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Retard et dépassement de coûts

Ça semble être la norme au Québec. Il est très rare que les projets soient livrés selon les chiffres donnés à la populations lors du démarrage. La vitrine en est malheureusement un bon exemple.

Je n’ai toujours pas eu les chiffres exactes quant aux dépassements de coûts (le projet n’est pas terminé), mais pour les retards, nous sommes tous témoins de la lenteur des travaux. Je ne veux blâmer personne, que ce soit Poly, les organisateurs du projets ou même les travailleurs, je n’ai pas l’impression que de chercher «à qui la faute» soit une stratégie intelligente, mais je me questionne quant à notre incapacité collective à construire bien, beau, vite et dans un coût raisonnable. Je parle au sens large bien qu’ici les problèmes reliés aux travaux ne me concernent pas et ne concernent pas la grande majorité de mes lecteurs. Par contre, en tant qu’ingénieur je trouve important d’être sensibilisé à cette culture où on trouve normal que tout soit long et cher.

 

Poly n’en est même pas le meilleur exemple. Si on se penche sur le projet du Train de l’Est, on va d’une anomalie à l’autre. Tout le monde semble s’être graissé la patte lors du processus. Pourtant, on connaît les méthodes de certains entrepreneurs québécois. N’avions-nous pas eu un peu d’expérience avec la ligne Jaune du métro ou l’allongement de la ligne Orange vers Laval? Je défie quiconque de crier à la surprise, ce n’est pas étonnant que le cynisme politique soit aussi répandu.

 

Dans ce genre de contexte, ai-je le droit d’être inquiète pour l’avenir? En regardant les projet en cours qui sont dirigés par l’AMT, il est facile de grincer des dents : Le plan de mobilité de l’Ouest peut devenir un nouveau train de l’Ouest, le service rapide par bus de Pie-IX est sur la table depuis plus de 10 ans et le prolongement de la ligne Bleue semble entrer et sortir de terre à tous les mois. Ne trouvez-vous pas cela incroyable? Comment est-ce possible d’être positive devant ces projets qui semblent géniaux à première vue, mais qui risquent de se transformer en catastrophe!

 

Dans le brouillard, j’ai une lueur d’espoir : le pont Champlain. Pour ceux qui voient le pont Champlain comme étant une catastrophe plutôt qu’une lueur d’espoir, je vous comprend. Ce pont est tout jeune, soit une cinquantaine d’années et il tombe en pièce. C’est un des nombreux échecs architecturaux qui sont non seulement horriblement laids mais aussi peu durables. Par contre, le nouveau pont pourrait peut-être devenir intéressant.

Malgré que le péage fasse peur à toute la Rive-Sud (et les propriétaires du 10-30), je ne suis pas aussi pessimiste avec ce projet. Non seulement les idées semblent intéressantes, mais en plus, je suis contente que la Caisse de dépôt y mette son nez!

 

SLR

J’ai trouvé les idées pour le transport sur le pont vraiment très intéressantes. Premièrement, le service de train léger (SRL) : le voyage Rive-Sud – Montréal se ferait en 13 minutes, il serait électrique et silencieux, et aurait une capacité de 32 000 personnes/heure dans chaque sens (l’utilisation actuelle est de 20 000 utilisateur de transport en commun à l’heure de pointe). Le coût sera entre 1,4 et 2 milliards, mais son coût d’utilisation serait moins important que le bus puisque chaque chauffeur pourra transporter 600 à 1000 personnes par train.

 

Tram-train

Deuxièmement, le tram-train qui agit comme un tramway lorsqu’il est dans la ville mais qui peut aller jusqu’à 100 km/h sur le pont. Ce système serait moins coûteux mais pourra transporter moins de passagers. C’est la solution que je préfère, car le tram-train ne sera pas obligé de débarquer seulement à quelques arrêts. Cela ouvrirait la porte à un réseau de tramway dans Montréal qui augmenterait l’offre de transport électrifié. En effet, l’allongement des lignes de métro ne nous permettra pas d’augmenter la capacité de ce transport. Plus de clients seront déservis adéquatement, mais on va continuer à être empilés comme du bétail à l’heure de pointe. J’ai l’impression qu’un système de tram-train est une bonne façon d’ouvrir la porte à un tramway.

 

Des autobus?

Les autobus semblent impossibles à garder pour le long terme. La capacité est trop faible, il devra y avoir un bus à toutes le 25 secondes qui descendra du pont. Ce serait un véritable mur d’autobus qui se construira entre le pont et le centre-ville. De plus, chaque chauffeur peut transporter entre 80 et 110 passagers (pour un autobus simple ou articulé), ce qui est peu comparé à un SLR. De plus, les coûts à long terme sont plus élevés. Même sans tous les arguments économiques, on peut se rendre à l’évidence : les autobus, c’est poche. Laids, bruyants et désagréables, on est obligés de les attendre dans le froid et dans la neige. C’est le transport par excellence pour se faire brasser de tous côtés lorsque les chauffeurs ne sont pas expérimentés. De plus, c’est la seule solution qui n’est pas électrique, ressource bon marché et disponible en abondance au Québec. Bref, je trouve que l’idée est absolument mauvaise.

 

Et la Caisse, elle?

C’est le dossier chaud de la semaine, l’implication de la Caisse de dépôt dans le projet. La Caisse de dépôt du Québec (affectueusement appelé le «bas de laine» par certains politiciens) a une certaine expérience de l’investissement dans les transports en commun. Elle a déjà fait plusieurs projets un peu partout dans le monde… sauf au Québec. Elle a aussi la réputation de bien gérer ses projets et de les rentabiliser de manière efficace.

 

On peut peut-être espérer que le succès soit le même que pour la Canada Line à Vancouver. La Caisse de dépôt a financé ce projet qui est un grand succès. Ce système de train sur rail suspendu s’est fait sans dépassement de coûts et (miracle!) sans aucun retard. Par contre, je lui reproche d’être horriblement laid. C’est un gros bidule roulant qui bouge sur une structure de béton immense qui finira par être aussi laide et décrépite que le présent échangeur Turcot dans quelques années.

 

Montréal semble incapable de maintenir la qualité visuelle de n’importe quelle structure de ce genre. Il est donc très dangereux que de vouloir en ajouter. De plus, Montréal tente de mettre à terre Ville-Marie pour se débarasser de la cicatrice qu’une autoroute en hauteur peut faire au centre-ville. Si on dépense des milliards sur un projet qui a pour but de se débarrasser des pilotis, avons-nous envie de seulement «changer le mal de place»? J’espère que la caisse de dépôt fera en son possible pour faire un projet rapide, rentable et agréable pour les Québecois.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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