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Les murs s’effritent au téléjournal

Lorsque le gouvernement conservateur a mis la hache dans le financement de Radio-Canada, j’ai été surprise par la petitesse de la réaction médiatique et de la population radio-canadienne.

La populace n’a pas tendance à s’intéresser à ceux qui se plaignent du manque d’argent, et je crois que les journalistes n’ont pas osé faire de sorties médiatiques pour dénoncer les coupes de peur d’être réprouvés par les autres médias. Pourtant, j’aurais été contente de voir plus d’éditoriaux et de chroniques sur le sujet.

 

Économiser avec des stagiaires

J’ai été surprise par la quantité de nouveaux journalistes que j’ai vus (ou entendus) passer à Radio-Canada cet été. J’avais l’impression que la baisse de budget allait ralentir le nombre de nouveaux journalistes dans les rangs de mon poste préféré. Ma surprise a été rapidement suivie par ma déception de ne pas revoir mes animateurs préférés. En effet, plusieurs animateurs radio-canadiens ont décidé de quitter le navire après que les conditions de travails soient devenues trop incertaines. Le résultat est assez consternant, il y a trop de nouveaux employés sans expérience par rapport aux journalistes expérimentés et la qualité de la radio diffusion s’est fait sentir.

Faire moins avec plus

Il y a énormément d’articles qui paraissent tous les jours sur le site internet de Radio-Canada, mais la qualité laisse à désirer. Certains articles ne contiennent que quelques mots en dehors du titre choc. Je pense notamment à l’article « Collision : un cycliste dans un état critique » qui contient exactement 108 mots, dont une phrase de 17 mots écrite en double. Il y a donc plus d’articles avec moins de contenu, d’entrevues et de recherche. Autre exemple, j’ai été surprise lorsque « Médecins sans frontière » a déclaré que la situation de l’Ébola était officiellement incontrôlable et qu’il n’y avait pas encore un seul article sur le site de Radio-Canada qui traitait de cette crise. Cela donne une idée de la quantité de correspondants coupés dans les dernières années.

 

Problèmes statistiques

Il y a une anecdote que j’ai bien envie de vous raconter. Lorsque je revenais du travail, j’ai entendu une journaliste de Radio-Canada prétendre que les Québécois avaient plus tendance à ignorer les limites de vitesse dans les zones de construction. Cette thèse se repose sur le nombre de contraventions qui ont été données à Gatineau par rapport à Ottawa. En effet, il y a 4 fois plus de contraventions qui ont été données au Gatinois qu’aux Ottaviens. Cette situation m’a fait sourire, car ce genre de statistiques peut nous faire dire n’importe quoi. Scandale! Les policiers québécois font du zèle et donnent des contreventions à tout bout de champ. Scandale! Les policiers ottaviens ne font pas leur travail et ne donnent pas les contraventions qu’ils devraient. Scandale! Il y a 4 fois plus de chantiers de constructions du côté québécois que d’Ottawa, les Gatinois sont pris dans les cônes orange! Bref, n’importe quoi est bon à dire avec si peu d’information.

 

Le pouvoir de l’ignorance

J’ai l’impression que notre capacité à avoir une opinion politique dépend grandement de l’accès que nous avons à l’information et qu’il est plus facile de diriger un peuple qui ne suit pas l’actualité. Si l’essentiel de la population n’est pas en contact avec les problèmes nationaux et internationaux, il est plus facile de faire accepter des décisions comme les achats d’armes, la diminution des espaces protégés, l’augmentation des peines pour les criminels mineurs. Alors, non seulement les conservateurs donnent l’impression de se venger en coupant les subventions aux médias, mais en plus, ils s’assurent un contrôle plus fermes du peuple. C’est le contrôle par l’ignorance.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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