Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Pâtisserie sans emploi

Aperçu article Pâtisserie sans emploi
Cliquer pour agrandir
 (lien ouvrant dans une nouvelle fenêtre)
Ce dessert était très bon, je vous assure. Photo © Paul Margheritta

Pour un nouvel arrivant au Québec, s’immerger dans la culture gastronomique locale est une manière appétissante de bien s’intégrer. Jetons donc un coup d’œil sur une préparation un brin chaotique mais instructive : celle du pouding chômeur.

C’est avec un certain entrain non dénué d’une touche de modestie que je me suis essayé à la confection du fameux dessert. Étant à la fois nouveau au Québec et relativement peu expérimenté en pâtisserie, il est vrai que cette tentative représentait un double défi. Je l’ai néanmoins relevé, rien que pour vous.

Du sang, de la sueur et du sucre

Outre son caractère « bien d’ici », le pouding chômeur possède l’avantage de ne pas coûter trop cher; en même temps, vous me direz, son intitulé annonce d’entrée la couleur. Après quelques calculs savants, il se trouve que ce dessert revient à un peu plus de 3 $ pour 8 personnes; et encore, en partant du principe que vous n’avez vraiment aucun ingrédient chez vous. Encore moins que le chômeur moyen, quoi. D’un point de vue financier, tout le monde peut donc s’y retrouver.

Mais ce qui frappe surtout avec les ingrédients du pouding chômeur, c’est le côté sucré. Deux tasses de cassonade, ce n’est quand même pas rien; de quoi vider la moitié d’un gros paquet. Bon, d’accord, c’est pour faire comme un sirop, mais tout de même! Ce n’est pas comme si la pâte qui va avec le sirop ne comportait pas sa dose de sucre elle aussi. Bref, je m’explique désormais beaucoup mieux certains commentaires radicaux sur la recette qui suggéraient de diviser par deux les quantités de sucre et de cassonade.

Cauchemar en cuisine

Quand on arrive au cœur du sujet, la préparation à proprement parler, et que l’on regarde les étapes de la recette, ça n’a pas l’air trop dur, ça va. Et puis, plus on avance, plus on prend peur en lisant qu’il faut absolument que le mélange soit bien « homogène », tout ça. En ce qui me concerne, il y a un point de la recette auquel il aurait été pour le moins audacieux, voire cavalier, de donner ce qualificatif à la pâte. Tant pis; plutôt qu’abandonner mollement, on passe outre et on poursuit en espérant que ça fonctionne quand même.

Au final, il y a bien une constante là-dedans : tout cela n’est pas très joli à voir. Ni avant, ni pendant, ni après la cuisson. Surtout si, comme moi, vous commettez l’erreur d’avoir un moule trop grand pour la quantité de pâte, et que votre pouding chômeur est tout fin et pas très appétissant, avec son sirop de cassonade qui dégouline. Sans compter qu’au moment de préparer ledit sirop, en versant mes tasses de cassonade, j’avais plutôt l’impression de faire des pâtés de sable que de la pâtisserie. Je ne mentionne même pas le côté bouillonnant un peu douteux de la préparation en train de cuire.

Le verdict

Ce n’est qu’en sortant la chose du four que j’ai repris espoir. Pourquoi céder à un négativisme déprimant? N’y a-t-il de place que pour une esthétique superficielle? Et si cette préparation, disgracieuse en apparence, était en réalité un délice pour les papilles? L’heure solennelle du verdict avait enfin sonné… Et devinez quoi? Ce pouding chômeur était très bon! Alors, que demander de plus? Ah, si, je sais : faites de la pâtisserie, et régalez-vous!




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.