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Vivre malgré l’anorexie

L’anorexie est une maladie mentale répandue, particulièrement chez les femmes et les jeunes filles. Les personnes en souffrant se privent de nourriture afin d’engendrer une perte de poids importante, voire extrême.

Chez les adolescents, étudiants, ce sont des personnes répondant aux exigences sociales : une réussite scolaire est dans ses projets annexes en gardant une ambition professionnelle importante. L’anorexique n’a pas de conduite à risque et ses activités sociales sont souvent limitées. Lorsque la pathologie se déclenche durant l’adolescence, la personne en souffrant cherche à reprendre le contrôle de son identité, qui n’est dorénavant plus construite selon les attentes de son entourage.

La personne anorexique va justifier sa conduite alimentaire avec des propos axés sur la santé et l’importance d’une alimentation saine, autant pour elle que pour son entourage. Ce discours en apparence anodin et efficace précède une perte pondérale et garantit un accueil positif. Seul l’aspect quantitatif est en défaut dans cette attitude. Le perfectionnisme est une autre caractéristique du comportement anorexique. Cette exigence démesurée envers soi-même est une stratégie d’auto-sabotage et dissimule une détresse importante.

 

Les causes

Le Dr H. Steiger, directeur du programme des troubles de l’alimentation et psychologue à l’Institut Douglas, évoque des causes à la fois génétiques, biologiques, mais aussi sociales. La maladie se déclenche avec un élément particulier et cherche à combler un vide intérieur, parfois inconscient.

À l’adolescence, l’anorexie n’est pas systématiquement associée à d’autres pathologies, alors que pour les adultes elle est souvent liée à la difficile gestion du stress et à la dépression.

Avec l’arrivée de l’adolescence, les anciens enfants et futurs adultes cherchent à stopper les transformations du corps liées à la puberté, souhaitant ainsi mettre le changement auquel la nature les confronte en pause. De plus, les médias favorisant le culte de la minceur dans l’imaginaire collectif, apportent une connotation positive à la perte de poids. Le Dr Steiger revient sur la nécessité de travailler sur ces leviers afin de réduire leurs impacts sur les personnes pouvant tomber dans l’anorexie. C’est pourquoi la Charte québécoise pour une image saine et diversifiée propose des recommandations aux industries afin de réduire l’impact des médias sur l’appréciation de son propre corps.

 

L’attitude de l’entourage

La première phase la maladie est une perte pondérale, première conséquence visible de la pathologie pour les proches. Le problème est plus complexe qu’un simple rapport à la nourriture et forcer la personne à manger ne fera qu’empirer la situation. En parallèle, la première personne concernée s’en réjouit et continue de descendre son objectif pondéral. Avant que le processus de guérison ne démarre, les proches vont se sentir impuissants. Pourtant, c’est à ce moment même qu’ils doivent convaincre l’anorexique de la nécessité de consulter le personnel médical. Pour arriver à ce que le malade choisisse cette option, il faut souvent engager un long et douloureux combat d’opposition, usant de la persuasion et leur démontrant le besoin d’aide dans cette situation. Même dans les moments les plus compliqués, il est important de maintenir un contact avec l’anorexique, notamment affectif. Il faut garder à l’esprit que des impairs seront forcément, bien qu’involontaires, commis. En effet, les personnes souffrant d’anorexie sont dans une position d’hypersensibilité et se sentent facilement agressés.

À la première consultation, la majorité des patients se sont vus imposer cette étape. Dans les autres cas, l’épuisement étant important, la prise de contact avec le personnel soignant est acceptée, mais non comprise.

Le travail s’oriente en priorité sur les causes de la maladie et cherche à éviter l’alimentation forcée du patient en instaurant une collaboration entre le corps médical et le patient. La première étape est de retrouver une alimentation suffisante afin de ne pas exposer le patient à des complications biologiques et fonctionnelles supplémentaires. Un traitement psychologique doit aussi être effectué en parallèle afin de pousser le patient à l’alimentation et la prise de conscience de sa nécessité.

À la reprise de poids, la personne anorexique aura l’impression de perdre le contrôle de son alimentation qui la satisfaisait. Cette phase est donc compliquée et douloureuse pour elle.

 

L’après Anorexie

La guérison s’effectue sur quatre ans en moyenne. Le patient et l’entourage doivent garder à l’esprit ce délai qui se justifie par un long et nécessaire chemin à parcourir. Certains se demanderont une fois la guérison terminée quelles étaient les causes de leur maladie et chercheront à se comprendre. D’autres chercheront à oublier cet épisode et seront par conséquent plus sujets à retomber dans les troubles alimentaires.

 

QUELQUES CHIFFRES

 

• Au Québec, 3 % des filles âgées de 15 à 25 ans souffrent de troubles alimentaires.
• Environ 100 000 femmes et filles québécoises souffrent de troubles alimentaires.
• 90 % des victimes d’anorexie mentale sont des femmes, contre 70 % à 80 % pour les boulimiques.
• 50 % à 60 % des personnes anorexiques finissent par guérir sur des périodes de temps variables.




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