourquoi cette question ne ressort pas du tout dans le débat politique.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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