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La vitrine étudiante : révélatrice de la relation entre l’administration et ses étudiants

Avant toute chose, petit avertissement. Cet article comporte, comme à mon habitude, une certaine dose de mauvaise foi, par ailleurs parfaitement assumée. La Vitrine étudiante n’est pas, comme certains semblent le croire, une catastrophe d’ampleur biblique. Loin de moi non plus l’idée d’être ingrat : Poly manque de place et l’espace mis à la disposition des comités étudiants est, si l’on compare avec d’autres établissements, généreux. Toutefois, la saga de la Vitrine m’a inspiré quelques réflexions. Je vais donc vous les livrer, au risque d’en froisser quelques uns, dans la plus grande tradition de la presse estudiantine.

En 2013, j’ai appris que l’administration allait généreusement fournir le mobilier de la nouvelle Vitrine étudiante, le très attendu projet de rénovation des locaux étudiants du 2ème étage.

Mon opinion du moment n’a pas changé depuis : il me semblait évident que le geste ne visait pas tant le confort des étudiants que l’uniformisation du mobilier. La cible principale de cet effort étant sans doute les divans étudiants, dont le passé pittoresque (voir euh… trouble?) et l’aspect décrépi ne manquait pas de provoquer cauchemars et insomnies chez les plus fragiles des membres du personnel (ok, chez certains étudiants aussi).

Blague à part, étant abonné des divans de comités étudiants depuis le CEGEP, je nous imaginais déjà avec tristesse tous assis en cercles sur de bien inconfortables chaises de plastique cheap.

Deux ans plus tard, ma vision semble s’être réalisée, surtout que les « banquettes » qui ont été installées semblent avoir été conçues par celui à qui l’on doit les bancs anti-itinérants du métro de Montréal. Je soupçonne qu’ils aient d’abord été commandés par le laboratoire de structure qui souhaitait présenter aux étudiants un matériau au module de Young supérieur à celui de l’acier (vous avez mon courriel pour vous plaindre de cette blague).

 

Évidemment, je ne prends pas le clavier aujourd’hui dans le seul but de défendre mon postérieur froissé par le nouveau mobilier. J’ai l’impression que la situation est symptomatique d’une administration pour qui « étudiants » semble trop souvent rimer avec « imprévisibles et insalubres ».

La Vitrine étudiante a de toute évidence plus été conçue avec l’image et la respectabilité de l’institution en tête que les besoins des étudiants. Mobilier fixé au sol et aux murs, bureaux trop petits pour faire office de véritables espaces de travail, c’est joli, mais pas pratique pour un sou.

Une rumeur persistante (et potentiellement non fondée) voulait que tous les locaux aient été presque entièrement vitrés (d’où le nom Vitrine). Ce n’est heureusement pas le cas, à part pour le PINEP (hihi) et la salle de réunion de l’AEP (re-hihi). L’histoire ne dit pas si l’administration a réellement voulu tenir tous les comités étudiants à l’œil, auquel cas le coût faramineux de l’opération a probablement suffit à lui seul à enterrer l’idée. Dommage en un sens, avec les locaux vitrés, l’administration aurait enfin réalisé que si bière il y a dans les comités de Poly, c’est dans l’unique but d’arroser les plantes en pot.

 

Cette attitude de méfiance, voir ce besoin de contrôle, l’administration en a fait la preuve en refusant catégoriquement l’idée d’un café étudiant, alors qu’il en existe des dizaines à l’université de Montréal seulement. Ce qui est en ce moment en construction au second étage du Pavillon principal ne sera pas un véritable café étudiant, avec son menu original, son lait de soya et son ambiance décontractée. Ce sera un autre point de vente d’Aramark où, nuance, des étudiants seront engagés.

Je trouve cela désolant. J’avais déjà, en décembre 2013, fait l’apologie d’un véritable café étudiant. Le point de vente du 2ème étant, je l’accorde, un gros morceau, j’avais soulevé l’idée de celui du 6èmeétage, qui est de toute façon moins rentable. L’administration a cependant complétement fermé la porte au café étudiant, une idée pourtant banale et tout à fait légitime.

En somme, les étudiants ça va, tant qu’ils étudient sagement et qu’ils sont assis sur du mobilier pré-approuvé. Le style excentrique d’un café étudiant ou d’un divan défraîchi ne convient pas à l’image de marque de Poly.

 

Une question demeure : peut-on réellement en vouloir aux administrateurs d’aimer les bureaux bien propres et les cafétérias formatées? Probablement pas. Ce sont les étudiants qui sont les responsables de cette culture.

La Vitrine a bel et bien été acceptée par un exécutif précédent de l’AEP, qui a approuvé l’idée d’un nouveau mobilier fourni par l’École. Ont-ils jugé que des meubles neufs et payés étaient une bonne aubaine? Probablement. Je n’ai pas voulu m’appesantir ici sur les défauts d’exécution du projet, je crois qu’ils seront réglés à court et moyen terme. Par contre, il me semble évident que l’École se serait évité bien des problèmes en nous laissant le soin de meubler les nouveaux locaux.

 

Je l’ai déjà écrit ici, le rapport de force entre les étudiants et l’administration est faussé. En se privant d’une véritable assemblée générale, capable de définir des orientations, d’énoncer des doléances et de fournir des mandats, l’association étudiante se prive d’un formidable outil de négociation. Difficile de simplement accepter un refus de café étudiant quand 300 personnes viennent d’en réclamer un en AG.

Je ne lance pas la pierre à nos exécutants, mais je crois fermement que l’habileté de dire « ce n’est pas nous qui voulons cela, mais nos étudiants » est la principale force d’une asso.

 

Bon, trêve de chialage. Comme l’a si bien dit Maxime Callais, directeur du Polyscope, philosophe amateur et fan du Parc Jurassique : « Life finds a way! ». Les étudiants se réapproprieront lentement leurs locaux (Lassonde quelqu’un?) et dans quelques années les comités auront peut-être retrouvé un peu des excentricités qui font leur charme.

Et qui sait, peut-être un jour le Polyscope retrouvera-t-il sa glorieuse et regrettée couleur orange.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.